Sortie de Communauté

Et fiorettis de Saint Joseph...


Quand une jeune fille quitte une Communauté religieuse, après quelques mois seulement…


Témoignage





Lorsque j’ai rédigé les quatre parties de la réflexion sur l’état de vie (ici), et plus précisément sur le discernement d’un appel à la vie religieuse (ou pas), j’ai partagé à la Sœur qui m’a fait travailler cette série en relecture :

« Il faudrait un 5ème volet, du type ‘Quand se pose la question de sortir d’une communauté religieuse…’ ; mais je ne sais pas comment l’écrire… »

Elle m’a répondu : « C’est une question primordiale en effet. Si tu as ce désir de témoigner dans ton cœur, surtout, fais-le ! »


Les mois ont passé. Je n’ai pas rédigé de 5ème volet à cette réflexion ; je n’ai pas la formation requise pour proposer un questionnement objectif et général à une situation souvent complexe et si particulière.

« Quand se pose la question de sortir d’une communauté religieuse… »


En revanche, je peux donner un témoignage, mon témoignage. En hommage à Saint Joseph. Et à tous ceux qui m’ont aidée.




Doutes et questionnements

Je suis entrée en communauté religieuse pour des raisons…

Les désirs du cœur s’entremêlent, et il est bien malaisé d’y faire le tri. L’accompagnement spirituel m’a aidée à discerner. J’ai commencé dans un monastère ce que l’on appelle le Postulat : quelques mois où la personne qui désire répondre à l’appel du Seigneur dans telle Communauté religieuse y sollicite son admission.

Je suis donc entrée au Postulat un beau jour du mois d’octobre, le 7 précisément, jour de la fête de Notre-Dame du Rosaire. J’ai vu là un témoignage que la Sainte Vierge m’accompagnait sur mon chemin de vie. Consacrée à Marie depuis mon enfance, je me suis confiée tout à elle.


…J’allais y rester pour d’autres raisons !

La question s’est très vite posée, pour moi : pourquoi allais-je rester dans cette Communauté religieuse ?

Doutes et questionnements m’ont rapidement assaillie. Et des trois raisons principales qui m’avaient fait entrer au Monastère, aucune ne tenait plus.


J’avais reçu d’un prêtre un petit signet sur lequel était calligraphiée une phrase de Saint Jean-Marie Vianney :

« La Sainte Vierge veut votre bonheur. »

Aussi me laissais-je guider par cette phrase : mais qu’est-ce que MON bonheur ? Est-il ici ? Que dois-je faire de mes doutes et questionnements ?





De la difficulté de sortir de Communauté

Il n’est pas facile de sortir de Communauté religieuse… Ce n’est pas comme quitter un travail pour en chercher un autre. Il s’agit là d’un engagement de sa vie.


Nous sommes alors au cœur d’une tempête. Ce n’est pas rien que de se trouver mal à un endroit. Ça fait mal… Et au cœur de cette tempête, on se met des pressions.


Il peut y avoir la pression des autorités religieuses à qui revient la tâche grave d’accompagner le discernement de la personne qui demande à sortir. Comment distinguer ce qui relève d’interrogations humaines, auxquelles chacun sera confronté dans sa vie, de quelque critère objectif qui nécessiterait de changer de voie ? En attendant d’y voir clair, les personnes qui ont autorité dans ce domaine conduisent la postulante à rester là, dans sa tempête intérieure.


Il peut y avoir la pression de l’entourage. Que va-t-on penser, dire de tout cela ? La pression que l’on attribue à Dieu également. Vais-je Le trahir ? La fausse culpabilité s’insinue subrepticement dans les pensées de la postulante qui se perd de plus en plus dans sa tempête intérieure…


Il peut y avoir la pression de la vie tout simplement : que vais-je devenir ? Si je sors de Communauté où tout est si bien réglé pour moi jusqu’à la fin de mes jours, comment vais-je subvenir à mes besoins ? Dans quelle carrière vais-je me lancer ? Que vais-je faire de ma vie ?





J’ai perdu le sommeil, développé des symptômes physiques désagréables : engelures, ongles cassés en leur milieu, eczema… Ma fatigue fut telle que je fus d’abord dispensée d’assister à l’Office des Matines à 6 heures, puis aux Laudes vers 7 heures, et enfin aux Complies à 20h45. Moi qui ai toujours eu des cycles menstruels réguliers, je n’avais plus de règles.


Le corps parle.


Je me sentais perdue. Au cœur de la tempête de mes émotions, un critère objectif propre à la Communauté où je me trouvais ne me correspondait vraiment pas, et cela suffisait à légitimer une sortie. Cependant, Mère Prieure me demandait de rester.


Pourquoi ne suis-je alors pas partie ?

Dans mon désarroi, j’avais posé un choix : ne laisser reposer mes certitudes qu’en Dieu. C’est Lui qui appelle. Je savais que Dieu passait par mes supérieurs. J’avais donc choisi de m’en remettre à eux, quelles qu’en soient les conséquences.


Et après avoir demandé à trois reprises de sortir de Communauté, j’ai reçu l’autorisation de quitter le Monastère. C’était un beau jour du mois de juillet, le 16 précisément, jour de la fête de Notre-Dame du Carmel. J’ai vu là un témoignage que la Sainte Vierge m’accompagnait sur mon chemin de vie. Et j’ai fait un gros détour sur la route qui me conduisait dans ma famille : je suis allée m’immerger dans les piscines de Lourdes, pour me confier tout à Marie.


Avant de rentrer définitivement chez moi, j’ai rendu visite à une de mes très bonnes amies religieuse, qui avait accompagné des novices. J’avais besoin d’un regard extérieur et avisé pour m’aider à mettre des mots sur mes maux.


Quelques jours plus tard, après neuf mois de Postulat religieux, j’avais mes règles.


Le corps parle…






La tempête dehors aussi

Chacun vit les choses différemment.


Recommencer à partir de rien

Du plus profond de mon cœur, j’avais tout quitté pour entrer en Communauté religieuse. Mère Prieure m’avait conseillée avec prudence avant d’entrer : elle m’avait demandé de ne rien donner de mes affaires personnelles, mais d’indiquer à mes parents quoi faire de mes effets, une fois que deux années passées en Communauté auraient confirmé ma décision. J’avais donné les deux choses qui auraient mal vieilli sans être utilisées : mon téléphone portable et ma voiture. Même si mes affaires personnelles m’attendaient chez mes parents, j’avais tout quitté dans ma tête.

Sortir de Communauté fut un choc émotionnel terrible ; et je n’avais aucun outil en main pour le surmonter.


Réapprendre à vivre

En Communauté religieuse, plus rien ne nous appartient : ni les objets, ni l’organisation quotidienne, ni les grandes lignes de notre vie. On fait vœu de pauvreté, d’obéissance, de chasteté. Si bien qu’après des années où j’avais dirigé ma vie avec une volonté de fer, il ne me revenait plus, désormais, de prendre aucune décision. J’avais donné ma volonté propre, j’avais choisi de ne plus maîtriser ma vie quotidienne.

Sortir de Communauté me laissa dans un embarras terrible : vraiment, je ne savais plus rien faire, utiliser une carte bancaire, dire « je », « mon », « ma », « mes »… C’est un état d’esprit terriblement angoissant.


Un détail tout bête me revient en mémoire, qui témoigne un peu du désarroi de celle qui sort d’une Communauté où elle avait pensé être entrée pour toute sa vie : ma sœur est venue me chercher au Monastère. Elle m’a conduite à Lourdes. Nous sommes dans le Sud de la France, en plein mois de juillet. Je suis habillée en postulante : chemise à manches longues, jupe longue, socquettes et sandales. Il fait chaud. Ma sœur me dit : « Tu ne veux pas mettre une de tes jupes courtes ? Je t’en ai apportées ! » Je la regarde, suffoquée. Comment envisager même de retirer mes socquettes ? Je vais me retrouver toute nue !!


Car durant ces mois de Postulat, dans mon mal-être, je me suis sentie dépossédée même de mon corps. C’est traumatisant.


Ne plus savoir qui je suis

Au cours de mon séjour au monastère, j’ai vécu quelque chose qui m’a anéantie : dans mon travail de tri nécessaire pour avancer dans mon discernement, plusieurs détails personnels m’ont sauté à la figure, et j’ai compris dans un choc terrible que je n’étais pas qui je pensais être. Ma statue intérieure s’est brisée. Grâce à Mère Prieure, j’ai pu rencontrer un psychologue qui eut des mots et des gestes tels que je me suis enfoncée encore davantage dans ce constat : ma construction personnelle était faussée dès mon enfance ; chez moi, le « je » n’existait pas. J’étais construite toute en confusion avec ma maman notamment, et il m’était dès lors impossible de poser des choix libres.

C’est une chose d’écrire ce constat sur un écran d’ordinateur, des années plus tard. C’en fut une autre de le vivre. J’étais ravagée, engloutie. A 30 ans passés, je ne savais plus qui j’étais.


Et il allait falloir vivre.





Le secours vient du Ciel

J’ai été portée.


Avant de tout quitter pour entrer en Communauté religieuse, j’étais enseignante. Passionnée par mon métier, je ne comptais pas mes heures de travail. Transmettre, c’était toute ma vie ; voir grandir, toute ma joie.


A ma sortie de Communauté, je ne suis absolument pas en mesure de reprendre des responsabilités dans quoi que ce soit. Je ne sais plus qui je suis, où je vais, comment faire la moindre petite démarche…


Un prêtre à qui je me suis confessée peu de temps avant de quitter la Communauté m’a conseillé de prendre un temps pour moi : partir en humanitaire par exemple, ou vivre une année d’études à Philanthropos… Ce serait important pour moi de vivre une expérience avec des jeunes qui, par leur manière d’être avec moi, m’aideraient à me trouver, moi.

J’examine les propositions ; je regarde où j’en suis aussi. Toute ma vie, j’ai rendu service. Si je pars aider en humanitaire, je risque de m’enfoncer encore davantage dans ma propension à disparaître dans le service rendu. Je choisis donc Philanthropos.


Philanthropos, c’est une année très riche, qui repose sur trois piliers : la vie intellectuelle (les étudiants valident une année de Théologie et de Philosophie), la vie spirituelle (ils sont invités à se joindre aux offices chantés d’une communauté religieuse, et assistent quotidiennement à la Messe), et la vie fraternelle (ils vivent en communauté étudiante durant une année scolaire).

J’ai déjà suivi des cours de Théologie au Postulat, je ne serai donc pas perdue ni submergée par le travail ; j’ai profondément envie d’un cadre spirituel pour traverser mon épreuve ; j’ai besoin de cette vie fraternelle pour me reconstruire.

C’est donc certainement ajusté pour moi.


Je confie tout cela à Saint Joseph. Si c’est bon pour moi, ça se fera.


Fin juillet, j’envoie un mail au secrétariat. On me répond que les inscriptions sont closes depuis longtemps. Je me dis : « Allez, je rassemble le dossier demandé aux candidats et je l’envoie malgré cette réponse négative ; j’aurai fait tout ce que je pouvais de mon côté… »

Deux semaines plus tard, je reçois un mail ; on a lu mon dossier avec intérêt. On peut me proposer un poste d’enseignante dans la ville de Fribourg où est implanté l’Institut Philanthropos, en Suisse. J’aurai un logement dans le foyer étudiant géré par la Communauté religieuse et je pourrai assister à toutes les conférences en candidat libre, sur mes heures de liberté.


Je réfléchis. En fait, je n’ai rien d’autre à faire… J’accepte, tout en me demandant comment je vais trouver les forces nécessaires pour me donner dans mon métier.

Quelques jours plus tard, ma sœur me tend son téléphone : « Marie, c’est le directeur de Philanthropos, pour toi. »

J’écoute, un peu décontenancée : je me trouve en conversation avec Fabrice Hadjadj… ! Un garçon s’est désisté le matin-même pour entrer au séminaire ; on a lu mon dossier avec attention ; on préfèrerait un étudiant, pour équilibrer la proportion filles-garçons, mais mon profil intéresse. Qu’est-ce que j’en pense ?

Je réfléchis à toute allure : j’ai donné une réponse positive à la proposition d’enseignante, deux jours auparavant ! Mais je peux peut-être me désister… Je dis OK dans ma tête. Au téléphone, je bafouille : « Je suis une quiche en Philo… – Ce n’est pas un problème ; on aime bien la quiche ! »

OK.

« En revanche, il y a un léger souci ; vous indiquez dans votre dossier que n’ayant pas travaillé depuis un an, et ayant auparavant un salaire très bas, vous n’avez pas de financement pour payer l’année. Or, toutes nos bourses sont déjà attribuées. Vous allez devoir chercher seule un moyen de financer l’année ; nous ne pouvons pas vous aider. Comment allez-vous faire ? » Je ne réfléchis pas. Je réponds du tac au tac : « Je vais demander à mes amis. »


Une année d’études à Philanthropos a un coût : si l’on compte la participation aux frais de scolarité, l’hébergement, les frais de nourriture, le permis de séjour en Suisse, les trajets jusqu’à Fribourg, il faut compter 10 000 €. Comment financer un tel projet… ? Comment trouver 10 000 € ?


Je précise : « Si je demande 10 € à chacun de mes amis, il me faut écrire à 1 000 amis. C’est peut-être irréalisable… Je vais demander 20 € à 500 amis. » Le directeur a ri : « Vous êtes sur Facebook pour avoir 500 amis ? » Non, je ne suis pas sur Facebook… Je n’ai même pas de téléphone portable depuis que j’ai donné le mien en entrant au monastère… Mais si c’est bien pour moi, Saint Joseph m’aidera.


Le 28 août, je rédige une lettre explicative que je termine ainsi :

« Je vous remercie d’avance pour tout ; et si je reçois 500 x 20 €, je pourrai dire à tous ceux qui regardent d’un air dubitatif la fin du film ‘La vie est belle’ (de Frank Capra, 1946, avec James Stewart) que c’est vrai : l’amitié existe. Que, dans notre monde où parfois les difficultés s’accumulent, la foi en soi, la foi en ses amis, la foi en Dieu, – tout ça, – ce n’est pas du bla-bla-bla superficiel ; c’est un avant-goût de l’éternel ! »

Je l’envoie à mes amis, aux amis de mes parents, aux parents de mes amis, à ceux de mes anciens élèves, de mes anciens louveteaux, louvettes, guides… Et je pars en Suisse, à quelque 1000 kilomètres de chez moi, sans savoir si je pourrai y rester…


Quinze jours plus tard, j’ai reçu la moitié de la somme nécessaire. 5000€ !!! Sur mon compte bancaire apparaissent des objets sur les lignes de don : « La vie est belle ! ». Je reçois des cartes : « Tiens, voilà 160€ : avec nos enfants, nous sommes quatre, et avec nos anges gardiens, ça fait huit ; 8 x 20€ »

Cela peut paraître ridicule, à l’heure des pots communs et de CredoFunding. Pour moi, il y a 10 ans, cela équivalait à 5 mois de salaire.


En mars, mois de Saint Joseph, je reçois le dernier euro qui vient financer mon année. La moitié des 500 amis a répondu à ma lettre ; la totalité des frais est couverte. Merci saint Joseph.


Un matin, je marche le long du couloir des boîtes aux lettres de l’Institut. J’ouvre une lettre administrative, en même temps qu’un autre étudiant. On nous demande 50 Francs suisses, qui équivalent plus ou moins à 50 €. Il s’exclame : « Oh misère ! Encore ! Je n’ai pas de quoi payer ! – Moi non plus. Je vais prier Saint Joseph ! » Et je monte à la chapelle. Quand je redescends, je vais consulter mes comptes bancaires pour voir où trouver la somme. On m’a fait un don de 50 € ce jour-là.



Détail d'une statue de Saint Joseph des ateliers Villa d'Elba.



Et après ?

Ces cadeaux matériels ne sont rien à côté des grâces reçues durant les mois qui suivent ma sortie de Communauté.


L’année à Philanthropos est une bénédiction : je suis comme « en vacances ». Les cours me passionnent et mon esprit se vivifie. La vie de prière me porte. J’ai promis à mes donateurs de me lever plus tôt pour prier les Laudes avec la Communauté religieuse, en action de grâce pour chacun d’eux. C’est une joie chaque matin de louer le Seigneur pour tout ce que je reçois. A l’image des jeunes volontaires partis au loin au service d’associations d’aide humanitaire, qui envoient régulièrement des nouvelles à leurs « parrains », j’écris à tous ceux qui m’ont aidée, les associant à mon chemin de vie.


Car c’est un chemin de vie pour moi. Dans mes temps libres, je pleure beaucoup. Les larmes lavent l’âme.

Et puis, il y a ces personnes sur ma route. Je ne peux établir la liste de tous ceux qui m’ont apporté réconfort et forces vives. C’est de chaque instant, chaque rencontre, chaque partage. Vraiment, ces dix mois sont un des grands cadeaux de ma vie.


L'Institut Philanthropos est implanté aux portes de Fribourg, en Suisse.



Surtout, il y a cette vie fraternelle avec les autres étudiants. Cette année-là, nous sommes 50 garçons et filles, âgés de 18 à 34 ans. Cette tranche d’âge relativement large présente des vertus avérées : les « vieux » apportent un brin de sagesse et d’expérience ; les « jeunes » revivifient ceux qui parfois sont un peu meurtris.


Je ne suis pas d’emblée en mesure de me joindre pleinement à ces joyeux étudiants que rien ne semble effrayer et qui forgent une cohésion de promotion dans des jeux et défis tous plus bruyants les uns que les autres ; sortie du silence du cloître, je suis à des années lumières de ce bouillonnement incessant. Mais petit à petit, la magie opère, et je me sens poussée à lâcher mes freins. Le sport pour cela rend bien service. A Philanthropos, la mode est au mini-hockey en salle. Je suis rondelette, pas très agile, et je n’ai jamais pratiqué de sport collectif. Mais on m’entraîne et je fais l’expérience de tenir une place dans une équipe : c’est le début de ma reconstruction.




Ai-je raté ma vocation ?

De l’extérieur, on pourrait parler d’échec.


Moi, j’ai le sentiment de vivre ma vocation. J’ignore où je vais, mais je sais que je désire laisser le Seigneur me rejoindre, m’offrir tous ces cadeaux, toutes ces rencontres au travers desquelles Il est là, Il s’occupe de tout : Dieu pourvoit. J’apprends à découvrir qui je suis, à dire « je » aussi. Je me reconstruis, un jour après l’autre, année après année. Grâce à ceux qui m’entourent, à des professionnels aussi. Peu à peu, ma liberté grandit.


Car c’est bien de liberté intérieure dont j’ai manqué dans mon premier discernement. Et il aura fallu ces mois au monastère pour m’en rendre compte.


Je n’ai aucun regret. Je sais que j’ai été appelée à entrer, appelée à sortir. Je sais que quelque chose en moi s’est brisé, et que je vais vers plus de vie, tel que je ne l’ai jamais expérimenté. Je vois dans ces neuf mois de Postulat si éprouvants, décapants, un moment où j’ai rencontré Dieu. Durant la trentaine de jours où je me suis trouvée par terre, anéantie par la découverte de ma statue intérieure brisée, devant ce constat de mon néant, j’ai choisi Dieu. Le Tout-Autre, Celui que je ne peux limiter avec mon intelligence, qui me tend la main et vient à ma rencontre, même si je ne sais plus qui je suis. Celui qui est Autre que moi, qui ne correspond à aucun de mes schémas, eux qui ont tous volé en éclat.

Et cela, c’est, après le don de ma vie, le plus beau cadeau de toute ma vie.


Ai-je raté ma vocation ?


Un des trésors reçus au monastère, qui m’en a fait sortir, c’est une ligne tracée sur une lettre par mon grand-père.

« Là où il y a l’Esprit-Saint, il y a de la joie. »

Étais-je dans la joie lorsque j’ai refermé sur ma maman la grille du monastère, le 7 octobre 2012 ?

Oui. J’étais sûre de répondre à l’appel du Seigneur.


Étais-je dans la joie lorsque j’ai refermé le portail de l’hôtellerie où ma sœur avait garé la voiture pour récupérer mes quelques bagages, le 16 juillet 2013 ?

Oui. Je me sentais dans une prison sans fenêtre. Mais sans toit aussi, directement ouverte sur le Ciel. Et je savais, au plus profond de mon cœur tout bouleversé, que Dieu était là, Lui, le seul roc, et qu’Il s’occupait de tout, même si je n’avais aucune visibilité sur l’horizon.


Étais-je dans la joie, au monastère ?

Non. Je vaquais à mes occupations, j’étais souriante, d’humeur égale, à l’aise avec les Sœurs de la Communauté. Mais je n’étais pas dans la joie. Le mal-être me rongeait, m’abîmait, cassait mes ongles, stoppait le jaillissement de ma féminité. Non que cette Communauté ne soit pas un lieu de vie en Dieu – les Sœurs y semblaient à leur place – mais je n’étais pas, moi, en mesure d’y rayonner de vie. Je n’y étais pas appelée.


Aujourd’hui, presque dix ans plus tard, je suis mariée. Nous avons deux enfants. Même si les épreuves jalonnent notre vie, je suis la plus heureuse que je n’aurais jamais pu l’être. Dans la joie et l’action de grâce.


Je l’ai écrit ici :

Au Ciel, dans l’éternité, Dieu me demandera : « Qu’as-tu fait de la grâce baptismale que tu as reçue ? » Lorsque j’ouvrirai mes mains pour montrer ma vie, me dira-t-Il : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de choses, entre dans la joie de ton Maître. » (Matthieu 25, 21 )


Me dit-Il, aujourd’hui : « Entre dans la joie de ton Maître ! » ?


La joie. Savoir, être sûr, croire que je suis dans les mains de Dieu. C’est cette certitude qui donne d’être dans la joie profonde, quelles que soient les circonstances présentes, les soucis quotidiens, les tracas personnels. La vie d’union à Dieu est le but de ma vie. Mon état de vie est un moyen.


Oh ! Combien mon union à Dieu est fragile aujourd’hui ! Prise par les mil occupations d’une mère de famille avec des enfants en bas âge, je n’ai pas la vie de prière réglée d’une religieuse dans son monastère. Mais c’est ma vocation : je suis appelée à cette vie d’union à Dieu, ici et maintenant. Et elle fait toute ma joie.

Marie D.







Sur le blog, retrouvez :

Quand la question de la vocation religieuse se pose (4 parties)

Neuvaine à Saint Joseph

Le Secret de Marie (Exposé de ce qu'est la Consécration à Marie)

Célibataire, pas invisible ou inexistant (pour lire le développement de la joie dans son état de vie)



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