Libérée, délivrée? (part. 1)

Cet article est classé sous "Réflexions" mais vous le trouverez également dans la rubrique «Théo & spi» car il s’inscrit dans une démarche plus large qui vise à découvrir l’intention de Dieu pour la femme. La seconde partie de notre analyse (Libérée, délivrée part. 2) portera donc sur l’anthropologie biblique et chrétienne.


Ici toutefois, nous commencerons par nous interroger sur la situation actuelle. Il nous paraît en effet fondamental de faire ce tour d’horizon, avant d’aller plus loin dans l’aventure.

Une fois les contours de la problématique dessinés, nous pourrons découvrir ou redécouvrir des chemins d’épanouissement de la vocation féminine.

Et puisque c’est tout l’enjeu de ce blog, chaque élément présenté ici pourra être repris et approfondi, paraître sous un jour nouveau ou être complété à l’occasion d’autres articles et par la plume d’autres rédacteurs ou rédactrices qui collaborent à ce projet.



1. Libérée, délivrée


Grâce au courage et à la persévérance de personnalités des siècles précédents, la femme a finalement été reconnue l’égale de l’homme en droit et en dignité dans les systèmes juridiques, puis peu à peu dans les mentalités, de la société occidentale.


Il est bon que la collectivité ait pris conscience de notre valeur et de notre importance.


Toutefois, de pair avec cette évolution, on veut me faire croire que ce qui est premier, ce qu’il y a de plus grand chez moi, c’est ma fonction sociale et politique. Aujourd’hui encore, nous sommes parfois convaincues que c’est en devenant les rivales de l’homme que nous gagnerons en liberté, en épanouissement et en accomplissement.


On s’affranchit de la tutelle masculine en gagnant le droit de travailler autant que lui et de répondre aux mêmes exigences sociales et économiques. Le droit de divorcer contribue à notre liberté si fraîchement acquise et cristallise notre victoire sur le patriarcat. On quitte le foyer familial, considéré comme le lieu suprême de l’esclavage, pour ne servir plus qu’un seul maître : le monde du travail.


« Aucune femme ne devrait être autorisée à rester à la maison pour élever ses enfants. La société devrait être totalement différente. Les femmes ne devraient pas avoir ce choix, précisément parce que s’il y a un tel choix, trop de femmes le choisiront. »

Simone DE BEAUVOIR, « Sex, Society, and the Female Dilemma »,

in Saturday Review, 14 juin 1975.


Tiens… Quelle est cette liberté qui me force à quitter mon foyer et mes enfants pour poursuivre une carrière? Suis-je vraiment délivrée alors qu’on semble me placer sous le joug d’un nouveau maître? Quels sont ces nouveaux diktats auxquels je me soumets? Ceux du marché, de l'économie, de la consommation?  

La liberté est une condition de possibilité du bonheur. Serait-ce donc là mon bonheur? De quoi suis-je délivrée alors? De mes enfants ? Du foyer que j’ai fondé?



2. Femme androgyne et pornographie


Cette volonté d’émanciper la femme et de la rendre l’égale de l’homme en tout point, et pas seulement en dignité, transparaît dans la mode. Dans ce milieu en effet, la tendance est à la femme aux caractères androgynes. Plus les traits et la silhouette sont ambigus, moins on évoque la maternité et ses contraintes. En effet, si l’on observe les mannequins qui défilent, ce sont les attributs proprement féminins et emblématiques de la fécondité que l’on s’attache à gommer : la poitrine s’efface, le bassin rétrécit, les courbes et les rondeurs accueillantes laissent place à la rudesse des lignes droites et des angles. Or, les figures véhiculées par la mode entrent dans l’imaginaire collectif avec une prétention fallacieuse : la femme serait belle lorsqu’elle ressemble à l’homme et non plus lorsqu’elle est mère et porteuse de vie.

Et c’est ainsi que j’intègre que ce qui est désirable pour moi ce n’est plus d’être source de vie sur un mode qui m’est propre, mais de devenir une copie de l’homme, au point que l’on occulte toute différence, même physique. L’homme et la femme deviennent ainsi des «individus», unité de mesure interchangeable.


Curieusement, la pornographie, dont la pratique et le visionnage sont facilités et généralisés par internet, semble déployer les caractéristiques physiques de la femme, tout en singeant l’union nuptiale, l’affublant d’une généreuse poitrine et de hanches sensuelles. Pourtant, il s’agit d’une image féminine biaisée puisque le corps est coupé de sa finalité d’engendrement. Ces attributs ne sont alors plus au service de la féminité, mais sont rendus radicalement étrangers à une quelconque dimension personnelle, pour être instrumentalisés en vue du plaisir sexuel.


On vacille donc entre la femme androgyne et la femme objet.


Bon mais... Je ne souhaite pas me conformer à ces exigences de mode. Je ne souhaite pas non plus que l’on me perçoive comme un objet tout juste bon à satisfaire les pulsions d’un autre.

Où est mon bonheur là-dedans ? Considère-t-on vraiment qui je suis en esprit et dans la chair ? Il ne semble plus y avoir de place pour la femme ayant son identité propre et dont le corps en est l’expression...



3. Fécondité


Notre monde tombe aujourd’hui dans un travers dualiste : on veut oublier la contrainte corporelle, car seul l’esprit est digne d’intérêt. Paradoxalement, on cherche à exalter le corps, en promouvant son culte, mais comme objet : il est fait pour le plaisir et la performance seuls.

Il ne s’agit donc plus de recevoir son corps mais de contrôler le matériau qu’il représente.


Pour nous les femmes, cette violence faite à notre corps est d’autant plus perverse que l’on essaie de se configurer au donné masculin. A titre d’exemple, évoquons la pilule contraceptive, très largement répandue. Quel est son effet en moi ? Elle camoufle mes cycles hormonaux en les rendant artificiels, calculables et stériles.

Très bien. Je dispose dorénavant d’un moyen efficace de contrôler mon corps et les désagréments qu’il occasionne, tels que les douleurs menstruelles, l’imprévisibilité des cycles ou encore les grossesses non désirées.

Mais n’est-ce pas là tout ce qui me rappelle que je suis faite pour la vie et que mon corps me parle? De quoi suis-je délivrée ici? De ce que je suis? Je dois me cacher, me transformer, pour être heureuse? Je dois polluer mon corps et le soumettre, pour être heureuse ? Et après? Je suis libérée de ce corps qui m’entrave parce qu’il a un rythme et des saisons et qu’il me rappelle que je fais partie intégrante de la Création? Et donc qui deviens-je? Un pur esprit dans un corps corvéable à merci? 

« Thanks, but no thanks » comme disent les british.

Mon corps n’est pas une propriété. Je suis mon corps.


D’ailleurs, avec la montée de l’écologie, beaucoup de femmes expriment le désir d’un retour au naturel, le désir d’apprendre à écouter leur corps en se débarrassant de l’influence chimique de certains contraceptifs ou produits hygiéniques. Après tout, si l’on est cohérent, on ne peut d’un côté militer pour une épuration de la Terre et de l’autre empoisonner son propre corps...

Comment pourrions-nous traiter respectueusement notre environnement lorsque nous maltraitons notre chair-même?


L’avortement n'entre-t-il pas aussi dans la catégorie des actes illusoirement libérateurs? Malheureusement, nombre de femmes témoignent des méfaits d’un tel traumatisme : certaines souffrent d’une perte d’estime de soi, d’un sentiment de vide et de peur, d’un repli sur soi et de tendances suicidaires. C’est ce que l’on appelle le syndrome post-abortif.

Il est surprenant de constater la façon dont ce syndrome éclaire en contrepoint le déploiement que la maternité opère chez la femme. A travers la maternité, je m’ouvre radicalement à la vie et à l’avenir. On est loin des désirs morbides. Je ne peux me replier sur moi-même. Le mouvement est inversé, puisque, obligée de sortir de moi-même, je suis mise face à un mystère qui me dépasse : la naissance d’un tout autre, d’un radicalement tout autre.


Si elle considère le corps comme temple du plaisir et de la performance, comment notre société pourrait-elle être bienveillante à l’égard de la vulnérabilité?

L’enfant à naître incarne la fragilité : il est dans une dépendance extrême face à sa mère, qui plus est, s’il est handicapé. La mère en est responsable, elle a ce sens profond et direct de la vie qui grandit en elle. Ils partagent une communauté de vie et de destin. Lorsque l’on banalise l’avortement, n'est-ce pas la finalité et le fondement-même de la dignité de la femme que l’on attaque? Ce qui expliquerait alors la violence du syndrome post-abortif : l’absurdité de l’acte qui tue son bébé anéantit la mère.


Pourquoi alors m’encourager dans cette voie? Pourquoi ne pas m’accompagner dans ce mouvement naturel qui surgit en moi? Pourquoi mettons-nous tout en place pour contrer la femme dans cette aventure, plutôt que de l’épauler et la soutenir?

Cela ressemble une fois encore davantage à un asservissement qu’à une voie d’épanouissement pour la femme…  

 

4. Egarée, enchaînée


Toute différence avec l’homme est supprimée. Enfin, je ne suis plus entravée !

« Libérée, délivrée! »  Quelle est la suite de la chanson?

Mmmh… « Je ne mentirai plus jamais ». Et pourtant, je ne suis pas honnête et vraie si je nie mes spécificités…

« Cache tes pouvoirs, n’en parle pas », ou plutôt cache ta richesse et ce qui t’est propre.

« Un royaume de solitude, ma place est là pour toujours ». Maintenant que je suis une copie conforme de l’homme, je me sens paradoxalement très seule. On est une multitude d’individus, mais plus beaucoup de personnes…

Qui aurait pensé que les paroles d'une chanson Disney pouvaient être aussi prophétiques et éclairantes pour notre temps?


Je ne sais plus ce qui me rend spéciale. Je ne vois pas pourquoi je suis constituée différemment du donné masculin. Je suis étrangère à moi-même. Et je ne m’en aperçois peut-être même pas, car on m’a dit que j’étais libérée, délivrée. C’est donc que j’étais esclave avant et que je suis forcément plus heureuse ainsi.

Ce terme de « libération » est quelque peu équivoque, car en faisant abstraction de mon corps, de ma féminité, de ma maternité… comment ne pas me perdre? Cette liberté m’asservit plus qu'elle ne m'épanouit...

Ce rapport à mon corps, encouragé par les idéologies contemporaines et la confusion ambiante, m’aliène profondément, me pousse à nier ma vocation et me confine dans une solitude destructrice.


Mais si la femme oublie ou rejette le sens de son corps, qu’en est-il de l’homme? Peut-il encore la rejoindre et se recevoir d’elle? Lorsqu’elle refuse sa féminité, la femme n’entraîne-t-elle pas l’homme dans son égarement? L'homme semble souffrir terriblement de ce mélange des genres. Comment peut-il savoir qu'il a un mode d'être qui lui est propre, puisqu'il s'en trouve dérobé?


Notre époque s’ouvre sur un monde confus où l’homme et la femme se trouvent démunis face à une perte d’identité profonde et existentielle. Je ne suis plus simplement l’égale de l’homme en dignité, je dois être comme lui, et lui comme moi, en tout point. Mais à quel prix? 


Comment le féminisme d’égalité peut-il prétendre être au service de la féminité alors qu’il se fait à son détriment?


Une nécessité pressante semble s’imposer : la femme ne doit-elle pas accueillir à nouveau son corps pour comprendre sa dignité, sa richesse et sa finalité ?


A Jésus, par Marie

Agnès A.


(Lire la partie 2 : ici)

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