Tuer le père ?

Freud affirmait que chacun doit "tuer leur père" pour entrer dans le processus de croissance et d'autonomisation. Je dirais plutôt qu'il faut parvenir à faire le deuil de ce qu'on n'a pas reçu de lui et s'ouvrir à l'amour du Père véritable, notre Dieu créateur, qui lui seul nous connaît de notre nom de gloire, ce sera mon premier point. Nous verrons dans un second point ce que la bible nous dit de faire de son père, et dans un troisième point, nous nous interrogerons sur la mission fondatrice du père consistant à bénir son enfant pour l'envoyer dans le monde.



Le père, image du Père


Certes, tout père terrestre est décevant puisqu’on en attend tout. Chacun projette sur les épaules bien fragiles de son père, toute l’attente qu’on a envers le Père, véritable Créateur et Père de toute éternité. Du Père infiniment bon nous attendons un amour à son image : un amour parfait, un amour à la fois inconditionnel, personnel et infini.

Un amour inconditionnel qui nous donne l’assurance de n’être jamais ni trahi, ni rejeté, ni abandonné, nous permettant de dépasser limites et blessures. Cet amour inconditionnel est comme une armure de confiance en soi, c’est la source de toute force, de toute capacité à l’initiative.

Un amour personnel qui nous identifie comme unique et nous donne un nom, celui écrit sur le caillou blanc de l’apocalypse (Apo 2) « que seul connaît celui qui le porte ». Ce nom nous identifie par nos dons et nos talents. Dans la bible, nombreux sont ceux qui changent de nom en cours de route. Ils passent de leur nom de limites à leur nom de gloire. Tel Jacob (le « tordu ») devient Israël (« le fort, le combattant »). Nous aussi avons un nom de Gloire qu’il nous faut chercher avec persévérance. On ne le reçoit que par Dieu et il ne tombe pas tout seul dans l’assiette. Jacob va jusqu'à se battre avec Dieu pour le lui réclamer.

Un amour infini qui nous fait entrer dans le mystère divin dépassant tout entendement humain. Cet amour nous fait mettre genou à terre dans une gratitude toute spontanée et nous permet de voir la vie dans une perspective d’éternité, ce qui lui donne son amplitude et son espérance.


L’amour de Dieu est notre matrice.

Et toute notre vie, nous allons rechercher cet amour dans les figures les plus proches que sont notre maman et notre papa, formant ensemble l’image de Dieu. Rechercher cet amour divin à travers l’amour de la maman et du papa est normal puisque notre âme humaine est ointe de cet amour divin et notre ascendance naturelle est précisément le lieu et l'espace que nous offre Dieu pour nous faire grandir tant dans notre capacité à aimer qu’à aimer à notre tour. Mais cette ascendance parentale est tout à fait imparfaite et forcément décevante. Comment pourrait-il en être autrement ? Si nos parents étaient parfaits comme Dieu, nous les idolâtrerions et resterions collés à eux toute notre vie. Qui voudrait cela ? Ni les parents, ni les enfants. Réjouissons-nous des limites de nos parents et des nôtres !


Rappelons-nous que Freud, comme Jung, est un matérialiste rationaliste et rejette la religion chrétienne qui l’a vu grandir. Comme Jung, Freud cherche a éliminer Dieu en le réduisant à un objet psychologique créé par le mental en compensation de besoins non comblés ou de blessures.


Honorer plutôt que tuer


« Tuer le père » est finalement le comportement naturel de toute personne rejetant Dieu comme père, et disons-le, c’est un concept athée. La Bible nous demande de l’honorer.


Aucun chrétien ne peut vouloir « tuer le père ». Honorer son père, c’est recevoir et accepter sa bénédiction, et le bénir en retour. Tout enfant un jour ou l’autre s’opposera à son père. Le père est celui qui fait grandir, dans les limites de la morale et de la norme sociale ; le père est comme le tuteur d’un arbre. Il tient l’arbuste droit, l’empêchant de s’incliner à la première bourrasque de vent, et ce faisant, il empêche le mouvement du jeune arbre. Le jeune arbre peut légitimement se dire que son père le contraint, une petite voix lui souffle à l’oreille qu’il est interdit d’interdire, et nous voilà dans l’ère adolescentrique moderne. Sans repères, sans lois, sans normes, sans limites, sans mesure, sans père et sans Dieu. L’adolescence n’existe pas. Il y a l’état enfant, et l’état adulte. C’est ainsi depuis des millénaires. L’adolescence est un concept très récent.


Il n’est probablement pas faux de dire que la dimension « inconditionnelle » de l’amour est plutôt offerte par la maman que par le papa. L’amour maternel a ce quelque chose de totalement inconditionnel, absolu, plus rien n’existe d'autre que son petit enfant tellement cet amour est vécu profondément par la maman. Et c’est simplement beau. C'est la manière d'aimer de la très sainte vierge Marie, figure de l'Esprit Saint.

L’adolescence se poursuit tant que le père n’a pas béni formellement son enfant, que celui-ci soit un homme ou une femme. Elle peut durer toute une vie.

Seulement voilà : la transmission de la bénédiction du père au fils, véritable épine dorsale de toute société humaine depuis quinze mille ans est grippée. La figure du père est devenue suspecte et la transmission de l’identité est interrompue. On se méfie aujourd’hui du père car cet homme est imparfait et nous attendons de lui qu’il soit comme Dieu. Parfait. Être père revêt une grande exigence car nous portons en nous l’image du Père sans beaucoup Lui ressembler. Pourtant, c’est ainsi que Dieu l’a voulu. Même si l’amour que nous portons à nos enfants est loin d’être parfait, nous sommes appelés à nous en rapprocher le plus possible et de toutes nos forces. Et le rôle du père, c'est de séparer, de fortifier et d'envoyer. Je rencontre trop hommes, souvent pères eux-mêmes, aux chevilles tremblantes, assoiffés d’une relation authentique avec leur père mais enfermés dans une fausse pudeur timide.


La parole du père est performative


La parole du père est performative... mais trop rare. Un garçon non confirmé par son père, ne peut avoir confiance en lui et, devenu père à son tour sera incapable de confirmer ses enfants. Un homme non confirmé sera comme une ombre toute sa vie, les chevilles tremblantes et le bras mou, n’osant aucune initiative par manque de confiance. Pas de quoi faire rêver les femmes qui en ont marre d'attendre l'initiative masculine et finissent par prendre le contrôle, à contre cœur. Elles remplissent un vide laissé par l'homme qui n'occupe pas sa place.

Une fille non confirmée par son père pourra rechercher la reconnaissance auprès des hommes, avec le risque d’être prête à tout offrir au premier venu, et cherchera la confirmation de son identité féminine auprès de son mari, engendrant tant de déceptions et menant potentiellement au divorce.


La parole du père est bénédiction pour l'enfant. Cette parole est encouragement et donne confiance, renforce et arme pour la vie, rendant capable d'initiative de don pour les hommes et d'accueil de don pour les femmes. Le regard et la parole du père sont des actes sacrés. C'est d'ailleurs souvent devant papa que l'enfant fait son premier pas : l'enfant vient chercher la bénédiction, c'est vital pour sa construction. Il en est ainsi toute sa vie et dans tous les actes tant que le père n'a pas béni. Combien sont les chefs d'entreprise, brillant par le pouvoir ou l'argent, courant finalement après la reconnaissance du père jamais reçue?


Mais la parole du père peut s'avérer aussi destructrice. Je ne sais plus quel auteur écrit que la parole du père est comme "une hache sur un jeune arbre". Elle peut détruire avec une seule parole tranchante de jugement, d'humiliation, de destruction.


Une rupture de transmission


Au sein d'ACDH (Au cœur des Hommes), nous proposons de recréer un cadre permettant de vivre cette bénédiction. Dans toutes les sociétés, depuis 15000 ans et partout dans le monde, ce passage ne se fait pas seul mais au sein d'un collectif d’hommes, car le collectif dépasse la limite individuelle de chaque père, ainsi, des figures masculines sont là pour compléter les qualités du père ou compenser ses fragilités.



Il s'agit d'un passage vécu comme une épreuve tant pour les pères que les fils, car les pères d'aujourd'hui doivent délivrer un effort considérable, ceux-ci n’ayant pas été formellement bénis eux-mêmes par leur propre père. Ils ont donc un problème de légitimité à bénir à leur tour.

Le cadre que nous créons leur permet de confirmer leur fils dans leur identité masculine et de fortifier la confiance en eux ; ces fils pourront devenir des adultes accomplis capables de changer le monde, d'aimer pleinement, vivant d’idéaux et de sainteté, mettant leur force au service de l'amour et enfin bénissant à leur tour le temps venu.


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