Libérée, délivrée... part. 2

(Lire la partie 1: ici)


Sur la page d’accueil du blog figure une phrase qui fait office de devise. Peut-être vous aura-t-elle interpelés? Il s’agit d’une parole que Léon Bloy place dans la bouche de son personnage Marchenoir, dans La femme pauvre (Ed. Mercure de France, 1972, p. 89) :

« Plus une femme est sainte, et plus elle est femme. »


Cette phrase, je l’ai lue il y a bien des années et je ne l'ai jamais oubliée. Elle a résonné en moi de façon particulière. Comme une confidence qui m’aurait été livrée et qui serait venue se nicher dans mon cœur mais dont je ne comprenais pas encore pleinement le sens. Comme une invitation à la méditation et à la contemplation...


Je choisis aujourd'hui de reformuler cette citation :

« Plus une femme est femme, et plus elle est sainte. »

On atteindrait a priori le même but. Peut-être cependant que le résultat différerait car on ne chercherait alors plus à se conformer à un idéal de sainteté en dehors de nous, lointain, inaccessible...

Non, soudainement, lorsqu’on y pense en ces termes, la voie semble toute tracée, presqu’aisée. Ou du moins à portée de main : plus je suis femme et plus je suis sainte. Plus j’accueille ma nature, plus j’y consens, plus je la déploie et plus je plais au Seigneur. Et donc finalement cette sainteté à laquelle j’aspire n’est-elle pas simplement le prolongement de ma nature, couronnée par la grâce divine ?


Mais pour comprendre ma nature, ma dignité et ma vocation telle que Dieu la désire, et c’était le constat au terme de la première partie, je dois redécouvrir le sens de mon corps. Pour ne pas contrer cette nature, pour la laisser se déployer, je dois la connaître et l’aimer. Or, ce qui est attaqué en premier chez la femme à l’heure actuelle, c’est sa propension à être source de vie sur un mode qui lui propre. C’est le cœur de sa féminité. C'est sa maternité.


Notez que l’on ne parle pas de maternité s’agissant des bêtes...

C’est donc qu’il s’agit d’un fait exclusivement humain. C’est donc que quelque chose de propre à la femme est vécu lorsqu’elle devient mère.

Pourquoi la maternité relève-t-elle du phénomène humain? Sur quel mode opère-t-elle ? Dans quel sens ? Quel est son effet en moi ?


Les Écritures nous enseignent le regard de Dieu et son désir pour l’homme et la femme, ce qui nous permet de mieux pénétrer les vocations proprement féminine et masculine.

Abordons donc la question de la maternité physique du point de vue de l’anthropologie chrétienne, interrogeons-nous sur son mode, son sens et son effet.



1. Son mode : l’union stable avec l’homme


La Bible nous apprend que la finalité de l’homme est la communion d’amour. Seules créatures qu’il ait voulues pour elles-mêmes, Dieu crée l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance.

« Cette vérité sur la personne ouvre aussi la voie à une pleine compréhension de la maternité de la femme. La maternité (…) réalise ainsi, de la part de la femme, un « don de soi » spécial, expression de l’amour nuptial dans lequel les époux s’unissent si étroitement qu’ils constituent « une seule chair ». »

Jean-Paul II, Encycl. Mulieris Dignitatem, 15 août 1988, n°1.


C’est le don réciproque des personnes, dans une union stable, qui permet l’ouverture à la vie, le plein accueil d’un nouvel être. C’est donc sur ce mode que la maternité devient un fait et phénomène pleinement humain.

Je suis un être libre. Je suis douée de raison et de volonté. Lorsque je choisis de m’unir à mon époux, ce n’est pas une simple conséquence du biologique. Je suis esprit et chair. Lorsque je me donne, je n’engage pas seulement mon corps mais toute ma personne, tout mon être. Pour que mes actes soit pleinement humains, ma vie spirituelle doit assumer ma vie animale et les instincts qui en découlent.

Ainsi, lorsque l’on aborde la question de l’homme uni à la femme, il est nécessaire d’intégrer la relation personnelle qui les lie dans la différence. S’il y a procréation en dehors de cet amour personnel, on ne peut plus qualifier l'acte de pleinement humain. C’est dans le don réciproque que toutes les dimensions de la personne humaine peuvent être assumées : aussi bien charnelle que spirituelle. C’est donc l’amour personnel, réciproque et désintéressé d’un homme et d’une femme, unis par le mariage, qui donne à la procréation sa structure proprement humaine.


« Dans l’ordre commun, la maternité est le fruit de la « connaissance » mutuelle de l’homme et de la femme dans l’union matrimoniale. »

Ibid., n°17


Pour que la femme soit mère, il faut d’abord qu’elle se tourne vers un Autre, qu’elle le reçoive et qu’elle se donne.

2. Son sens : communiquer la vie à autrui


La fécondité est immédiatement liée à la vie, puisque le premier commandement de Dieu après qu’Il a créé l’homme et la femme est le suivant : « Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1, 28) Le Créateur lui-même institue de la sorte l’union matrimoniale qui doit ouvrir sur l’engendrement.


« Ainsi, l’homme et la femme unis par les liens du mariage

sont associés à une œuvre divine : par l’acte de la génération, le don

de Dieu est accueilli et une nouvelle vie s’ouvre à l’avenir.»

Jean Paul II, Encycl. Evangelium Vitae, 1995, n°43 



« J’ai acquis un homme de par le Seigneur » (Gn 4, 1), peut alors s’écrier Ève, la mère de tous les vivants à la naissance de Caïn, son fils aîné.

Autre constat intéressant quant à ce qui nous distingue des bêtes : s’agissant de l’enfantement humain, on ne parle pas de reproduction, mais de procréation. La vie humaine est sacrée en ce sens que par la personne nous pouvons remonter immédiatement à Dieu, grâce à l’intelligence humaine. Il y a donc quelque chose dans l’engendrement qui dépasse les deux acteurs humains, puisque Dieu lui-même intervient, insuffle la vie et l’esprit. Le Créateur accorde alors à l’humain une grande et belle responsabilité : celle de participer au don de la vie, d’être cocréateur.


Cette fécondité selon la chair et le sang permet par ailleurs de mieux appréhender le mystère de la fécondité trinitaire. C’est en ce que l’homme et la femme se donnent totalement l’un à l’autre qu’ils deviennent sources de vie et qu’ils sont unité dans la communion, à l’image de la Trinité.




3. Son effet dans la femme : épouse et mère


Quel mystère que le corps de la femme! Il est fait pour recevoir l’homme lors de l’union conjugale, mais également pour recevoir la vie nouvelle. Ainsi la femme accueille-t-elle à la fois l’homme et l’enfant. Elle donne son corps conjugalement à l’époux et substantiellement à l’enfant, qu’elle porte et nourrit. Cela signifie que « l’homme ne peut accueillir le corps de sa femme que comme le corps d’une mère ; il ne peut accueillir la mère sans accueillir l’enfant […]. » (Nicole ECHIVARD, Femme qui es-tu?, Ed. Criterion, Lyon, 1985, p. 64). 

Le corps de la femme est ordonné à la maternité qui produit deux effets chez elle : elle devient par un double don épouse et mère.


  • Épouse

La femme est l’aide que Dieu a voulue pour l’homme. Après un temps de solitude originelle, le cœur d’Adam s’est creusé du désir de communion, car il est fait à l’image du Dieu trine. Il prend conscience de sa différence spirituelle avec le reste de la création. A l’image de son Créateur, il est un être de relation et il veut partager sa vie intime.

La femme est alors tirée de la côte d’Adam. Il y a une connaturalité entre elle et l’homme, et une complémentarité du cœur. Si bien que la femme n’est pas une étrangère pour l’homme qui s’écrie : « Celle-ci est l’os de mes os et la chair de ma chair. » (Gn 2,23)

Toutefois, elle est différente dans son être et dans sa personnalité, et elle demeure cadeau et mystère.


Elle est première dans l’intention du Créateur, et dernière dans l’ordre d’exécution. Cela signifie que c’est par la création de la femme que se réalise l’intention la plus profonde du Créateur. Dieu veut conduire l’homme à la communion à travers la conjugalité. En lui présentant la femme, Il lui signifie sa vocation à l’amour. La femme ouvre le cœur de l’homme et devient alors médiatrice dans l’ordre de l’amour. Elle est épouse. Or, l’époux et l’épouse sont des êtres de réceptivité et de fidélité, ils s’offrent dans un don désintéressé d’eux-mêmes. Ils existent alors réciproquement l’un pour l’autre. Elle suscite l’amour, il le donne, elle le reçoit et le donne à nouveau et toujours.


  • Mère

Le corps de la femme en tant qu’il est ordonné à la vie manifeste une dimension qui échappe à l’homme.


« La maternité comporte une communion particulière avec le mystère de la vie qui mûrit dans le sein de la femme : la mère admire ce mystère ; par son intuition unique,

elle «comprend » ce qui se produit en elle. »

Jean Paul II, Encycl. Mulieris Dignitatem, op. cit., n°18.


Pour l’homme, la procréation est une opération transitive, tandis que pour la femme il s’agit d’une opération immanente. C’est en son corps qu’elle reçoit la vie, qu’elle l’abrite et la fait grandir. Il s’agit donc d’une expérience singulière et intransmissible à l’homme. Après l’union des corps, la mère vit la grossesse, l’accouchement et l’allaitement seule, c’est-à-dire indépendamment d’une activité masculine. L’homme reste extérieur à ces processus. Par son corps, la femme devient non seulement médiatrice dans l’amour mais aussi médiatrice entre l’époux et l’enfant. Étant mère, elle conduit le père à l’enfant.


La mère, c’est donc celle qui s’oublie elle-même, qui se donne tout entière pour la vie, de manière gratuite, celle qui consent et coopère pour qu’advienne l’enfant, pour que ce dernier vive et croisse, pour qu’il mûrisse et s’épanouisse. Elle en fait l’expérience immédiate.

« L’accouchement, dans sa singularité exceptionnelle, est l’acte le plus parfait qui unisse le biologique et le spirituel, la nature et l’être humain : la femme, tout entière unifiée – corps, intelligence et cœur – coopère consciemment, dans l’humilité, dans la docilité, dans l’impatience et le désir, dans la ferveur, dans l’émerveillement, dans la gratitude et la fierté, au mystère de l’Amour Créateur. »

N. ECHIVARD, Femme qui es-tu?, op. cit., p. 65.


Source de vie, elle s’ouvre radicalement et profondément à l’action créatrice, elle participe à son mouvement. Elle est celle qui, avant d’être mère, est épouse; celle qui se trouve en se donnant.


« Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. » (Gn 3, 16). Les douleurs de l’enfantement sont une conséquence directe du péché originel. Cette sentence concerne toutes les mères, indépendamment de leur statut, de leur richesse ou de leur misère. Dorénavant, je conçois l’enfant dans le plaisir, mais l’offre au monde dans la souffrance. Et personne ne peut passer par cette étape, par cette épreuve sanglante, à ma place. Je dois la vivre dans ma personne, seule. Mais la joie qui suit l’accouchement est une joie que je vis dans mon cœur intimement et profondément. Tout mon être est bouleversé. C’est la joie de celle qui s’est oubliée en consentant à la vie, qui s’est oubliée jusque dans son corps, pour laisser surgir le mystère incomparable de la venue à l’être d’une personne tout entière. Quel vertige!

4. La maternité, voie de responsabilisation


« Dans la maternité de la femme, en union avec la paternité de l’homme, se reflète le mystère éternel de la génération qui est en Dieu lui-même, en Dieu un et trine. (…) Pourtant, même si tous deux sont ensemble les parents de leur enfant, la maternité de la femme constitue un « rôle » particulier dans leur rôle commun de parents, et même le rôle le plus exigeant.»

Jean Paul II, Encycl. Mulieris Dignitatem, op. cit., p. 65.


La maternité se fonde donc sur deux dons de la femme: celui de l’épouse à son époux, conjugalement, puis de la mère à son enfant, substantiellement. La femme est pleinement femme lorsqu’elle accomplit sa vocation d’épouse et mère, lorsqu’elle est féconde dans l’amour et le don.


Mais il y a eu la Chute originelle, le péché, et la relation homme-femme s’est biaisée. Et le Malin frappe fort là où l’humanité est la plus riche et pourtant la plus vulnérable. Ainsi une société qui ne reconnaît pas les différences fondamentales entre l’homme et la femme, qui contraint cette dernière à désavouer sa spécificité d’épouse et de mère, est une société qui aliène ses contemporains au point que chacun perde le sens de sa responsabilité dans le monde.


Qu’est-ce qui fondera en effet la responsabilité à l’égard d’autrui si la mère rejette son corps et son enfant ? Elle reçoit une charge du plus haut degré, car c’est la vie d’un autre être humain qui lui est confiée. Si j’avorte mon bébé, ou que j’oublie que tout mon être est une terre d’accueil, alors je refuse tout bonnement d’être femme.

Mais lorsque la mère oublie ce que c’est que d’être mère, comment le père peut-il se recevoir comme père obligé auprès de sa progéniture ? L’épouse est celle qui fait le lien entre le père et l’enfant : « à bien des égards, [l’homme doit] apprendre de la mère sa propre «paternité». » (Ibid.).


C’est dans l’expérience de la proximité au travers de la paternité que l’homme s’ouvre à sa responsabilité pour l’avenir à l’égard d’abord de son enfant puis du reste du monde. Par conséquent, quand la femme n’assume plus son rôle de mère, elle entrave également la vocation de l’homme. D’où l’importance pour notre civilisation de redécouvrir la beauté et l’urgence de la maternité, de la féminité.


Peut-être l’aurez-vous noté : le titre de la première partie se terminait par un «?». Il s’agissait de remettre en question cette liberté promise et promue par notre temps. Suis-je vraiment libre lorsque je nie ma vocation?

J’aurais pu choisir de placer à la fin du titre de la seconde partie un «!». Ô vraie nature, enfin je te vois et te connais!

Mais c’était sans compter le péché originel. Dans un monde sans tache, il n’y a pas de confusion d’identité et de nature. Dans l’intention première de Dieu, il n’y a pas de mésentente entre l’homme et la femme, il n’y a pas de souffrance, pas de maladie, pas de stérilité.

Ce sont donc des points de suspension qui viennent parachever ce titre. Oui, redécouvrir notre nature est un chemin responsabilisant et vrai. Mais cette même nature est blessée...


Rassurez-vous! Il y aura un «!». Il y aura un « Libérée, délivrée! part.3 ». Il y aura cette exclamation joyeuse et émerveillée. Car non seulement le Christ est venu guérir et surélever notre nature, mais il a choisi pour ce faire de venir par une femme.

La plus femme. La plus sainte. La Nouvelle Eve. Celle qui institue une toute nouvelle maternité : la spirituelle. Celle par qui nous sommes rétablis dans notre dignité. Elle ouvre une voie nouvelle.


Ne serait-ce pas cela que me chuchotait mon âme il y a bien des années? Ne serait-ce pas là la confidence qui m’était livrée par M. Bloy au travers des paroles de son héros? Ne serait-ce pas Marie elle-même qui se serait subrepticement glissée dans mon cœur et qui aurait attendu patiemment que je la découvre?




Qu’elle est belle! Qu’elle est femme! Qu’elle est sainte!



A Jésus par Marie,


Agnès A



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