Régulation ou contraception ?

Qu’ai-je à gagner de parler de la contraception ? Rien. Je suis marié depuis 25 ans à une femme magnifique, ce qui n’est pas pour faciliter la question parfois épineuse de mon désir et de la pureté de mon regard sur elle. Pour être clair, la question sous-jacente aux unions conjugales est celle de la chasteté. Je rends grâce pour la beauté de ma femme, mais aussi pour le chemin qu’elle m’a permis de prendre, pas après pas. Car le sujet de ce post, c’est finalement de vivre l’apparente contradiction entre le désir, d’ordre animal, et la chasteté, d’ordre spirituelle.


Le pire des péchés

Mettre un préservatif et faire l’amour avec sa femme ou maudire son voisin de couleur ? Vous connaissez la réponse… Alors d'abord, détendons-nous et cessons de nous culpabiliser pour regarder le sujet en face. Souvenez-vous de Jésus avec la femme adultère. Aucune condamnation, seulement une invitation. Une très grande majorité de chrétiens ne comprend pas bien la doctrine catholique de l’amour conjugal. Je ne connais aucun couple qui la trouve facile à mettre en œuvre. Et moi non plus.



Les milliards d’hommes et de femmes ayant vécu depuis des dizaines de milliers d’années jusqu’aux années 60 ne vivaient pas la tentation d’avaler quelques pilules pour faire l’amour à tout moment sans risquer une Nième naissance. Le taux de mortalité infantile rendait la question de la limitation du nombre de conceptions secondaire. Aujourd’hui les familles sont calibrées depuis le contrat de mariage : tout est planifié à l’avance, quitte à avorter en cas d’échec de la technique pourtant vendue infaillible. La science a également considérablement repoussé le taux de mortalité, merci Seigneur !


Dans le même temps, le monde régressif dans lequel nous vivons favorise la soumission aux pulsions et aux désirs en vue de plaisirs brefs et jouissifs sans lendemain, donc sans enfants. Nous avons parfois l’impression que l’Église nous demande de vivre comme des Amish au milieu du quartier rouge d’Amsterdam. C’est héroïque.


Cet héroïsme trouve son fondement dans la Vérité : « L’Église propose une orientation permettant de sauver et de réaliser toute la vérité et la pleine dignité du mariage et de la famille. » précise saint Jean-Paul II dans l'exhortation Apostolique Familiaris Consortio.


L’Église est bien dans son rôle quand elle propose un chemin de sainteté pour les couples, et accueille tous les pécheurs indistinctement. Que nous sommes tous.


Si je n’y arrive pas, ce n’est peut-être pas à cause de l’Église, mais peut-être plutôt de moi-même. Penser que l'Église veut nous emmerder est plus qu'un raccourci douteux : c’est une impasse.



Quelle est la doctrine ?


Chacun la connaît : cette doctrine « est fondée sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l'acte conjugal : union et procréation. (…) User du don de l'amour conjugal en respectant les lois du processus de la génération, c'est reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres des sources de la vie humaine, mais plutôt les ministres du dessein établi par le Créateur.» Humane Vitae.


L’Église rejette toute forme de contraception artificielle, concédant aux couples la régulation des naissances par abstinence lors des périodes de fécondité de la femme. Le texte ne permet pas d’échappatoire et c'est assez frustrant. Ce texte m'impose, c'est toute sa vertu, de me mettre face à moi-même et de sonder mes motivations profondes. Pourquoi ce texte m'agace-t-il ? Que touche-t-il en moi ? Mon refus de la frustration ? Ma toute puissance ? L'incontrôle de mes pulsions sexuelles ? Un sain refus de la soumission infantile ? Il impacte une limite intime. En ce sens, il est révélateur d'un chemin à prendre.



Conséquences envisagées du non-respect de la doctrine

Sans nier « les difficultés individuelles, familiales ou sociales que l'on rencontre dans l'observation de la loi divine », l’Église s’inquiète que les chrétiens glissent vers « l'infidélité conjugale et à l'abaissement général de la moralité » et que l’homme, au sens mâle, déresponsabilisé des conséquences de ses actes « ne finisse par perdre le respect de la femme et, sans plus se soucier de l'équilibre physique et psychologique de celle-ci, n'en vienne à la considérer comme un simple instrument de jouissance égoïste, et non plus comme sa compagne respectée et aimée ». HV


Franchement. Ne voyez-vous pas ici une vision prophétique décrivant le monde moderne ? Divorce, infidélité, pornographie de masse, abus sexuels, avilissement de la femme, glissement de la femme-sujet à la femme-objet… Croire que nous n'avons pas les deux pieds dans cette bouillasse serait le plus grand mensonge que l'on puisse se faire à soi-même. L'esprit du monde nous pénètre et nous influence, c'est une évidence. Nous baignons dans un bain culturel de promotion de la jouissance, de plaisirs rapides et sans conséquences, comme une course effrénée vers la résolution de notre désir dans un plaisir sexuel vidé de son sens, devenant finalement pathétique.



Une doctrine exigeante

Saint Jean-Paul II n’était pas favorable à la publication d’Humane Vitae comme tel (lire l’excellent article d’Aleteia). Il nous donnera, 13 ans plus tard et 4 ans après son élection, la véritable perspective de la théologie du corps dans Familiaris Consortio « Puisque l'homme est un esprit incarné, c'est-à-dire une âme qui s'exprime dans un corps et un corps animé par un esprit immortel, il est appelé à l'amour dans sa totalité unifiée. L'amour embrasse aussi le corps humain et le corps est rendu participant de l'amour spirituel ». Ce passage est, pour moi, la clé de l’adhésion à l’encyclique controversée de Paul VI.


La question est spirituelle et l’Église est dans sa mission, exigeante, de nous mener à ce niveau d’amplitude de vie, précisément à travers la réalité concrète de notre vie. Non une spiritualité sirupeuse que Nietzsche a vomi avec raison. L'Église nous invite au chemin d'union à Dieu, qui ne laisse que peu de place à la contradiction personnelle. Ceci nous invite à vivre notre vie dans cette tension d'une "marche vers". Encore plus quand l'Église s'exprime à contre temps, ce qui était déjà une spécialité de Jésus me semble-t-il...



Obéir à la doctrine

Obéir pour obéir, dans le sens d’une soumission aveugle à une doctrine incomprise n’est que renoncement à l’exercice de la liberté personnelle et lâcheté de la part de celui qui s’y soumet sans y adhérer vraiment. Acédie. L'approche personnaliste promue par Jean-Paul II, inspirée notamment par Emmanuel Mounier, nous confirme que nous ne sommes pas des moutons mais des personnes dont la vocation est la pleine intégration de la loi naturelle dans notre vie, sous-entendu que notre effort consiste à chercher l’alliance avec cette loi naturelle voulue par Dieu.



Rejeter la doctrine

La rejeter en se disant : « Il faut vivre avec son temps ». De nombreux chrétiens ont brûlé la doctrine conjugale dans la cheminée et vivent exactement comme le monde car elle leur semble inatteignable. Ils font leur marché et prennent seulement ce qui leur paraît accessible à leurs capacités humaines. Ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas les doctrines qu’elles sont mauvaises. Vanité et/ou avidité sexuelle.



Adhérer à la doctrine

Nous n’avons pas le choix que de sauter dans le grand bain sans savoir nager pour y trouver le sens. Le sens élève. Essayons patiemment d’y conformer nos vies en demandant au Seigneur la grâce de Sa lumière, humblement, en accueillant nos chutes, contradictions et difficultés dans l’assurance de la miséricorde infinie de Dieu. Vive le sacrement de réconciliation ! C’est la même chose dans tous les domaines.


On se détend, Dieu sait que nous sommes pécheurs. Que nous le soyons est d’ailleurs Son plan puisqu’Il gouverne aussi au mal. C’est le seul moyen qu’il a trouvé pour que nous nous tournions librement vers Lui. A vouloir tout faire tout seul, nous chutons, nous pleurons et nous retournons vers Lui en Le suppliant de nous sauver… Dieu est comme Osée avec sa femme prostituée que nous sommes tous. Dieu est fidèle à son Alliance, et dès qu’on se tourne vers Lui il bondit de la montagne. Vivre cela en couple est une belle démonstration d’humilité et fortifiera votre relation intime.



Une adhésion de l’esprit


La sainteté s’acquiert uniquement dans la pleine adhésion non à la doctrine, mais à l’Esprit dont elle est issue.


Chacun sait bien que la morale est la conséquence d’une cause première : l’amour de Dieu. Si on fait de la morale une cause première, elle est indigeste et rend débile. La morale sans l’amour dont elle découle n’est que cymbale qui retentit : ça sonne faux. Chercher la relation avec l’Amour divin avant tout est la priorité de tout chrétien, et les préceptes en découleront avec la pleine adhésion de notre volonté. Sans effort. Là seulement je fais le plan de Dieu.


Cette vie de l’esprit vivifié par l’Esprit éclaire notre âme par le haut, non depuis notre animalité soumise aux pulsions animales. Les pères de désert, Victor Frankl, Zundel et bien d’autres partagent la dimension ternaire de la personne humaine : corps, âme et esprit. Tous disent que la vie accomplie ne peut qu’être réalisée si on s’élève au niveau de l’esprit.



Et dans le concret de la vie concrète ?


En matière de sexualité du couple, il est permis et nécessaire de parler de tout, même d’échanger ses fantasmes les plus fous. Cela est même une nécessité pour que l'union des corps soit un lieu de rapprochement de la totalité des personnes : corps, âme (intelligence et cœur) et esprit, sans arrière pensée, sans silence gêné, sans masque. Nu l'un en face de l'autre, dans toutes nos dimensions. Une union totale ne peut être vécue dans le non-dit et le tabou. En plus, parler de sexe crument avec son conjoint au restaurant c'est assez amusant en soi. Rien ne prépare mieux à l'union des corps.


- OK Bertrand t'es gentil. Parler c'est bien, mais qu'est-ce qu'on fait ?

Je vous invite à relire et méditer, en couple, l’exhortation apostolique de saint Jean-Paul II Familiaris Consortio, très éclairante dans la dynamique de recherche de vérité.



Méthodes artificielles


De fait, la majeure partie des méthodes de régulation artificielles provoquent des dommages collatéraux.


La mutilation physique du corps par la ligature des trompes de la femme ou la vasectomie chez l'homme, au-delà de fermer à la vie, représente une impasse morale évidente. Nous sommes déjà dans une vision nihiliste du monde opposée à la réalité naturelle portée vers la vie.


Le stérilet est une méthode abortive, impasse pour tout chrétien, au même titre que l'avortement.


La contraception hormonale, sous forme de pilule ou de patches, bien qu'elle soit communément acceptée même dans les milieux les plus cathos, pose une question essentielle. Comment accepter l'installation de la femme sous régulateur chimique ? Sa nature serait-elle malade ? Considérer que la nature féminine, si belle, soit une maladie plutôt qu'une invitation à accueillir cette mystérieuse nature, créée et voulue par Dieu, par amour pour chaque personne humaine, ne peut être une option pour un chrétien. Même si je comprends bien le confort qu'elle peut engendrer, reconnaissons qu'à l'heure du tout bio, il y a quelque chose de paradoxal. D'autant que le cycle naturel permet à la femme de se régénérer complètement chaque mois à l'occasion de ses règles, et de repartir libérée de tout ce qui peut l'encombrer.


Rappelons que la majorité des méthodes artificielles déresponsabilisent l'homme et rendent la femme la seule coupable en cas de grossesse. Il me semble qu'il y a quelque chose d'injuste sur ce point.



Méthode naturelle


Les méthodes naturelles et efficaces existent. Nous connaissons Billings qui est une méthode d'auto-observation. Je vous invite et recommande vivement à découvrir sa petite sœur : NaProTechnology, ou NaPro pour les intimes. Cette méthode, développée voici déjà 30 ans, révolutionne les méthodes naturelles par leur niveau de précision. Développées initialement pour aider les couples à concevoir en déterminant avec précision les périodes de fertilité, cette méthode permet par réciprocité la régulation naturelle des naissances : elle facilite l'union des corps sur une plus grande plage de temps de manière très efficace. Son taux d'efficacité dépasse même la pilule hormonale. Qui l’eût cru?



Lire aussi un post relatif à la NaProTechnology : https://www.lesecretdemarie.com/post/qu-est-ce-que-la-napro


Le prix apparent de ces méthodes, réputées "compliquées", est en fait un cadeau d'unification :

  1. la femme et l'homme deviennent co-responsables des décisions : le couple s'unifie dans ce qu'il a de plus intime, le don mutuel des corps.

  2. la saine contrainte de la communication permet de dépasser les éventuelles pudeurs tant masculines que féminines dans leur sexualité. Cela demande du courage.

La méthode naturelle implique d'abord le respect absolu du corps sacré de la femme tant par celle-ci que par l'homme. Elle invite également à considérer le puissant désir masculin parfois si difficile à contrôler. Qu'un homme offre son désir pour respecter la beauté de la nature féminine est un grand acte d'amour.


Est-ce un mal ? Non au contraire ! Mais c'est frustrant. D'autant que les périodes de fertilité boostent la libido féminine... N'est-ce pas le rêve de tout homme qui peine tant à réveiller la sexualité de sa femme !


Quand la sexualité de l'homme est spontanée, celle de la femme est enfouie. A l'homme de la réveiller en-dehors des périodes fertiles. C'est vrai, cela demande une attention particulière, une approche progressive, douce et persévérante. Par exemple ma femme tressaille quand je lui envoie de belles musiques ou un message tendre. L'attention portée à sa femme est la clé qui ouvre la serrure de son cœur. Seul chemin envisageable vers l'union des corps. Les hommes pensent trop souvent que leur femme fonctionne comme eux. Ce qui au contraire la referme comme les pétales d'une fleur le soir venu.


Mais quelle victoire quand votre femme se met à réclamer votre corps masculin ! Dans l’éducation des enfants, nous savons que la frustration est une méthode efficace pour apprendre à gérer nos limites. Éduquons et maîtrisons nos corps.


Nous ne sommes pas pour autant condamnés à se regarder les yeux dans les yeux aux périodes fertiles. Question d'imagination.


Le cycle féminin nous met face au réel, et seul le réel est vrai.


Notre liberté consiste à être serviteurs de la vérité.

Saint Jean Paul II – Séminaire sur la procréation responsable - 1/3/1984


4 commentaires