Prêtre, père aussi ?



Être père relève moins d’une fiche de poste que d’un départ dans une aventure où celui qui accepte sa mission ne maîtrise pas grand-chose… Nous l’avons vu dans l’article « Papa », un métier ?... .


N’est-ce pas ce qu’a vécu saint Joseph, lui qui accueillit la parole de l’ange au cœur d’un songe, et qui se jeta à cœur perdu dans l’abandon au Père ?


Être père, c’est peut-être vivre une relation particulière, être relié à ceux qui sont nos enfants.


N’est-ce pas cette relation que peuvent vivre ces hommes qui ont reçu de l’Église le sacrement de l’Ordre ?


C’est ainsi que Dieu est Père de ses enfants.


Toutes nos relations de paternité sur terre découleraient alors de cette relation fondamentale qui unit l’homme à son Créateur.
Et Joseph nous montre un chemin à vivre pour entrer dans cet abandon au Père du Ciel.

Alors certes, les abus commis par des membres du clergé ont pu brouiller la beauté originelle de la paternité spirituelle. Mais avant toute déformation, il y a une réalité belle, un don de Dieu : le prêtre, en donnant les sacrements de l’Église, communique la vie-même du Père.


Qu'est-ce que cette paternité spirituelle ?


Écoutons les mots de prêtres qui donnent à voir quelques éclats sur les exigences et les joies de cette paternité spirituelle qu’ils expérimentent dans ce qui fait leur vie :






Même si toute sa vie le prêtre reste "homme baptisé" avec les mêmes exigences que chaque chrétien, le jour de son Ordination il reçoit un Sacrement qui le dépasse et qui fait de lui un prêtre de Jésus, au service de Dieu et de ses frères.

"Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisedech!"

Cela entraîne des effets qu'il faut toujours avoir à l'esprit: avec l'Ordre, le prêtre est appelé à "présider" les communautés durant la proclamation de l’Évangile et de la Parole, de la Liturgie et dans ses tâches de pasteur!

Pasteur de la communauté, il en est "le Père"! Voilà pourquoi se tisse entre lui et son peuple, un lien authentique et fort, absolument pas factice ni passager. Le "bon pasteur connaît ses brebis", et il en prend soin! Il les aime, comme un père aime ses enfants! C’est pour cette raison que l'on n'a pas le droit de changer les prêtres de paroisse sans raison ou sans demande raisonnable et fondée!

Père et Pasteur de la communauté, serviteur de la communion, le prêtre ne peut dissocier le service de l'autel de sa vie!

Le prêtre est POUR l'Eucharistie, le prêtre est PAR l'Eucharistie!

P Claude CAILL






Interrogé sur la paternité du prêtre, j’aimerais en témoigner sous 3 aspects :

Une intendance, une croissance, un don.


D’abord une INTENDANCE, en réponse à ceux qui prétextent de la parole du Seigneur « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux » (évangile selon saint Matthieu chapitre 23 verset 9), pour refuser d’appeler un prêtre « père ».

Si l’on prend à la lettre cette recommandation du Christ, il faudrait d’ailleurs aussi éviter d’appeler son propre père humain « papa ».

Or on le voit, on continue d’appeler allègrement nos géniteurs « père, papa », et nos prêtres « père, mon père, monsieur l’abbé ».

Je ne crois pas que nous désobéissons au Seigneur en agissant ainsi, mais sa parole veut nous éviter de nous prendre pour la source de la vie transmise, tant humainement pour un papa que surnaturellement pour un prêtre. Le papa, le prêtre, doivent savoir et se rappeler régulièrement (tout le temps en fait!) qu’ils ne sont que les intendants d’une vie qui les dépasse, en amont comme en aval, et c’est déjà une très belle grâce !

« C’est pourquoi je tombe à genoux devant le Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tient son nom » (lettre aux Éphésiens chapitre 3 verset 14).

Quant à appeler un prêtre « père, mon père », ou « monsieur l’abbé », la distinction me paraît assez anecdotique. Traditionnellement on donnait du « monsieur l’abbé » aux prêtres diocésains, et du « père » aux prêtres religieux (liés à un ordre, comme les Dominicains ou les Jésuites par exemple). Ceci dit, à y regarder de près, il me semblerait plus justifié d’appeler indistinctement un prêtre « père » ou « abbé », qu’il soit diocésain ou religieux, dans la mesure où le sacerdoce est le même ; les partisans du latin pourront préférer « père » (qui vient de « pater »), et les partisans de l’hébreu pourront préférer « abbé » (qui vient de « abba ») ; et de privilégier l’appellation « frère » pour le religieux, qu’il soit prêtre ou pas, si l’on veut mettre en avant sa consécration précisément religieuse (liée aux trois vœux).

C’est aussi dans le sens d’une intendance (et non d’une source) de paternité qu’il faut comprendre je pense le fait d’embrasser les mains d’un prêtre. C’est une tradition de le faire le jour de son ordination, mais on peut le faire à d’autres moments. Il s’agit là aussi de ne pas se méprendre, c’est bien le Seigneur qu’on veut ainsi honorer, pas l’homme-prêtre en tant que tel. C’est ce qu’a répondu un jour le Père Guy Gilbert à l’un de ses amis évêques à qui il venait d’embrasser les mains (ou l’anneau épiscopal) ; celui-ci lui aurait dit « arrête, Guy, ça ne se fait plus ! » ; et le Père Gilbert de lui répondre « parce que tu crois que c’est pour toi que je fais ce geste ?! Mais c’est mon Seigneur que j’honore ainsi ! ». C’est encore cette reconnaissance d’une ‘intendance de paternité’ qui fit embrasser les mains d’un prêtre reconnu pécheur par saint François d’Assise. Il honorait ainsi son ordination, envers et contre tout, pas son péché bien évidemment.


Ensuite, une CROISSANCE.

Il me semble en effet que dans la notion de paternité, il y a le sens d’une durée, d’une croissance dans le temps. A ce titre, j’expérimente davantage ce sens de la paternité après près de 20 ans de sacerdoce, que dans mes débuts. C’est évidemment assez logique, et un père humain pourrait sans doute dire la même chose. A ce titre aussi, j’apprécie le fait d’expérimenter des missions qui durent davantage. Après 9 ans comme curé dans un même endroit, c’est par exemple émouvant et stimulant d’accompagner aujourd’hui au catéchisme des enfants que j’ai baptisés bébés. Ou de préparer au mariage des jeunes rencontrés dans les mouvement scouts ou les aumôneries. Là encore, il y a là une reconnaissance d’une vie en croissance qui ne nous appartient pas. Cette notion de croissance dans la durée évite de voir le prêtre comme l’homme d’un moment, ponctuel, même aussi sacré que le don d’un sacrement. Il est bon d’expérimenter les fruits d’un baptême, d’une confession, d’une confirmation, d’une communion, d’un mariage, d’une onction des malades, d’une parole transmise, d’un service rendu, dans la durée. On ne peut pas expérimenter cela sans accepter d’y passer du temps.


Enfin, un DON.

Un père humain donne la vie naturelle, en union avec une femme, la mère. Un prêtre donne la vie de Dieu, la grâce surnaturelle, en union avec l’Église, épouse du Christ et mère des hommes. Mais ce don n’est pas extérieur, n’est pas une pichenette juste donnée au départ de la vie. Il implique le don de la personne elle-même, du père, du prêtre en l’occurrence. Pas de plus grand amour que de donner sa vie. Ainsi d’un prêtre qui est appelé à se donner conjointement au Seigneur dans tous ses actes de prêtre. Dans sa prière, dans les sacrements célébrés, dans ses prédications, dans tous les services rendus. Vu de l’extérieur, par exemple, une messe ne paraît pas trop compliquée à célébrer, et sa durée ne semble pas non plus excessive. Mais vu de l’intérieur, si le prêtre veut vraiment être prêtre, père, il s’y donne tout entier ! Sa paternité alors exercée engage le don de toute sa vie. On pourrait dire qu’à chaque communion donnée il se donne aussi tout entier. Jusqu’à mourir pour ceux qu’on aime au nom du Seigneur, pour ceux qu’il nous confie? Un père humain peut déjà le faire pour son enfant, combien donc un prêtre aussi. Et puis parce que, comme le disait un enfant un jour, « quand on est mort, c’est pour la vie ! »


+Père Jean-Brice Callery





Ma vie de prêtre est un grand mystère et l'expression parfaite de la libéralité de Dieu qui choisit qui il veut à son service...même moi! Parce que je m'apprêtais à devenir militaire lorsque le Seigneur m'a appelé!

J'ai conscience de la "paternité" qui m'est confiée, au travers de tous les efforts que je déploie pour la construction de la paroisse qui m'est confiée. Mais le moment où je "pressens" le plus cette paternité, c'est au cours de l'homélie dominicale. L'exercice de l'homélie ne consiste pas pour moi en un commentaire de texte, ou à un exercice intellectuel !... C'est un temps qui m'est donné, par grâce, pour conduire le peuple que le Seigneur me confie. C'est un temps "d'entraînement", où je tire (ou pousse!) les paroissiens vers le Seigneur, dans une trajectoire qui s'écrit semaine après semaine... Ma plus grande joie consiste à voir un cœur qui s'ouvre à Jésus-Sauveur (conversion, retour, découverte...). Et ma plus grande douleur est de voir que certains paroissiens gardent encore "la nuque raide", (pour des motifs souvent idéologiques, et aussi quelquefois à cause de ma propre façon de faire !). Mais la joie est infiniment plus grande que les peines, que je confie au Seigneur par les mains de notre maman du Ciel!...


+Père Guillaume




Le pape François nous dit que « On ne naît pas père, on le devient. Et on ne le devient pas seulement parce qu’on met au monde un enfant, mais parce qu’on prend soin de lui de manière responsable. Toutes les fois que quelqu’un assume la responsabilité de la vie d’un autre, dans un certain sens, il exerce une paternité à son égard. » C’est pourquoi, Pour ma vie de prêtre, Saint Joseph m’offre l’exemple d’une paternité épanouissante et féconde. Saint Joseph est pour moi un modèle par sa vie intérieure, son esprit de foi, son abandon, sa pureté, son amour pour Marie et Jésus. C’est pourquoi Saint Joseph se présente à moi, dans sa posture de père, comme un exemple à suivre dans l’exercice de mon ministère. Parce qu’en lui se profile l’homme nouveau, qui regarde avec confiance et courage vers l’avenir, Saint Joseph m’encourage à l’imiter en proposant à ceux qui me sont confiés l’offrande humble et quotidienne des paroles et des gestes du Christ.


En m’appuyant sur les enseignements du pape François, je suis en mesure de vous partager six caractéristiques du Saint Joseph qui me rejoignent dans l’exercice de mon ministère.

Comme pour Saint Joseph, pour accomplir ma vocation, Dieu m’invite à être un père aimé de ses enfants. C’est pourquoi j’ai donné ma vie : pour qu’en Jésus, s’accomplisse en eux non pas ma volonté mais la volonté de Dieu.

Comme Saint Joseph, je suis encouragé à être un Père dans la tendresse, qui fait découvrir la tendresse de Dieu qui nous rejoint dans nos faiblesses.

Comme Saint Joseph, il me faut être un Père dans l’obéissance. Pour cela il me faut constamment discerner les signes des temps afin d’y découvrir la volonté de Dieu.

Comme Saint Joseph, je dois me disposer à être un père dans l’accueil. Accueillir mon histoire, accueillir l’histoire de ceux qui viennent à ma rencontre et à y discerner l’œuvre de Dieu.

Comme Saint Joseph, auprès des paroissiens et des jeunes que j’accompagne il me faut, devant les difficultés, être un père au courage créatif.

Mais surtout, comme Saint Joseph, il me faut être l’ombre du Père, c’est-à-dire un signe qui renvoie à une paternité plus haute. Ombre du Père, Saint Joseph m’invite non seulement à m’effacer devant le Père mais aussi à me confier totalement à son infinie miséricorde.


L’année Saint Joseph initiée par le pape François est de fait très stimulante pour ma vie de prêtre car elle m’encourage à imiter les attitudes du père putatif de Jésus . Comme Joseph écoutait Jésus, il me faut avec assiduité me mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Comme Joseph prenant soin de subvenir aux besoins de Jésus, il me faut prendre soin de la célébration des sacrements. Comme Saint Joseph, il me faut fixer mon regard sur Jésus et le voir grandir en sagesse et en beauté dans nos vies.


Un prêtre diocésain





Merci !

Merci à chacun de ces prêtres pour ce qu’ils nous partagent.

Merci pour la vie qu'ils nous transmettent.



Merci @MarieChaumeil pour les illustrations.




Pour aller plus loin :



De la paternité spirituelle et de ses contrefaçons, Pavel Syssoev (Cerf, septembre 2020)


La paternité spirituelle du prêtre. Un trésor dans des vases d’argile, Jacques Philippe (Éditions des Béatitudes, janvier 2021)


Comme l’argile dans les mains du potier, mgr Jacques Turck (Saint-Léger éditions, avril 2021)