A bout de forces
- Isabelle C.

- il y a 20 heures
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Le laborieux carême d’une mère de famille
Troisième dimanche de carême ? déjà ? Où sont passé les deux semaines et demie qui me séparent du mercredi des cendres ? Il y a parfois de quoi me décourager, vraiment, de la distance abyssale qui séparent mes bonnes intentions initiales de la réalité du terrain.
Ma vie de prière ? Je voulais reprendre le chapelet quotidien abandonné mi-janvier à la faveur d’un changement d’emploi du temps de mon mari, fidèle rempart qui rentrait déjeuner et me proposait de le prier avec lui avant de repartir, et qui part désormais avec son repas. Me voilà, comme à la veille du carême, à le commencer à la faveur d’une tétée nocturne - les matines ! - sans jamais l’achever au cours de la journée. A peine une dizaine tout au plus…
Le partage ? Je voulais proposer à une association de visiter avec les enfants une personne âgée ou hospitalisée. Je n’ai toujours pas pris mon téléphone. Non, seulement une toute petite invitation à goûter déposée dans la boîte aux lettres de nos voisins âgés, après trois ans de procrastination.
La pénitence ? « Revenez à moi de tout votre cœur ! » Oh oui, Seigneur, je veux vivre cette journée avec toi ! A peine sautée du lit, le temps d’arriver à la chambre des enfants, et me voilà déjà en train de m’énervée contre celui qui refuse de venir me voir pour que je l’aide à s’habiller - « et bien tu vas y aller tout nu, à l’école ! » - et cinq minutes plus tard, me voilà en train de crier sur ma fille de deux ans, pourtant tellement fière d’avoir réussi à ouvrir seule le couvercle de la boîte de café, dont la poudre est désormais répandue tant sur la table, que sur le sol et son pantalon.

Je le sais, « notre secours est dans le nom du Seigneur » et il est plus qu’urgent que j’aille déposer ce qui pèse si lourd et qui me sépare de lui. Quel parcours du combattant pourtant ! Parfois, on trouve quelques minutes précieuses pour se rendre au confessionnal – parce qu’on sait très bien que sans la grâce que le Seigneur nous donne, on ne pourra pas y arriver – et c’est une chance quand les horaires correspondent à la sieste des petits, que la dernière a tété juste avant et qu’on peut y aller seule… jusqu’à ce qu’on se casse le nez car devant le confessionnal, une file de pénitents attend. On devrait se réjouir pourtant, que le prêtre ne soit pas seul, mais on repart toute triste parce que bébé à faim, et qu’il faut rentrer sans s’être confesser.
Les journées filent, filent, filent… entre deux tétées, deux changements de couche, quelques courses nécessaires, un peu de ménage, une préparation des repas sommaires, des machines de linge à trier, lancer, étendre, plier, des enfants à consoler, des pots à vider, des chambres à ranger, des chagrins à consoler, des trajets pour récupérer les enfants, des cauchemars à apaiser, des nez à moucher, des démarches administratives à faire, des rendez-vous médicaux qui reviennent tous les quatre matins, les journées filent, filent, filent et le carême aussi.
Alors oui, pour une maman qui n’a pas toujours le temps de prendre une douche, se réveiller le troisième dimanche de carême en ayant l’impression que les cendres lui ont marqué le front la veille, il y a parfois de quoi se décourager.
Pourtant, c’est là que le Seigneur nous attend, mamans épuisées, mamans surfant sur les vagues des joies immenses de la maternité et des creux, des gouffres, qu’offre la vocation de mère : dans ces tunnels du soir, mais parfois aussi dans ceux de la nuit, du matin ou de l’après-midi, dans ces moments où nous avons l’impression de partir en vrille, dans ces moments où nous voyons notre profonde misère – parce que des paroles de mort ou, oserais-je en parler, un geste brusque, nous ont échappés – le Seigneur nous attend.
Alors, au beau milieu d’un salon en désordre, au milieu des pleurs du nourrisson, des disputes des petits et des grands, je tombe à genoux devant la croix qui trône au-dessus de la cheminée et devant laquelle je passe mille fois avec indifférence, et je pleure et répète au rythme de sanglots que je ne retiens plus « Seigneur, SAUVE-MOI ! »
Au milieu de ces mêmes pleurs de bébé qui peuvent rendre folle, de ces mêmes disputes, de ces cris et appels incessants « Mamaaaannn ! », la mère que je suis – littéralement à terre – reçoit la grâce immense d’un « Je t’aime » que le Seigneur lui adresse. Il est sur la Croix, Il souffre plus que tout être au monde, Il porte le poids de tous mes péchés et de ceux du monde entier et Jésus ne me condamne pas. IL M’AIME.
Le bruit extérieur est toujours là, mais le Seigneur a pu faire silence dans mon cœur, et je me relève avec une force qui ne vient pas de moi. Le tunnel du soir passera, le calme reviendra, la tempête aussi. Alors, il faudra faire mémoire, se remettre à genoux, et se laisser aimer.
Bon et Saint Carême à toutes les mamans !





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