Naître aussi du père.

Nous naissons d’une mère. Il nous faut naître aussi du père. Le père (ou une figure masculine) est celui qui nomme et confirme l’enfant mâle ou femelle, dans son identité sexuée masculine ou féminine. De cette naissance symbolique, naissance de transmission, l’enfant reçoit et accepte sa dignité de personne humaine. Ce processus de vie permet à l’enfant de se reconnaître fils et fille du Père. Fils et fille du grand Roi.


Saint Joseph - Eglise Saint André d'Europe

Mais voilà, une rupture de transmission a eu lieu après la révolution française. Y voir une forme de réaction inconsciente à la condamnation à mort du père de la France par ses propres enfants ? Je ne sais. Toujours est-il que le XIX° a connu une poussée de moralisme castrateur de toute l'énergie masculine chrétienne.

« Vouloir à toute force refouler chez un jeune garçon la fierté ou l’ambition, c’est peut-être étouffer un apôtre, c’est au moins et bien souvent mutiler un homme » E. Mounier

Mes amis connaissent mon attachement à Emmanuel Mounier, fondateur du personnalisme. De 1933 à 1950, il voyait déjà s’amplifier la crise du masculin, issue du moralisme janséniste. Celui-ci, castrateur et promoteur d’une éducation de soumission teintée de "moraline", a atteint son objectif de rendre les gamins obéissants, soumis, incapables d’assumer un désaccord. Ils ne connaissent pas autre chose que la soumission et le renoncement. Ces enfants devenus adultes se trouvent incapables de s’assumer et d’entrer dans la grande mêlée du monde, laissant faire les forces opposées en se cachant derrière le petit doigt de Mathieu 5, 39... Jésus ne s’est-il pas opposé ? N’a-t-il pas frappé ? N’a-t-il pas combattu ? Matthieu 5 est un appel à aimer son ennemi, pas à se soumettre à lui, ni le laisser faire n’importe quoi. Quand Jésus invective et maudit les pharisiens, il les aime infiniment. Ne faisons pas dire au Verbe de Dieu ce qu’il ne dit pas.

« Des deux aspects de la force, endurer et attaquer, l’éducation chrétienne moderne ne développe guère que le premier : pour peu que l’on veuille y céder, tant de paresse lui tendent la main. » E. Mounier

Les jeunes garçons conditionnés à la soumission, devenus adultes, ne transmettront plus l’esprit de liberté et d’action, de force ou de courage. N’osant plus assumer ce qu'ils sont et mal assurés, ils ne transmettent plus rien. Laissant fils et filles orphelins de leur identité, condamnés à la chercher leur vie durant, dans une inquiétude auto-centrique.

« Ces hommes, qui n’ont pas été confirmés dans leur masculinité, sont piégés par leur incapacité de s’accepter eux-mêmes » Leanne Payne

L'homme garde une mauvaise image de lui-même, une difficulté à s’accepter et une absence de confiance en soi. Il est donc très difficile au fils devenu père à son tour de transmettre ce qu’il n’a pas reçu, ayant lui-même déjà perdu une bonne dose de masculin. Il préfère souvent renoncer à s’affirmer dans sa famille, devant fils et filles et laisse sa femme occuper la place, la charge mentale sur les épaules. Il y a donc urgence à ce que les hommes soient confirmés dans leur masculinité ; les femmes seront réparées automatiquement par ces hommes nés de nouveau.


L’homme, comme Adam au pied du pommier, regarde Eve papoter avec le serpent sans rien faire. Adam est un brave type. Il est lâche. C’est un gentil garçon sans force ni courage. Et pourtant Dieu lui demande d’être un combattant, un aventurier et un conquérant. L'Adam que nous sommes se terre et finalement s’ennuie dans sa vie de confort qu’il a lui-même construit pour s’y enfermer. Dieu le cherche : "Où es-tu ?"


Pourtant, l’homme rêve d’aventures, de combats, de quêtes et de conquérir la beauté. Son cœur est vivant dans l’action, la vie de surcroit et le don de lui-même ; il est fasciné et attiré par la beauté ! Il est principe et initiative de don ! Tout ceci l’habite et sommeille en lui. Chaque homme le pressent intérieurement sans avoir la clé : seule la confirmation de son identité par son père ou une figure masculine, lui permet de se décapsuler et de donner le meilleur de lui-même.


La bonne nouvelle est que tout est là pour être réactivé en chaque homme, il suffit que celui-ci accepte son incomplétude et sa souffrance. La vie se charge souvent de nous réveiller : il n’est jamais trop tard pour déboucher ses oreilles, entendre son appel personnel et débuter sa mission de vie.


La mission d’ACDH (Au-Coeur-des-Hommes.org), dont je suis le délégué général, est d’offrir ce cadre masculin aux hommes afin de leur permettre de se réconcilier avec eux-mêmes et découvrir la beauté de leur force masculine, non pour qu’ils deviennent des brutes, mais pour qu’ils occupent leur place et endossent leur mission divine. Les hommes ainsi établis sur le socle de leur virilité (vir = vertu) peuvent vivre ce chemin de crête entre la force et la douceur, unifiant le vertical et l’horizontal de manière naturelle et apaisée. Leur cœur est ainsi ordonné à leur condition sexuée unique.

L’amplitude de la vie provient de notre courage d’habiter la totalité de notre personne.

Car si nous n’occupons pas le terrain, notre terrain, nous choisirons la promenade en barque sur un lac tranquille alors que nous sommes attendus au départ du Vendée Globe.


La perspective de nos vies, c'est la vie éternelle ! Brûlons d’envie et d’inquiétude de ne pas passer à côté et jetons-nous corps et âme dans cette grande bataille, quoi qu'il nous en coûte. Je ne sais de quoi mon avenir sera fait, mais je veux qu’il appartienne à Dieu. Je Lui offre simplement et imparfaitement mon « oui », dans une douloureuse et joyeuse acceptation de dépendre de Lui. Ma certitude ? Qu’il fera germer mieux que moi les dons qu’il a lui-même posé en moi, alors je m’efforce de Lui redonner ma pauvre carcasse pour qu’il l’utilise à sa guise. Après tout ce n’est pas pour rien qu’il m’a créé, et certainement pas pour végéter ou regarder Netflix. Lui connaît la raison qui l’a poussé à me créer dans un grand acte d’amour. A Lui de se débrouiller avec moi. Mon rôle, c’est de me redonner à Lui en Lui offrant ce "oui" radical.


Ce qui m'anime, c’est de permettre aux hommes de se lever pour devenir qui ils sont, aimer comme le Christ a aimé, confirmer leurs garçons dans leur force, leurs filles dans leur beauté. Je ne veux pas passer par toutes ces techniques relationnelles plus ou moins artificielles pour régler les problèmes des couples ou les relations interpersonnelles professionnelles. Je veux traiter le problème à la racine. Et cela, j'en suis absolument convaincu, passe par une nouvelle naissance paternelle.

Comme une sorte de maïeuticien, ACDH va permettre à 50 pères et autant de fils (14-18 ans) de vivre cet acte de filiation, de transmission et de relation à travers 2 weekends en 2021.


Ces garçons ainsi confirmés dans leur masculinité pourront devenir les apôtres capables d’assumer la radicalité de l’Évangile, d’aligner une vie sur cette radicalité et d’embraser le monde à leur tour en reconstituant cette chaîne de transmission aujourd’hui perdue. Nous essayons d’être une petite étincelle qui embrasera une partie du monde.


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