La paternité, grâce et défi

A l’occasion de la parution de son livre Sois un père (Éditions de l’Emmanuel, octobre 2021), monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, propose aux lecteurs du Secret de Marie une réflexion qui pose le contexte de son livre. Qu’il soit vivement remercié ici pour son attention.





Contexte


Aujourd’hui, on constate que la figure du père est remise en question en observant l’évolution profonde de la société, mais les fondements mêmes de l’autorité masculine sont remis en cause. Certains courants post féministes prônent une « dévirilisation » sociale en dénonçant les abus de pouvoir machistes.


Avec le rétablissement du divorce en 1884, la déchéance possible de l’autorité paternelle à partir de 1889, puis avec les lois Jules Ferry retirant le monopole de l’éducation aux familles, la IIIe République a balayé, à juste titre parfois, le pré carré jusque-là bien gardé du père.

Les centaines de milliers de pères morts au front ont créé un vide générationnel abyssal, puis la promotion de la théorie du complexe œdipien mettront en lumière l’existence d’une opposition frontale entre père et fils.

Au XXe siècle, le service de l’autorité a été détourné, dévalué, discrédité. La mentalité soixante-huitarde s’est révoltée contre l’autorité d’un père dénoncé comme despote, qui avait barre sur ses enfants comme sur sa femme.


Mais rien ne légitimait le processus consistant à amalgamer la paternité elle-même à la tyrannie et à promouvoir la volonté de faire « table rase » de l’autorité paternelle. La structure psychique et sociale des individus s’en trouve impactée : conduites addictives et compulsives, perte du sens des limites, accroissement des comportements violents.



Balises paternelles


Pour l’enfant, la mère incarne le don et le père, lui, balise la route, parfois en disant non à l’enfant, évitant ainsi l’enfermement totalitaire de la mère et de l’enfant. Le père rappelle que l’autre et les autres existent.


L’enfant ne reçoit pas son affection de manière seulement individuelle, mais grâce à la médiation du lien qui unit ses parents. Ce qu’un père peut apporter de plus précieux à ses enfants est la joie qu’il donne à la mère.


Le père est appelé à s’adosser aux vertus pour assumer sa vocation et sa responsabilité parentale. L’éducateur doit porter attention à la globalité de la personne. Il doit chercher le secret de l’équilibre afin de se mouvoir sans tomber. Le bon positionnement du père par rapport aux autres membres de la famille constitue le point de départ des relations justes.


De même qu’Adam était le gardien de la loi de Dieu au jardin d’Éden, le père est le gardien de la justice dans sa famille. Il doit en avoir le souci permanent afin de préserver la paix. Ainsi, par sa présence, son affection, l’exercice de son autorité, le père peut aider son enfant à aller de l’avant, à prendre le large.

La virilité initie au combat pour la vie et inspire confiance à l’enfant. Face aux angoisses existentielles, la force paternelle se présente à l’enfant comme une muraille, surtout lorsqu’elle se conjugue avec la tendresse. Se blottir dans les bras d’un père qui nous rassure conditionne notre résilience.




Du père vers le Père


Bouclier, rempart, refuge… autant d’appellations du Psalmiste qui expriment cette protection paternelle de Dieu.


La paternité est à la fois un héritage qui vient de Dieu le Père et une promesse (celle de voir le Père dans l’éternité). C’est en contemplant Jésus que nous découvrons le Père des cieux.


Le pape François nous le rappelle, la paternité doit être à la fois une grâce et une tâche. A la suite de Saint Joseph, par un entrebâillement du cœur, le père accueille les épreuves, les souffrances, les échecs de la famille avec réalisme et espérance.


On ne naît pas père, on le devient. Saint Joseph témoigne que ce chemin n’est pas inaccessible. Il n’a pas été épargné par le péché originel dont il a dû assumer le poids et les combats. Comme à Cotignac, Joseph nous rappelle simplement que l’impossible peut devenir possible lorsqu’on place sa confiance en Dieu, en consentant à la donation de soi et en posant un acte de foi.



Monseigneur Dominique Rey

Évêque de Fréjus-Toulon




Pour aller plus loin :


Un article présentera une lecture de Sois un père, très prochainement ! Rendez-vous lundi prochain !


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