"Moi aussi"

Mercredi, jour des enfants. Une après-midi qui traîne en longueur. Une décision: nous allons au parc. Vélo, poussette, goûter, couches, vêtements de soleil, de pluie, et un bon bouquin que je n'ouvrirai pas: j'ai le sentiment de partir avec ma maison sur le dos, et ce malgré mon désir de minimalisme. Tant pis. Le jeu en vaut la chandelle.


Nous arrivons au parc. L'aîné descend de son destrier et s'en va escalader tout ce qu'il trouve, pendant que je pose la deuxième au sol: elle va se régaler de graviers et d'herbe, ramper autant que faire se peut, et pousser des petits cris adorables à chaque nouvelle découverte. Il y a du soleil, et chacun est à sa place: qu'ils sont bons ces moments ! En tant que mère, je les savoure et je les apprécie (pas depuis longtemps, certes, mais c'est un très bon exercice).


Une grand-mère arrive avec un garçon et une fille, ses petits-enfants. Un peu plus âgés que les miens, je les vois débouler à fond la caisse sur leurs trottinettes, déraper bruyamment, et se mettre à courir partout. Mamie arrive et s'assoit sur le banc. Elle admoneste alors ses deux chéris de mille et une recommandations, interdictions, consignes, et les laisse vaquer à leurs jeux. Quelques minutes plus tard, drame: une dispute éclate à grands cris. Mamie se déplace et va régler le conflit vite fait bien fait, et revient s'assoir, un des deux marmots dans la main. L'autre, sensé rester éloigné le temps que les affaires se calment, se rapproche discrètement, et sans scrupules, détruit le château de sable commencé par son frère. Second drame. Cris, pleurs. La victime se lève, pique la trottinette de sa soeur, qui se met à hurler à son tour. La grand-mère s'échauffe, menace. Rien à faire.


Et là, la pauvre grand-mère désemparée prononce cette phrase: "Vous êtes les seuls à vous comporter comme ça, tout le monde nous regarde." Oui, c'est vrai, tout le monde les regarde. Mais pour ma part, j'essaye de lui montrer (par le regard, justement) que ce n'est pas grave, qu'il n'y a pas à avoir honte. Et en l'entendant dire ces mots, je pense que je pourrais très bien être à sa place.


Il en est de même pour les scènes de catastrophe au marché, chez le médecin, à la messe ou même seul chez soi. Notre enfant traverse un moment de crise, nous perdons pied, et nous nous sentons terriblement seul. Pourtant, c'est faux. Je dirais même que nous sommes presque tous dans le même bateau. Tous les enfants pleurent et se disputent; tous les parents peuvent craquer et perdre patience.


Alors à toi, petite maman qui me lis, dépitée parce que tu rêves d'un café chaud, parce que tu as beaucoup trop crié sur tes enfants à tes yeux, parce que tu n'as même pas pris le temps de te doucher, parce qu'il pleut et que tu n'as pas très envie d'être là, j'ai envie de te dire: moi aussi.


Moi aussi, je les trouve longues, ces journées avec mes tout-petits.

Moi aussi, il m'arrive de regarder ma montre, de voir qu'il est 8h du matin, et de constater que je n'ai fait que gronder mon fils.

Moi aussi, il m'arrive de rêver de bons petits plats, mais de me rabattre sur un bon vieux steak/purée parce que je priorise les taches les plus importantes de ma journée.

Moi aussi, j'ai parfois envie de vendre mes enfants (si si, c'est vrai).


Pourtant, comme dans le couple, chaque jour apporte une nouvelle espérance. Chaque matin peut être synonyme de renouveau. Même au coeur du chaos, le Christ est là. Toujours. Chère petite maman, fais tienne cette citation de Christiane Singer*, en remplaçant si tu veux le mot "mariage" par le mot "maternité", car elle vaut pour les deux domaines.


"Les épreuves ne sont pas en mariage le signe qu'il faut clore l'aventure mais souvent, bien au contraire, qu'il devient passionnant de la poursuivre."



* Christiane Singer, Eloge du mariage, de l'engagement et autres folies (2000)




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