"Un saint triste est un triste saint"

Crise sanitaire, crise économique, crise sociale, crise de transmission des valeurs, crise de nos adolescents, crise au sein de notre couple, crise de foie, crise de foi, crise, crisons, crisez… Les occasions de broyer du noir sont légion! Et la peur en découle si rapidement…! Peur de rencontrer l’autre, peur du lendemain, peur d’avoir des enfants, peur de lâcher nos certitudes…



Et bang ! Un problème supplémentaire: gérer cette exhortation – vous avez bien noté l’impératif ! – quand tout, autour de nous, va si mal. Car il n’est pas écrit : ‘Soyez joyeux quand ça va bien’…


Mais alors, le chrétien se prétendrait-il différent du reste du monde ? Plus fort? Invulnérable ? Hermétique aux circonstances comme aux émotions ?



Le chrétien est dans le monde, mais pas du monde. Il est sensible aux mêmes soucis que tout le monde, mais d’une manière différente. Il y a une manière chrétienne de vivre dans le monde.



C’est une histoire de paires de lunettes.




Le chrétien ne garde pas des lunettes noires sur son nez


C’est une histoire de nuages.


« …moi ça m’arrive le matin de me réveiller avec des gros nuages gris foncé dans la tête, impossibles à chasser ; parfois même ils déclenchent des orages terribles » (François Garagnon, Jade et les sacrés mystères de la vie)


« Un jour, je me promenais sous un p’tit nuage gris foncé. (…) C’est alors que je me suis aperçue qu’un côté du nuage gris foncé, le côté tourné vers le haut, était toujours illuminé par le soleil. Il pleut dessous, mais là-haut, c’est toujours le grand beau. (…)

Nous, c’est un peu pareil : notre esprit peut rester au beau fixe s’il est tourné vers le haut, c’est-à-dire vers le bon Dieu. Si on sait regarder le dessus du dedans, on n’est jamais sens dessus dessous ! »


Oui, voilà une clé : pour le chrétien, les nuages sont aussi noirs que pour le non chrétien. Mais le chrétien sait que Dieu est là, quelles que soient les circonstances. Cette certitude de foi nourrit son espérance ; jaillit alors la joie intérieure.






Le chrétien est invité à accueillir la tristesse et à la rendre féconde



Voulons-nous relever le défi ?



Sur ce chemin de transformation, les saints sont passés avant nous. Dans son livre Et si les saints nous coachaient sur nos émotions ? (Téqui, janvier 2021 ; présenté ici), Edwige Billot recense quelques conseils de ces hommes qui ont ressenti ces vagues d’émotions et qui ont su les orienter pour leur faire porter du fruit.


Car les émotions sont là, langage de notre corps qui vibre. Il ne s’agit pas de les nier, ni de les faire condamner par notre petit gendarme intérieur. Nous sommes invités à leur donner une direction.


Quels moyens pratico-pratiques Saint Thomas d’Aquin propose-t-il pour orienter la tristesse ?

1. S’accorder quelque chose qui nous fait plaisir

2. S’accorder le droit de pleurer

3. Parler à un ami

4. Contempler la « vérité », le « beau »

5. Prendre un bain et dormir

(Et si les saints nous coachaient sur nos émotions ?, p 20-21)


Nous voici armés pour accueillir la tristesse et lui permettre de porter du fruit !




Le chrétien ne porte pas pour autant des lunettes roses


Celles du naïf ou du romantique qui vit dans un monde déconnecté de la réalité, un monde de bisounours, idéal, où tout va bien dans le meilleur des mondes.


Non : le chrétien vit dans le monde ; il connaît les mêmes réalités que le monde. Mais il n’est pas du monde : il ne se laisse pas submerger ; au cœur de la tempête, il sait que Dieu est là.


D’ailleurs, l’émotion de la joie, telle que la décrivent Edwige ou Jade, celle qui pourrait s’accorder à la couleur rose, est passagère.

« L’enthousiasme, ça aide à inventer le bonheur, et c’est rudement bon » (Jade)


C’est rudement bon, mais ce n’est pas un état permanent. Edwige l’écrit : « L’émotion de la joie est limitée dans le temps ». Et elle ajoute : « Savez-vous que si vous avez envie de rentrer dans une expérience de joie profonde et durable, il existe une autre joie que les saints ont expérimentée et qui nous est accessible : la joie parfaite ou la vraie joie ! Il ne s’agit plus simplement d’un état temporaire mais d’un cheminement qui nous installe dans un état durable. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, sa grande caractéristique est de pouvoir cohabiter avec la souffrance, car elle repose entièrement sur l’amour. »




Le chrétien porte des lunettes de vue toutes simples


Il porte un regard réaliste sur le monde; ni pessimiste, ni idéaliste ou déconnecté. Le chrétien décide de s’ancrer dans le Ciel, tout en gardant les pieds sur terre. Et cette décision lui permet d’avancer, d’être en chemin.


La vraie joie vient de l’intimité avec Dieu. Je sais que Dieu est là ; le soleil brille au-dessus de mes nuages gris foncé. Cette certitude est source de joie profonde. Mais cette joie ne vient pas sans combat. C’est une décision.



Julie l’avait exprimé pour nous ici : « La joie nous vient d’En-haut. C’est un combat. Soit on décide malgré les circonstances d’être heureux et de s’appuyer sur Dieu, soit on se morfond dans les soucis. C’est une décision. »



Pour autant, il ne s’agit pas de conquérir cette joie à la force de nos poignets.




Alors, de quel combat s’agit-il ?


Écoutons encore la petite Jade, qui a décidément bien des choses à nous apprendre… :


« A l’école, la maîtresse n’arrête pas de me dire : « Jade, si tu veux, tu peux… » (…) Eh ben, je vais vous dire : la maîtresse, elle se goure complètement (…), parce que dans la vie, l’important ce n’est pas la volonté, c’est l’abandon. (…) Quand je dis abandon, cela ne consiste pas à se croiser les pouces en attendant que ça passe. Ça, c’est plutôt du fatalisme, ou de la lâcheté, ou de la démission, ou de la résignation. Moi, je parle de l’abandon à la volonté divine. (…) Seulement, [Dieu] n’aime pas les tire-au-flanc, alors il faut lui donner un coup de main, il faut y croire. Vous avez remarqué ? Dans ‘y croire’, il y a le mot croire. L’important, c’est d’avoir la foi. C’est pour ça que la maîtresse, elle ferait mieux de dire : « Si tu crois, tu peux ». Là, ce serait un vrai conseil.

(…) J’ai compris tout ça avec mes nuages gris foncé. (…) Dans le dedans de toi, c’est toi qui fais la pluie et le beau temps, c’est toi qui changes tes climats intérieurs. Le matin, tu peux dire : « Bon, assez pleuré, aujourd’hui, je fais beau ! » Ça dépend rien que de toi. Mais tu peux te faire aider aussi. Par exemple, quand tu es très chagrin et qu’il pleure très fort dans ton cœur, si tu penses à Dieu et qu’il te vient un petit rayon de soleil, eh bien tu sais ce qu’il fait, Dieu ? Ce rayon, il le transforme en plein soleil, qui t’illumine de l’intérieur. Le sourire (…), ça permet des miracles.»


« Mais attention : s’abandonner, ça veut pas dire tout lâcher, et attendre que cela se passe. C’est beaucoup plus subtil que ça ! (…) Si tu regardes un surfeur, tu t’aperçois que c’est lorsqu’il s’abandonne à la vague et obéit à un certain rythme qu’il réussit les figures les plus belles et les plus longues ; tandis que s’il s’accroche à sa volonté, il est assuré de tomber. » (Jade)




C’est simple comme ‘bonjour’, non ?



« Soyez toujours joyeux » nous dit la Parole de Dieu.



Vous voyez où l’on peut facilement en venir ?



Si le Carême est un cheminement vers la résurrection de Pâques, vers une plus grande intensité de vie en nous, pourquoi ne pas s’engager aujourd’hui à cultiver les trois P qui conduisent à la joie :


P comme Prière : vivre dans l’intimité avec Dieu, juste quelques minutes par jour ; c’est la fidélité qui compte ! (Relisons l’article Histoire d’amour pour méditer quelques pistes !)


P comme Pénitence : jeûner de râleries, et mettre en pratiques les 5 conseils de saint Thomas.

Ne pensons pas que ce sont des pénitences « douces ». Quelle force ne faut-il pas déployer pour accepter de se détendre !


P comme Partage : partager quoi ? Partager des sourires !



Vous me direz qu’à part dans son bain justement, où le port du masque n’est pas vraiment obligatoire actuellement, difficile de partager des sourires…

Oui, mais aimez-vous les défis ?


Avez-vous remarqué combien c’est facile de sombrer dans la morosité sous son masque ? Dans la rue, souriez-vous encore, au travers du masque, au conducteur qui vous laisse traverser, à la vieille dame qui promène son chien, au monsieur pressé qui vous regarde à peine… ?


Et pourtant, si notre bouche est masquée par la crise sanitaire, ne reste-t-il pas nos yeux pour rayonner ???




Notre âme est belle de la beauté de Dieu qui y réside. Personne ne pourra jamais en traduire les mil et mil nuances qui sont le reflet de Dieu notre Créateur en sa créature. Seul notre regard peut laisser entrevoir une parcelle de ce miroir de la divinité en nous…


Alors, retirons nos lunettes noires ou roses, et offrons aux autres notre regard!


Bon Carême !



« Dix commandements de la joie », inspirés de l’abbé Gaston Courtois, dessinés par une religieuse de l’abbaye Sainte Marie de Rieunette, et mis en chanson par Jubilate pop louange :

https://www.youtube.com/watch?v=CibkAeshKyw



Sur ce blog, vous trouverez d'autres articles sur la joie, l'espérance et l'abandon :


Avoir la foi empêche-t-il de souffrir ?

L'Eutrapélie... vertu de la détente

Une chanson en famille

Célibataire, pas invisible ou inexistant

Avec Marie, l'union à Dieu

Histoire d'amour