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Les convertis - sainte Thérèse d'Avila : « Je livrai bataille à ma volonté »

Grande sainte et docteur de l’Église, Thérèse a vécu de 1515 à 1582 en Espagne. Réformatrice de l'ordre du Carmel, elle a la particularité d'avoir laissé de nombreux écrits dont une autobiographie : le Livre de la Vie, dans lequel elle décrit sa conversion et son entrée au couvent.

​« [A quinze ans], je commençai à prendre goût à la parure et à désirer plaire en paraissant bien. Je m’occupais de la blancheur de mes mains et du soin de mes cheveux ; je n’épargnais ni parfums, ni aucune de ces industries de la vanité pour lesquelles j’étais fort ingénieuse. » Inquiet pour sa fille, qui a de mauvaises fréquentations, son père l'envoie en pension dans un couvent. « Les huit premiers jours j’éprouvai un cruel ennui moins par le déplaisir de me voir dans cette retraite que par la crainte qu’on ne connût ma conduite. Au reste, j’étais déjà bien lasse de la vie que j’avais menée. [...] J’avais alors un éloignement mortel pour la vie du cloître : cependant je voyais avec bonheur de si parfaites religieuses, car celles de cette maison étaient admirables de vertu, de régularité et de recueillement. Mon séjour dans ce monastère ne fut que d’un an et demi ; mais il produisit en moi un très heureux changement. Je commençai à faire beaucoup de prières vocales. Je conjurais toutes les religieuses de me recommander à Dieu, afin qu’il me fît embrasser l’état où je devais le servir à son gré. J’y mettais néanmoins intérieurement des réserves ; j’aurais voulu que son bon plaisir n’eût pas été de m’appeler à la vie religieuse, et d’autre part, la perspective de m’engager dans les liens du mariage ne laissait pas de m’inspirer des craintes. Toutefois, quand mon séjour dans cette retraite touchait à son terme, mes prédilections penchaient déjà du côté de l’état religieux. [...] J’écoutais plus l’amitié et la nature, que les intérêts de mon âme. Ces saintes pensées d’embrasser l’état religieux se présentaient à certains intervalles, mais elles s’évanouissaient promptement, me laissant indécise. » Après son séjour au couvent, elle rend visite à un de ses oncles, veuf et devenu religieux, qui la demande. « C’était un homme très sage et orné de grandes vertus. Je ne passai que quelques jours chez lui ; mais ses entretiens, ses exemples, les paroles de Dieu que je lisais ou que j’entendais, laissèrent dans mon âme une ineffaçable empreinte. [...] Malgré cela, ma volonté ne pouvait se déterminer à la vie religieuse. Je voyais pourtant que c’était l’état le plus parfait et le plus sûr ; aussi peu à peu je me décidai à me faire violence pour l’embrasser. Pendant trois mois je livrai bataille à ma volonté. […] Le démon me représentait qu’élevée si délicatement, jamais je ne pourrais soutenir les austérités du cloître. Je lui opposais la pensée des souffrances de Jésus-Christ : ce n’était certes rien de considérable que d’endurer quelque chose pour lui : d’ailleurs, il viendrait au recours de ma faiblesse. […] Heureusement j’étais déjà amie des bons livres, et ils me donnèrent la vie. Je lisais les épîtres de saint Jérôme ; je me sentis, par cette lecture, si inébranlablement affermie dans mon dessein d’être toute à Jésus-Christ, que je ne balançai plus à le déclarer à mon père. Lorsque je reçus l’habit, le Seigneur me fit comprendre combien il favorise ceux qui s’imposent violence pour le servir. […] A l’instant même, il versa dans mon âme une si grande satisfaction de mon état, que rien n’a pu l’altérer jusqu’à ce jour. A une cruelle sécheresse qui me désolait, il fit succéder le suave sentiment d’un tendre amour pour lui. Toutes les pratiques de la vie religieuse me devenaient une source de délices. Parfois, il m’arrivait de balayer aux mêmes heures que je donnais jadis à mes plaisirs et à mes parures ; alors la seule pensée qu’enfin je n’étais plus esclave de ces vanités, répandait dans mon cœur une joie nouvelle ; j’en étais étonnée, et je ne voyais point d’où elle pouvait me venir. »

Thérèse d'Ávila par Alonso del Arco (XVIIe siècle). Domaine public.


Ce long récit nous fait entrer au cœur de l'âme de sainte Thérèse, de ces hésitations, ses questionnements, ses doutes. Elle n'a pas envie d'être religieuse mais admire celles qui ont fait ce choix. Elle sait que c'est le meilleur choix pour elle mais hésite à franchir le pas. On le voit, son entrée au couvent n'a rien d'une évidence et elle a dû énormément lutter intérieurement pour arriver à prendre cette décision salvatrice, qui est immédiatement récompensée par une grande joie intérieure. Voici quelques éléments qui ont jalonné son parcours de conversion :


Le changement de cadre

Le départ pour le pensionnat au couvent permet à la jeune Thérèse de se détacher des mauvaises influences qu'elle subissait, et également de se rendre compte à quel point cette vie ne lui convenait pas. C'est souvent lorsqu'on quitte son quotidien, pour une retraite spirituelle par exemple, que l'on peut prendre du recul par rapport à sa vie, ses relations, ses habitudes.


L'exemple et la prière d'intercession

Thérèse est impressionnée par la vie régulière et la piété des religieuses. Avec elles, elle apprend à prier et se confie à leur prière pour l'aider à faire le bon choix de vie, car elle reste indécise quant à sa vocation. C'est un véritable appui de pouvoir compter sur la communauté des frères et sœurs chrétiens, surtout quand nous sommes affaiblis par une épreuve ou une décision difficile à prendre.



Une bonne conversation

L'oncle de Thérèse réclame sa visite, et ce n'est pas pour rien. L'Esprit-Saint lui a sans doute soufflé le besoin qu'avait sa nièce d'un guide pour l'orienter. Il ne lui épargne pas les sujets les plus exigeants : la vanité du monde, les choses de Dieu. Elle l'avoue elle-même : « à vrai dire, je n’y sentais pas grand attrait » ! et pourtant ces quelques jours la marquent à jamais. Parfois, une parole entendue par un proche tombe « à pic », comme une Providence qui donne la force d'avancer ou éclaire une situation délicate. Alors n'ayons pas peur de parler des choses spirituelles si nous ressentons une soif chez notre interlocuteur.


Le combat spirituel

Ce n'est pas parce que la décision est prise qu'il est facile d'exécuter son choix : Thérèse parle de se « faire violence », de « livrer bataille », de contrer les « assauts » du diable. Un vocabulaire guerrier qui montre que la vocation n'a rien d'un long fleuve tranquille. Elle a dû faire un effort très important pour dompter sa volonté et aller jusqu'au bout. Les tentations sont nombreuses pour éloigner de la vocation ; le Christ, qui a repoussé le démon au désert, est le seul recours possible, dans la prière.



Les saintes lectures

Thérèse évoque les « bons livres » comme un appui fondamental dans sa lutte ; la lecture des prophètes, évangélistes et grands saints comme saint Jérôme lui donnent la force nécessaire de faire le dernier pas : annoncer sa décision à son père. Ces pieuses lectures qui lui paraissaient auparavant rébarbatives sont un vivant soutien : la communion des Saints est à l’œuvre, l’Église du ciel au service de celle de la terre ! On ne pense pas toujours à la force des Ecritures pour nous donner du courage.


Une joie nouvelle

La vie religieuse remplit la nouvelle sœur Thérèse de Jésus d'une grande joie intérieure. Déjà comblée par le Christ, elle trouve satisfaction dans toute sa vie, y compris les tâches les plus humbles comme le balayage, elle qui était si coquette ! C'est une grâce immense, qui l'étonne elle-même, de ressentir cette proximité avec le Seigneur : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ! » (Mt 5, 8).


Prions sainte Thérèse d'avoir la force de nous convertir. Comme le dit Benoît XVI, "sainte Thérèse de Jésus est une véritable maîtresse de vie chrétienne pour les fidèles de chaque temps. Dans notre société, souvent en manque de valeurs spirituelles, sainte Thérèse nous enseigne à être des témoins inlassables de Dieu, de sa présence et de son action, elle nous enseigne à ressentir réellement cette soif de Dieu qui existe dans la profondeur de notre cœur, ce désir de voir Dieu, de chercher Dieu, d’être en conversation avec Lui et d’être ses amis."

 

Texte entier du Livre de la Vie pour lire l'histoire de sainte Thérèse.

Texte de l'audience de Benoît XVI sur sainte Thérèse.


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