Notre-Dame de Pontmain, hommage à nos prêtres


Joseph Barbedette, l’un des voyants de Pontmain, a écrit : "Michel Guérin mérita à Pontmain l’honneur d’être le théâtre des tendresses de Marie."


Le "théâtre des tendresses de Marie" !


Voici, en hommage à tous nos prêtres qui vivent avec fidélité leur ministère, un bref récit de l’œuvre de l’abbé Guérin, amoureux de Marie, objet des tendresses de notre Mère du Ciel ! Puissent-ils être aujourd’hui le théâtre des tendresses invisibles de Marie !




Pontmain – 1836 : un village du bout du monde


Le bourg de Pontmain compte en 1836 une centaine d’habitants, auxquels s'ajoutent quatre cents âmes disséminées dans les fermes avoisinantes. Ni commune ni paroisse, il dépend de Saint-Ellier-du-Maine, situé à une heure de marche. Abandonné des autorités civiles, ce misérable bourg ne comprend ni commerce, ni voie carrossable, ni école, rien pour soigner les malades…


Pontmain est bien pauvre, et les autorités ecclésiastiques ne s’en préoccupent guère. Depuis plusieurs années, il n’y a plus de prêtre résidant. Les habitants parcourent rarement la distance qui les sépare de Saint-Ellier pour célébrer les sacrements : la pratique religieuse s'éteint peu à peu.


Les paroisses de France sont sorties meurtries de la tourmente révolutionnaire. La petite chapelle rurale de Pontmain n’y fait pas exception : le bâtiment est délabré, la toiture laisse passer l’eau. Le mobilier est quasi inexistant, tout vermoulu ; il n’y a plus ni linges, ni ornements, ni vases sacrés...


C’est là qu’arrive un jour de novembre 1836 l’abbé Michel Guérin, 35 ans, qui trouve pour l’héberger une ruine inhabitable.



L’abbé Michel Guérin, un homme de prière et d’action


Pendant les trente-six années de sa présence à Pontmain, l’abbé Michel Guérin remplit fidèlement sa mission de curé. De ce village pauvre et oublié, il va faire une paroisse, une communauté rassemblée autour de Jésus-Christ. Il sait qu’il est inutile de désirer développer la dimension spirituelle de l’homme si on ne l’aide pas à sortir de sa misère, et il va s’attacher autant au bien des âmes qu’à leur bien-être matériel.


L’abbé Guérin ne recule devant rien. Il commence par relever la vieille église qui tombe en ruines, ne comptant pas ses dépenses ; tout ceci pour porter les âmes vers une vie de prière renouvelée. L’abbé insiste sur la prière en famille, le chemin de Croix, le chapelet, la dévotion à Marie…


Matériellement, comme il n’y a rien à attendre des pouvoirs publics, il part lui-même à la recherche de fonds privés. Grâce à la générosité de donateurs, il construit et ouvre une école, appelle deux religieuses enseignantes, une sœur infirmière. Il multiplie pétitions et suppliques auprès de la sous-préfecture pour obtenir une amélioration des voiries et désenclaver le village. Il fait ouvrir un bureau de tabac où pourront dorénavant se faire tous les actes administratifs du village, simplifiant ainsi la vie des habitants.



Un serviteur de la Sainte Vierge


Dans une des chapelles de la petite église, l’abbé Michel Guérin fait placer une statue de l’Immaculée Conception. C’est ici que les habitants de Pontmain viennent chercher refuge et consolation quand ils n’en peuvent plus, quand la vie devient trop difficile pour eux. Ils viennent aussi y rendre grâce et remercier Dieu par Marie, la Mère de Jésus.


Rome, 8 décembre 1854 : le Pape Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception.

A Pontmain, l’abbé Guérin rayonne de joie. Ce jour-là, il fait vœu d’allumer désormais quatre bougies sur l’autel de la Sainte Vierge, particulièrement pendant le chant du Magnificat, aux vêpres du dimanche. Ces quatre modestes lumières seront, pour lui, l’hommage de sa petite et pauvre paroisse à celle qui a dit "Oui" à Dieu.


Déjà, peu de temps après son arrivée, il avait tenu à ce que la Vierge Marie soit chez elle dans chaque maison, et il avait acheté une statuette pour chaque foyer. Il avait fait placer une statue de la Vierge à l’Enfant sur le Maître-autel de l’église, et une statue de Marie dans le clocher.

"Mes enfants, la Bonne Vierge est dans vos maisons. Il convient qu’elle y soit la maîtresse et que vous la serviez. Mais elle est aussi au-dessus de l’église parce qu’elle est la maîtresse de la paroisse. Nous devons tous lui obéir et la prier avec confiance et persévérance."


C’est le chemin spirituel que lui-même suit avec fidélité, confiant à Marie toutes ses actions, la remerciant pour tous les fruits reçus, lui confiant tous ses soucis.


"Rien sans Marie, tout par Marie"



Janvier 1871 : quand le désespoir l’emporte sur l’espérance


Depuis septembre 1870, la France traverse une période sombre : la guerre contre la Prusse a tourné à la débâcle et tout semble s’effondrer dans la confusion. Les troupes françaises reculent sur tous les fronts. Paris assiégée est affamée. On ne sait plus qui détient le pouvoir, ni même s’il y a encore un pouvoir politique du côté français.


L’hiver est extrêmement rigoureux. Il gèle, il neige, et les semences d’automne sont probablement perdues, augmentant le risque de famine.


Janvier 1871 : les troupes ennemies continuent leur percée vers l’ouest. Le 12, elles s’emparent de la ville du Mans. La marée prussienne déferle sur la Bretagne.


A Pontmain, on sait tout cela. Les Prussiens sont aux portes de Laval. La peur est d’autant plus grande que trente-huit jeunes gens du village et de la campagne environnante ont été mobilisés l'été 1870. On n’a aucune nouvelle d’eux : sont-ils morts, blessés, prisonniers ? Toutes les familles du bourg sont concernées.


Et pourtant, on a prié pour le succès des armées françaises ! On a chanté le cantique composé pour l'heure :

"Mère de l’Espérance

dont le nom est si doux,

protégez notre France,

priez, priez pour nous."

Mais cela n’a servi à rien et Marie, à qui la France est pourtant consacrée, semble sourde aux supplications de ses enfants.


La nature se déchaîne contre les habitants de la région : des épidémies de typhoïde et de variole se sont déclarées. Si on vaccine à Laval, il n’en est pas de même dans les villages.


Devant tout cela, la peur, peu à peu, s’est emparée des habitants. C’est une population écrasée par le désespoir et qui n’arrive plus à relever la tête qui se rassemble, comme tous les dimanches, en ce 15 janvier, pour le chant des vêpres.


Malgré la peur et l’inquiétude, l’Office se déroule comme habituellement. Mais le cœur n’y est pas et la tristesse est palpable. Quand vient le moment du cantique Mère de l’Espérance, beaucoup se taisent, et ceux qui chantent le font à mi-voix, la gorge serrée. Peu à peu, les voix s’atténuent. Michel Guérin le fait remarquer et, aussitôt, quelques-uns osent dire tout haut à leur curé ce que la plupart pensent tout bas : "On a beau prier, Dieu ne nous écoute pas !"


Qu’a pu écrire l’abbé Guérin dans son carnet le soir ? Depuis trente-cinq ans qu’il se donne au bien des hommes et des âmes ! Depuis tout ce temps qu’il a patiemment appris à ses paroissiens le sens de la prière et de l’absolue confiance en Dieu, quelles que soient les circonstances… ! Ce dimanche soir, accablés par la tristesse, la peur et la déception, désespérés, effrayés par ce qui semble les attendre, ils n’y croient plus et ils ont décidé d’abandonner la prière puisqu’elle ne sert à rien.


"Il ne s’agit pas d’une histoire ancienne, écrit Bernard Dullier. Il s’agit bien de notre histoire, quand nous n’en pouvons plus, quand nous avons l’impression que Dieu est sourd, quand nous avons envie de tout laisser tomber."


17 janvier 1871 : une visiteuse inattendue


Un bruit inhabituel résonne devant la grange des Barbedette. Les voisins les plus proches sont sortis pour voir ce qui se passe. "Rien, dit le père, ce sont les enfants qui se trompent. Ils disent qu’ils voient quelque chose, mais nous on ne voit rien." L’agitation, peu à peu, gagne tout le bourg en cette soirée froide et neigeuse. Prévenues que "les petits gars perdent la tête", sœur Vitaline et sœur Marie-Edouard arrivent à la grange. On prévient monsieur le curé qu’il se passe quelque chose.


Françoise et Jeanne-Marie, deux pensionnaires des sœurs, aperçoivent bien la belle Dame dans le ciel, et, avec Eugène et Joseph Barbedette, elles sont émerveillées et contemplent l’Apparition. La Dame a une robe bleue constellée d’étoiles d’or. Elle porte des chaussons bleus à boucle d’or. Sur la tête elle a un voile noir et une couronne dorée avec un filet rouge au milieu. Elle a les bras le long du corps, légèrement écartés comme si elle voulait accueillir. "Sa bouche, petite, dessinait le sourire le plus ineffable", raconte Joseph Barbedette.



Quand monsieur le curé arrive enfin, on entend les enfants : "Voilà quelque chose qui se fait". Une petite croix rouge se forme sur le cœur de la belle Dame. Puis un ovale bleu se dessine autour d’elle, avec quatre bobèches portant des bougies éteintes.



Les quatre bougies que l’abbé Guérin allume fidèlement pendant le chant du Magnificat à l’église, en hommage à sa Mère du Ciel ! N’est-ce pas là un hommage de la Dame rendu à la confiance et à l’espérance fidèle du prêtre ?


Trois heures de prière avec Marie


La Dame conserve son sourire céleste et regarde toujours les enfants avec tendresse.


Le brouhaha s’installe dans ce groupe de villageois où de fortes têtes discutaillent pour ou contre les visions des enfants. Depuis plus d’une heure, la belle Dame attend patiemment, les mains tournées vers les enfants.


La prière commence. Pendant le Magnificat, une banderole blanche se déploie et des lettres d’or apparaissent :


Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps.

Mon Fils se laisse toucher


Le silence est total. Les gorges serrées par l’émotion ne peuvent plus chanter. Qui d’autre que Marie pourrait ainsi parler de son Fils ? Il n’y a aucun doute possible : c’est la Sainte Vierge !


Tout ému, monsieur le curé demande que l’on chante un nouveau cantique. On entonne Mère de l’Espérance. Cette fois, le chant jaillit à pleine voix, paix et joie retrouvées. Dieu n’abandonne pas son peuple, c’est certain.


Après un moment de silence, une grande croix rouge apparaît, portant un Christ rouge sombre. Le visage empreint de tristesse, la Sainte Vierge prend la croix dans ses mains et la tient devant elle tout en l’inclinant vers les enfants et toute la paroisse rassemblée.



La Croix rappelle jusqu’où va l’amour de Dieu pour chacun. Alors que les paroissiens chantent Mon doux Jésus, une étoile qui se trouvait sous les pieds de la Dame rentre dans l’ovale bleu qui l’entoure et vient allumer, l’une après l’autre, chacune des quatre bougies, comme monsieur le curé allume à l’église les quatre bougies autour de la statue de Marie.



Pour poursuivre… :


Il est difficile de décrire ces heures d’union avec le Ciel en si peu de lignes…

Voici quelques pistes pour poursuivre :


Dieu vous exaucera en peu de temps – L’apparition de Pontmain, du père Bernard Dullier, Pierre Téqui (60 pages).


Collection « Belles histoires et belles vies », chez Mame : récit adapté aux enfants.

Mais priez mes enfants – Récit de l’apparition de Notre-Dame à Pontmain le 17 janvier 1871 : CD présenté ici .


Vous trouverez ici le récit des apparitions de Notre-Dame à Pontmain, et ici la prière d’intercession au Serviteur de Dieu Michel Guérin, pour qui l’Église a ouvert le procès en vue de la béatification, en 2013.



Et après ?


Le 18 janvier, les troupes prussiennes sont arrivées dans les faubourgs de Laval. Les habitants s’enferment dans leurs maisons, terrorisés.


A Pontmain, on vit les choses dans la sérénité et dans le calme.


Le 22 janvier, à la surprise générale, les troupes prussiennes se retirent. Le 28, l’armistice est signé.

Les trente-huit jeunes gens mobilisés de Pontmain rentreront tous, sains et saufs.


Merci à Paloma pour ses illustrations !

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