Fécondité au cœur du handicap


« Je ne peux rien contre l’injustice à laquelle me confronte le handicap… Je refuse désormais d’en rechercher la cause… Je préfère profiter des blessures qu’elle creuse pour accueillir plus intensément la vie. »






Un témoignage à la portée universelle

Voici vingt ans maintenant, nous étions toutes les trois assises dans la même salle de classe : l’éditrice, l’auteur et moi… !


Depuis, vingt années ont passé, qui ont buriné nos âmes. Chacune de nous a marché sur son chemin, tâtonnant, dans la nuit parfois, cherchant, se laissant illuminer aussi par les éclats de lumière qui peuvent passer dans des rencontres, des visages, des événements, dans nos limites aussi…


Et s’il est visible que Cécile avance avec une démarche claudicante depuis sa naissance, nous serons certainement d’accord, son éditrice, moi, et vous aussi peut-être, pour avouer que nous aussi, nous avançons cahin-caha sur notre chemin de vie, avec des chutes, des souffrances, des victoires aussi !


Le témoignage de vie de Cécile rejoint par-là toutes nos expériences de vie.




Un petit recueil de perles de sagesse

Les années de vie façonnent et donnent du poids à l’existence. Elles forgent une expérience que l’on peut être amené à partager d’une façon ou d’une autre. Elles nous apprennent aussi à avancer, à nous relever de nos chutes, à tirer de nos aventures de petites leçons, telles des leçons de choses... Elles nous donnent parfois de porter un regard nouveau, un regard plus doux sur les choses, les événements, les visages qui nous entourent… Elles nous font ainsi découvrir toujours plus profondément ce qui fait notre humanité.


Avec le temps, le rythme de vie ralentit. Les soucis ne sont plus les mêmes. N’avez-vous jamais constaté chez une personne âgée l’esprit d’enfance, l’innocence parfois réinventée dans une question aussi simple que saugrenue ? N’avez-vous jamais attendu, dans le flot de souvenirs parfois décousus d’une grand-mère ou d’un grand-père tout ridé, la grâce d’une parole de sagesse tirée de son expérience de la vie ? N’avez-vous jamais goûté combien ces vieilles dames et ces vieux messieurs prennent le temps, savourent l’instant ?




Cette sagesse acquise de l’expérience, Cécile la distille dans son petit livre avec une délicatesse et une douceur portées par une foi ancrée. Elle n’aura pas attendu les années pour la percevoir et ensuite la faire couler de sa plume comme un jardinier l’eau vivifiante de son arrosoir…


C’est un trésor qu’elle nous livre, dévoilant avec de simples mots choisis, des pépites pleines de vie et d’humanité.




« Ils ont des yeux et ne voient pas. »

Emportés par le rythme effréné de nos occupations quotidiennes, nous acceptons souvent très tard au long des années de voir et accueillir nos fêlures, nos limites, nos imperfections, elles qui pourtant font toute notre authenticité !


Porteuse d’un handicap visible depuis sa naissance, Cécile marche sur le chemin de notre humanité avec une bonne longueur d’avance : ses limites, elle les connaît et elle en fait l’expérience depuis l’enfance, quand nous, nous usons de toutes sortes de subterfuges pour ne pas les voir, faire comme si, développer des stratégies parfois tenaces qui usent certains jusqu’à l’épuisement…


Et si la colère et la révolte devant ce qui reste une injustice ne sont jamais loin, Cécile sait trouver dans son handicap un socle, un fondement de son être : il semble qu’elle ait trouvé l’art de vivre sa fragilité comme une force. Quelle grâce !




S’accepter. C’est ce que Cécile choisit – peut-être quotidiennement, à l’instar de tous nos choix de vie... Accueillir le handicap dans sa vie ne va pas de soi. On imagine le prix, les larmes peut-être, la colère, la révolte parfois. Cécile ne cache rien de tout cela. Et c’est de paix qu’elle peut aujourd’hui témoigner. Elle sait que joie et souffrance peuvent cohabiter.




Son livre, court recueil de petits chapitres très brefs, est comme un verre d’eau fraîche sur le bord du chemin. Il vivifie.


Par-dessus tout, il donne au lecteur de porter sur le monde qui l’entoure un regard nouveau, renouvelé, purifié. Un regard sur l’autre, un regard sur l’autre comme autre que lui, autre que ce qu’il souhaiterait voir en face de lui, différent de ce qu’il aura pu imaginer dans sa tête, enfermer dans ses schémas bien construits. Un regard sur lui aussi, le vrai lui, l’authentique, celui qui se cache sous les carapaces façonnées au fil des années… Le vrai, celui qui a des limites, des imperfections, et qui les accueille, jusqu’à leur sourire aussi.


Car Cécile, dans sa très grande sensibilité, nous conduit à porter sur le quotidien de nos vies un regard purifié. Non pas naïf. Mais habité.





Au creux des blessures, la vie

« Je suis fêlé, c’est pour mieux laisser la lumière passer en moi

Passer à travers, venir éclairer mes doutes, mes misères » (*)


Le handicap de Cécile est comme cette fêlure qui lui révèle ses limites et lui fait poser les choix qui lui donneront de laisser s’épanouir son humanité.


La lecture de ce témoignage peut nous amener à nous interroger : où en suis-je, moi, de mon humanité ? Où en suis-je, dans ce monde où je vis, marqué par la vitesse, la violence parfois, qu’elle soit physique, verbale ou même cachée dans le rythme effréné de nos occupations… ? Où en suis-je, moi, l’authentique, dans ce monde empreint de réalité mais aussi de virtuel, de construction parallèle sur les réseaux et autres mondes qui ont envahi notre quotidien ?


Elle peut aussi nous donner de porter un regard nouveau sur le handicap. Car Cécile connaît cette expérience avec son corps, avec son âme, avec sa sensibilité, avec tout elle-même. Elle nous partage ses colères, ses souffrances, ses joies aussi.


Personne ne peut savoir ce que ressent une personne touchée par la maladie grave : ses angoisses, ses questionnements, ses souffrances physiques et morales, ses espoirs… De même, que savent les personnes non porteuses de handicap, de ce que vivent les personnes porteuses de handicap ? Cécile offre au lecteur de visiter son intimité, et peut-être de porter un regard nouveau sur le handicap. Elle offre aussi d’une certaine manière aux personnes porteuses de handicap une parole, un témoignage. Sophie Lutz l’exprime dans une préface extraordinaire :

« Maman d’une jeune femme handicapée, j’ai eu envie d’entendre ce que ma fille ne peut pas me dire. »


Et Cécile, avec douceur et délicatesse, bouscule parfois nos grilles de compréhension…





A moi, cette lecture donne à réfléchir, à creuser, à contempler, approfondir… Elle me nourrit, et par ces éclats de vie, me donne à voir des parcelles du mystère de l’existence.




Pour tout ceci, merci Cécile.


Arrivée au titre « Remerciements », page 155, j’ai d’abord trouvé ce mot curieux pour commencer un nouveau chapitre, avant de me rendre compte que c’était l’heure des remerciements de l’auteur… Oh non… Pas déjà… ! Mais si ! A nous de vivre les pages de notre vie !





Corps fragile, cœur vivant, témoignage de Cécile Gandon paru aux éditions de l’Emmanuel le 25 mai 2022, 158 pages.

Vous pouvez le trouver ici, ou le commander chez votre libraire préféré !





(*) Ces lignes tirées de la chanson "Je n’ai plus peur" de Clo et Tim font écho au témoignage de Cécile. Vous pouvez écouter le texte ici.



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Cécile Gandon est également l’auteur de Timéo et sa drôle de famille, éditions Pierre Téqui, mars 2020 (32 pages).

« Pas toujours facile pour Timéo de vivre avec un grand frère différent qui bouleverse la vie quotidienne. Une belle histoire pour s'ouvrir à l'autre, pour accueillir ses différences et ses fragilités comme une richesse. » (Pierre Téqui éditions)

Dès 6 ans. Disponible ici.