Maman parfaite en vacances
- Agnès T

- il y a 1 jour
- 6 min de lecture
On ne peut pas dire qu'en tant que mère, nous appréhendons les vacances de la même manière que lorsque nous étions enfants. A l'époque, adieu cartables négligemment jetés dans le hall d'entrée, et vite, allons retrouver nos jeux, passer nos après-midi chez nos amis, user et abuser de la présence de père ou mère, bricoler... Et en devenant parent à notre tour, nous n'avons plus les mêmes sensations en tête. Nous ne rêvons pas de cabanes à construire, de session vélo dans le jardin, de parties de Bonne Paye qui n'en finissent pas, d'un bon dessin animé après une journée trépidante. Nous sommes peut-être généralement plus facilement dans l'inquiétude. Trois repas par jour, un quotidien qui va devoir continuer à tourner, des conduites à faire, et des sollicitations plus récurrentes de nos chers bambins qui imaginent que nous sommes à leur entière disposition et n'ont aucun scrupule à nous manger miette par miette.
Alors est-ce là la vocation d'une mère ? Être la référence pour tout, celle qui écoute, qui nourrit, qui lave, qui arbitre, qui nettoie, qui remplit, qui vide, qui lessive, qui conduit... Alors que ladite mère aspire peut-être à, elle aussi, savourer un peu de repos ? Où sont-elles, nos vacances ?
Quand je vois les vacances arriver, je me sens partagée entre la joie de casser le rythme quotidien, de ne pas avoir de contrainte horaire, de pouvoir laisser les enfants traîner en pyjama, et en même temps l'appréhension de devoir fournir le travail de cinq personnes différentes (et encore, 5, je suis gentille): cuisinière, psychologue, médecin, chauffeur, femme de ménage, arbitre...
Et en effet, il est dur de ne pas se décourager lorsque, à 7h15, l'aîné brave la consigne du réveil mouton qui dormait encore en descendant discrètement pour tenter une approche que je rabroue férocement, accrochée à mes trois derniers quarts d'heure de silence avant que les enfants ne puissent descendre. Je le vois alors se décomposer, je remarque qu'il est tout pâle. A peine le temps de me dire qu'il a mal au ventre, et je le vois courir aux toilettes où il vomit, sans autre forme de procès.
Il est dur de ne pas se décourager lorsque, à peine le petit déjeuner avalé, les enfants entament chacun un jeu pendant que je m'attaque, juste à côté d'eux, à une montagne de linge savamment ignorée depuis quelques jours. Pendant deux minutes trente, l'un construit sa tour de kapla, l'autre son chalet suisse, et la dernière donne le biberon à sa poupée. Je me tourne pour poser un tee-shirt que je viens de plier, et comme en un éclair, une dispute éclate, sans que l'origine soit identifiable. Que s'est-il passé ? Je l'ignore. En faisant sa tour, le grand a-t-il empiété sur le territoire de la moyenne ? La petite a-t-elle piqué un kapla au grand ? Dans tous les cas, j'assiste à un vrai combat de coqs où chacun défend son bifteck sans que je ne parvienne à comprendre quoique ce soit. Larmes et cris sont de la partie, et je me sens démunie devant ce conflit. Il n'est pas 10 heures, et me voilà déjà en train d'arbitrer une dispute qui ne cesse de s'envenimer. Le drame finit par se produire: je crie plus fort qu'eux, comme pour couvrir leurs propres cris. A défaut d'arbitrer paisiblement, je sépare, je menace, pour que la guerre cesse et que chacun y trouve plus ou moins son compte. N'étant pas entendue, je décrète que chacun filera dans sa chambre, à défaut d'avoir retrouvé un semblant de concorde.
Il est dur de ne pas se décourager lorsqu'on leur offre une belle matinée, avec des copains, des vélos, une aire de jeux, le soleil, des avions en polystyrène, et qu'ils pleurent sur le chemin du retour parce que leur estomac crie famine, et que, selon eux, ils sont en train de "mourir de faim". Voyant qu'il est midi et demi et que nous passons devant le petit Carrefour, j'achète quelques sandwiches triangles pour sauver la fin de mon trajet. En regardant la liste des ingrédients, je réalise qu'ils mangent littéralement une cochonnerie. Je suis prise de remords: une bonne poêlée de légumes aurait été plus adaptée.
Et qui s'invite, dans ces situations ? La culpabilité. La mauvaise estime de soi. Un sentiment parfois grand de nullité. J'aurais pu leur donner un bon vrai repas équilibré, écouter mon fils me dire qu'il a mal avant de lui rappeler les règles, réfléchir et écouter plus avant de me fâcher. Je n'ai pas été assez: assez disponible, patiente, intelligente...
Toutes ces croyances qui me minent, ne viennent-elles pas de mon perfectionnisme ? De mon désir que tout soit bien fait, que ma réponse à leur demande soit parfaite et adaptée, que leur bonheur soit complet, et le mien aussi ?
Hélène Bonhomme le dit, pour les fabuleuses au foyer:
Le perfectionnisme, c'est un faux ami: il nous dit “je ferai de toi la plus belle”, mais il ne nous dit jamais “maintenant, tu es la plus belle”. Il nous rappelle sans arrêt qu’il reste encore une tache sur le chemisier blanc.
Or est-ce vraiment le costume que je souhaite endosser, ce chemisier blanc ? N'ai-je pas envie de cette vie colorée et imparfaite qui est la mienne ? Est-ce qu'un jour, ces taches sur mes habits ne me manqueront pas ?
Et bibliquement, comment comprendre le perfectionnisme ?
Le perfectionnisme vient de la peur. Peur de mal faire, peur de souffrir, et en l'occurrence, peur de faire souffrir. Il nous fait douter de nos capacité et érode notre espérance, ce qui explique le découragement dans nos vies de mamans.
Or, dans notre identité de chrétiens, nous avons été créés à l'image de Dieu, et il a mis en nous son Esprit. Toujours nous aurons sur terre à vivre une lutte entre la chair et l'esprit, mais Dieu nous a donné des capacités pour faire ce que nous avons à faire. Il nous a comblés de dons, et nous avons la possibilité de lui faire confiance. En comprenant notre identité en Christ, nous réalisons que nous avons les moyens de faire ce que nous devons faire, et ainsi de lui plaire. Dans ce cas, nous sommes guidés par la confiance filiale qui nous unit à Lui et nous permet de vivre chaque jour, à la lumière du bel adage de Sainte Thérèse: "Rien que pour aujourd'hui." Dans le cas du perfectionnisme, nous sommes guidés par la peur et l'anxiété. Nous vivons dans l'économie de notre énergie, oubliant que cette énergie nous est donnée au jour le jour, pas en avance !
Hélène Bonhomme poursuit en écrivant:
Avant, on pouvait tricher, se montrer parfaite, au moins en société. Mais on ne peut plus tricher quand on a des enfants. Ils sont maîtres dans l’art de nous donner des leçons de pagaille. C’est le bordel partout, dans la voiture, dans la maison, et même dans la tête, dans le cœur. Vouloir combiner maternité et perfection, c’est se rendre malheureuse et risquer de devenir un dictateur dans son foyer.
Que retenir alors ? Que nous sommes "juste assez." Que nous avons nos limites, nos besoins, et que parfois tout se court-circuite, parce que j'ai beau instaurer un temps calme après le déjeuner ou un réveil "pas avant 8h" pendant les vacances, la vie de maman est une somme d'imprévus et souvent de contrariétés que nous ne pourrons jamais anticiper.
Et surtout, comme le dit Saint Paul dans la deuxième lettre aux corinthiens, « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » (12, 9). Autrement dit, nous n'avons besoin de rien d'autre que de la grâce de Dieu pour vivre nos journées de mère en vacances. Nous n'avons pour ainsi dire, pas le choix. Il s'agit pour nous de "choisir la vie" au détriment de la mort. Cela n'exclut pas les chutes, mais les remet en perspective: à la fin, il y a Dieu, il y a le Christ qui a déjà vaincu.
Regardons qui Jésus a choisi pour l'accompagner dans sa vie terrestre: un homme, Simon, qui l'a renié trois fois; une femme tourmentée par sept démons; un collecteur d'impôts... L'un est devenu chef de l’Église, l'autre apôtre des apôtres et première messagère de la Résurrection...
Ne craignons pas notre manque de force ou d'énergie. Craignons notre manque de foi !
Sur ce, bonnes vacances chères mamans !
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Plaisir de te lire, chère Agnès ! joli article, plein d'esperance ! à bientôt j'espère, bises