Des enfants sur terre, et au Ciel aussi

Être maman. Accueillir la vie, telle qu'elle est. Avec ses joies. Avec ses peines aussi.

Être maman, avec Dieu, vivre la maternité avec Dieu, c'est vivre ces joies et ces peines avec Lui.


La Vierge Marie peut être notre guide sur terre pour vivre cette maternité avec Lui.


Être maman, c'est alors vivre nos joies et nos peines avec Marie : offrir nos joies, offrir nos peines. Faire de nos joies et de nos peines les mystères joyeux et les mystères douloureux de nos vies, pour qu'ils soient transfigurés dans la lumière et la gloire du Ciel !


Voici le témoignage d'une maman. Une maman qui a vu des enfants paraître, qui a vu des enfants s'en aller aussi... Et qui chante avec Marie "Magnificat". Dans la joie. A travers les larmes aussi. Mystères joyeux et douloureux unis dans le cœur sous le regard de Dieu.


Merci à elle pour ces lignes !





« Le Puissant fit pour moi des merveilles »



...Il m’a fait le cadeau de sept enfants. Quatre grandissent en pleine santé, trois nous précèdent au Ciel.


Après trois grossesses insouciantes est arrivée une nouvelle vie, lors de ce que les médecins appellent une « FCS » pour Fausse Couche Spontanée. J’ai su plus tard qu’il existait aussi des « FCT » pour Fausse Couche Tardive, qui peuvent faire suite ou non à une MFIU pour Mort Fœtale in Utero. Les médecins aiment bien les sigles...


Peu de temps après cette fausse couche, un nouveau bébé s’est annoncé. Nous étions plus inquiets que pour les trois premiers, mais nous avons été rassurés par la première échographie, celle après laquelle le médecin m’avait annoncé pour mon aînée : « Ça y est, c’est bon, vous pouvez l’annoncer à la terre entière : le risque de fausse couche est quasi nul ! »... Tout doit être dans le quasi... Et ce matin du 22 octobre, j’avais mon bébé bien trop petit dans la main. Sa naissance a été très violente, extrêmement rapide, j’étais seule avec mes trois « grands », mon mari était en mission à plusieurs centaines de kilomètres de là... Heureusement, de très bons amis m’ont aidée : l’un s’est occupé de moi pendant que l’autre a pris en charge les enfants. Je me rappelle n’avoir été capable que de me laisser faire.


Pendant cette période, j’ai connu un sentiment de révolte. Je me souviens que la veille de sa naissance, j’étais inquiète pour lui et que le chant « Jésus, j’ai confiance en Toi » que nous prenions habituellement en famille à la prière du soir avait eu une signification toute particulière pour moi. Je me souviens avoir eu cette incompréhension le lendemain, avec un goût de « Mais, Seigneur, je T’avais dit que j’avais confiance en Toi !? » Je me souviens également du chant d’offertoire, le dimanche suivant : « Ne crains pas, je suis ton Dieu, c’est Moi qui t’ai choisie, appelée par ton nom. Tu as du prix à Mes yeux et Je t’aime, ne crains pas, car Je suis avec toi. » J’ai pleuré pendant ce chant, je crois que je commençais à toucher du doigt l’amour du Seigneur pour moi mais j’avais du mal à l’accepter.


A l’époque, les enfants étaient petits (la plus grande avait 6 ans, c’est la seule qui s’en rappelle vraiment). Il est resté pour eux comme une sorte d’ange gardien supplémentaire. Ils savaient qui il était puisque nous leur en parlions, mais cela restait abstrait pour eux.


Quelques mois plus tard, un nouveau bébé s’est annoncé. Il a fallu beaucoup de bienveillance de la part des médecins pour nous rassurer un petit peu, mais nous avions perdus l’insouciance des premiers. Nous savions maintenant que quand on vous dit qu’il y a très peu de chance que ça arrive, cela veut dire que ça n’arrive pas qu’aux autres.


Mais à la grâce de Dieu, ce petit trésor est né sans aucun souci particulier, la vie a continué et notre famille a suivi son chemin avec la prière de ces deux enfants.




Une amie très chère m’a dit un jour : « Le Seigneur, nous surprend toujours, mais Il ne nous laisse jamais seuls. »

"Le Seigneur nous surprend toujours…"

Il nous a surpris en effet en nous offrant un nouveau bébé. Quand il s’est annoncé, j’ai d’abord pensé : « Mon Dieu, quelle nouvelle, mais comment va-t-on faire ? » Puis devant la joie de mon mari et des enfants, nous nous sommes réjouis ensemble : « Merci, Seigneur, pour ce si beau cadeau, nous sommes si heureux de l’accueillir ! »


Comme pour notre bébé précédent, j’étais inquiète mais je faisais le maximum pour ne pas le montrer, pour ne pas rajouter de stress à mon mari, même si, au fond de moi, je savais qu’il faisait la même chose.

« Mais Il ne nous laisse jamais seuls ».

Et en effet, Il nous a porté. Le petit cœur du bébé s’est arrêté de battre bien trop tôt et lui non plus nous n’avons jamais pu sentir sa chaleur contre nous. Un après-midi, on nous a appris que sa vie s’était arrêtée, qu'il fallait provoquer sa naissance. Il est né à l’hôpital, à l’heure de la miséricorde.


Nous avons pu célébrer des obsèques pour lui et il a une place au cimetière. Il est dans notre livret de famille. Pourtant il avait le même âge que notre cinquième bébé qui n’a pas eu tous ces droits. La loi a changé en 2016 et aujourd’hui, un bébé peut être dans le livret de famille de ses parents à partir de 15 semaines d’aménorrhée.


Ces obsèques ont beaucoup aidé les enfants même si ça a été très compliqué pour notre dernier qui avait 3 ans. Il nous demandait si le bébé allait venir en avion puisqu’il était au ciel maintenant... Nous avons utilisé des livres pour essayer de répondre à ses questions. Aujourd’hui encore, je crois qu’il a du mal à trouver sa place de « dernier mais pas tout à fait ».


Les deux jours qui ont eu lieu entre l’annonce de sa mort et sa naissance m’ont permis de le remettre vraiment dans les mains du Seigneur. Le Seigneur m’a vraiment portée pendant cette épreuve et m’a donné de comprendre beaucoup de choses grâce à elle. J’ai eu la chance de discuter avec un prêtre qui m’a aidé à comprendre que la question n’était pas « Pourquoi ? » mais « Pour quoi ? ». Il m’a permis de saisir qu’il avait été aimé de Dieu dès le commencement, bien avant que je ne l’aime moi-même, bien avant que je n’aie même conscience de son existence.


Aujourd’hui, je sais qu’il est toujours et pour toujours aimé de Dieu, que sa vie a un sens et que sa vie est un cadeau, même si la tournure qu’elle a prise n’est pas celle que nous espérions, même si nous ne pourrons jamais le serrer dans nos bras. Il jette sûrement du Ciel une pluie de fleurs, à l’image de Sainte Thérèse !


Il me fallait comprendre cela pour réussir à l’offrir avec joie au Seigneur. J’ai ainsi touché du doigt que tout peut être offert. « Dieu aime celui qui donne avec joie » et ce qui compte c’est de tout donner ! Nous pouvons Lui offrir la moindre de nos petites contrariétés et Lui se charge de tout transformer en paix et en joie profonde. Si nous acceptons de les Lui donner, les épreuves font de nous de la pâte à modeler dans les mains du Seigneur.


La deuxième chose que ces enfants m’ont fait toucher du doigt est la puissance de la prière. Le Seigneur a besoin de la prière des uns et des autres pour nous porter. Et Il se sert de chacun de nos gestes, pensées, services, prières... pour nous porter.


J’essaie, même si c'est dur, de me le rappeler à chaque fois que je me sens impuissante devant une situation difficile. Ne pensons jamais que nous sommes impuissants, que nous ne pouvons rien faire, car nous pouvons toujours prier. La prière est puissante. Comme nous l’a dit notre mère à Pontmain : « Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher. »




Merci pour ce témoignage !


Quelques livres peuvent aider à vivre cette épreuve de la mort d'un enfant in utero :


Les grandes questions de Prune et Séraphin, Karine-Marie Amiot, éditions Mame (2014), illustrations de Florian Thouret (à partir de 3ans)


Parle-moi du Ciel, Gaëlle Tertrais, éditions de l'Emmanuel (2007), illustrations de Marguerite Cazalé (pour les enfants, et les plus grands)

Et en effet, Il nous a portés


. Le petit cœur du bébé s’est arrêté de battre bien trop tôt et lui non plus nous n’avons jamais pu sentir sa chaleur contre nous. Un après-midi, on nous a appris que sa vie s’était arrêtée, qu'il fallait provoquer sa naissance. Il est né à l’hôpital, à l’heure de la miséricorde.

Je n'ai pas dit au-revoir à mon bébé, Catherine Radet, éditions Quasar (2017) (pour adultes)