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Les convertis - saint Augustin : « Prends, et lis ! »

Saint Augustin est le plus célèbre converti de l'histoire de la littérature. On peut parcourir l'histoire de sa vie grâce à ses Confessions, écrites entre l'an 397 et 401, en louange à Dieu pour son cheminement extraordinaire. Voici l'émouvant récit qu'il fait de sa conversion au livre VIII, chapitre 12.

​« Quand, du fond le plus intérieur, ma pensée eut retiré et amassé toute ma misère devant les yeux de mon cœur, il s’y éleva un affreux orage, chargé d’une pluie de larmes. […] J’allai m’étendre, je ne sais comment, sous un figuier, et je lâchai les rênes à mes larmes, et les sources de mes yeux ruisselèrent, comme le sang d’un sacrifice agréable. Et je vous parlai, non pas en ces termes, mais en ce sens : "Eh ! jusques à quand, Seigneur ? (Ps. 6, 4) Jusques à quand, Seigneur, serez-vous irrité ? Ne gardez pas souvenir de mes iniquités passées."(Ps. 83, 5, 8) Car je sentais qu’elles me retenaient encore. Et je m’écriais en sanglots : Jusques à quand ? jusques à quand ? Demain,… demain ?... Pourquoi pas à l’instant ; pourquoi pas sur l’heure en finir avec ma honte ? Je disais et je pleurais dans toute l’amertume d’un cœur brisé. Et tout à coup j’entends sortir d’une maison voisine comme une voix d’enfant ou de jeune fille qui chantait et répétait souvent : "PRENDS, LIS ! PRENDS, LIS !" Et aussitôt, changeant de visage, je cherchai sérieusement à me rappeler si c’était un refrain en usage dans quelque jeu d’enfant; et rien de tel ne me revint à la mémoire. Je réprimai l’essor de mes larmes, et je me levai, et ne vis plus là qu’un ordre divin d’ouvrir le livre de l’Apôtre, et de lire le premier Chapitre venu. […] Je savais qu’Antoine, survenant, un jour, à la lecture de l’Evangile, avait saisi, comme adressées à lui-même, ces paroles : "Va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; viens, suis-moi" (Mt 19, 21) ; et qu’un tel oracle l’avait aussitôt converti à vous. Je revins vite à la place où Alypius [son fidèle ami] était assis ; car, en me levant, j’y avais laissé le livre de l’Apôtre. Je le pris, l’ouvris, et lus en silence le premier Chapitre où se jetèrent mes yeux : "Ne vivez pas dans les festins, dans les débauches, ni dans les voluptés impudiques, ni en conteste, ni en jalousie ; mais revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ne cherchez pas à flatter votre chair dans ses désirs." Je ne voulus pas, je n’eus pas besoin d’en lire davantage. Ces lignes à peine achevées, il se répandit dans mon cœur comme une lumière de sécurité qui dissipa les ténèbres de mon incertitude. Alors, ayant laissé dans le livre la trace de mon doigt ou je ne sais quelle autre marque, je le fermai, et, d’un visage tranquille, je déclarai tout à Alypius. […] A l’instant, nous allons trouver ma mère, nous lui contons ce qui arrive, elle se réjouit ; comment cela est arrivé, elle tressaille de joie, elle triomphe. Et elle vous bénissait, "ô vous qui êtes puissant à exaucer au delà de nos demandes, au delà de nos pensées" (Eph. 3, 20), car vous lui aviez bien plus accordé en moi que ne vous avaient demandé ses plaintes et ses larmes touchantes. »

Augustin, qui menait une vie personnelle désordonnée, est foncièrement insatisfait et recherche sans relâche Celui que son cœur aime sans le connaître. Il est passionné par la vérité, qu'il a d'abord recherchée dans la philosophie puis le manichéisme. Il commence d'ailleurs ainsi son récit des Confessions : « Tu nous as faits pour toi et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne repose pas en toi » (I, 1, 1).


L'image ci-dessus est le fragment d'un tableau plus vaste de Fra Angelico (dominicain florentin du XVe siècle), conservé au musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin. Il représente Augustin pleurant dans le jardin. La scène comporte de nombreux symboles permettant de préfigurer sa conversion prochaine et son futur rôle de pasteur dans l'Eglise : le paon, symbole d'éternité ; les papillons, symboles de résurrection car ils renaissent transfigurés de leur chrysalide ; l'enclos de moutons, peut-être le peuple de Dieu donc il aura la charge quand il sera évêque ?


Le récit de sa conversion commence par la reconnaissance de sa misère, en toute humilité, qui provoque chez lui une crise et des tourments. Puis vient la supplication, en reprenant le texte des psaumes, pour demander que sa souffrance soit abrégée. La réponse divine, ne se fait pas attendre en donnant cet ordre : "Prends et lis" (Tolle, Lege). Tout se trouve donc dans l’Écriture, et le passage qu'il lit l'invite clairement à quitter son ancienne vie en faisant le choix de s'attacher uniquement à la personne de Jésus-Christ. Désormais, il est libéré de ses doutes et véritablement apaisé, et peut alors se réjouir avec ses proches.


Faire la vérité sur soi

Le retour sur soi (ou examen de conscience) n'a rien d'agréable, et peut même plonger dans la tristesse et le découragement devant le mal commis et l'absence de progrès, quand on se croit seul à lutter. Mais cette étape est primordiale pour justement comprendre l'action toute-puissante de Dieu dans nos vies, si nous acceptons de déposer les armes dans la confiance. Augustin cherchait la vérité comme une réalité extérieure, alors qu'elle est une Personne : le Christ, qu'il devait se préparer à accueillir en lui-même par une vie plus vertueuse.


Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés (Mt 5, 4).


Dieu répond à celui qui le supplie

Quel apaisement d'avoir cette certitude ! Et le langage des Psaumes, traditionnelle prière juive, est un moyen particulièrement efficace de s'adresser à Dieu quand les mots nous manquent. Ils explorent en effet toute la palette des sentiments humains, de l'exultation bienheureuse à au cri de détresse le plus angoissé. Ce cri, commun à toute l'humanité, émeut le Seigneur. Jamais il n'ignore celui qui le prie, et nous pouvons répéter avec le psalmiste : « J'aime le Seigneur : il entend le cri de ma prière ; il incline vers moi son oreille : toute ma vie, je l'invoquerai » (Psaume 114).


L'exemple des saints

Augustin a l'idée d'ouvrir sa Bible car il se souvient de l'histoire de saint Antoine qui s'est converti grâce à une parole d’Évangile : c'est un bel exemple de l'intercession des saints, nos grands frères dans la foi, qui par leurs vies et leur cheminements sont autant d'exemples très différents nous permettant de mieux comprendre ce que le Seigneur veut de nous.


Un ermite dans la montage : peut-être saint Antoine ?


La médiation de l’Écriture

C'est donc en lisant sa Bible au hasard – ou plutôt sous l'inspiration de l'Esprit ! – qu'Augustin comprend qu'il lui faut changer de vie. Non seulement le texte lui indique clairement la direction à prendre, mais il lui donne la force d'accomplir ce choix, car cette parole est reçue comme une réponse à sa prière : ce n'est pas une simple phrase écrite par un évangéliste il y a quelques centaines d'années, mais une Parole vivante qui se manifeste à lui. Il est donc prêt à l'entendre et à y répondre.


La lumière gagne sur les ténèbres

La certitude se répand comme une lumière face à l'obscurité du doute ; désormais Augustin est en paix. Cette belle image de la lumière est fréquente chez les convertis, qui reconnaissent la personne du Christ ainsi qu'il se définit Lui-même : « Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. » (Jean 8, 12).


Retour à la maison où l'attend la Vie Eternelle (symbole du paon).


La joie partagée

La fin du texte est extrêmement émouvante : Augustin se précipite vers sa mère Monique pour lui raconter ce qu'il vient de se passer. Il faut dire qu'elle a prié et pleuré pendant des années pour la conversion de ce fils tant aimé ! Et elle se réjouit en louant le Seigneur avec ardeur : il est bon de remercier le Seigneur pour ses bienfaits, avec ses frères, car cela décuple la joie de la grâce.


Quelle joie de lire ce texte, surtout quand on sait que saint Augustin est l'un des plus grands docteurs de l'Eglise ! Ses écrits sont "d'une importance capitale, et non seulement pour l’histoire du christianisme mais pour la formation de toute la culture occidentale" comme le disait Benoît XVI. Alors joignons-nous à sainte Monique et remercions Dieu pour ce grand témoin de la foi.


 

Analyse du tableau : par ici.


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