Tout mais pas prof

"Comment vas-tu ?

- Bof... Comme un lundi..."


Et si pour certains, c'était :

"Au top ! Comme un lundi !!"




Après la rencontre avec Alix et Geneviève, voici un nouveau rendez-vous : Clotilde nous partage ce qui remplit son quotidien de professeur et nous présente son compte Instagram, un outil pédagogique au service de milliers d'abonnés.

Quand la joie s'invite aussi dans la transmission du savoir...



Comme un lundi #2





Parlez-nous de votre métier : comment est née votre envie de devenir professeur ? Quel chemin avez-vous parcouru pour ensuite enseigner ?

Je dirais que c’est plutôt une vocation tardive. Je me souviens m’être dit au lycée "tout sauf prof". Et alors encore moins prof de lettres ! J’ai fait une 1ère S qui s’est avérée catastrophique, j’ai eu la chance de pouvoir bifurquer en terminale L, sans doublement. C’est là que la littérature et les humanités en général sont entrées avec fracas dans ma vie. A tel point que j’ai voulu poursuivre l’aventure en intégrant une hypokhâgne. Mais le rythme soutenu et la pression constante ont eu raison de moi, à la fin de mon HK j’ai obtenu mes équivalences pour la fac de lettres. A cette époque, je voulais devenir orthophoniste, j’ai donc préparé les concours en parallèle de la fac et d’un petit job étudiant pour financer tout ça. Je ne les ai pas eus, mais c’est pendant cette préparation que j’ai choppé le virus. Toutes ces choses sur la langue que je découvrais seulement maintenant ? Pourquoi ne me les avait-on jamais enseignées ? (Avec le recul, je sais maintenant que ça avait été sûrement fait, mais pas d’une manière percutante pour moi.) C’était décidé, ce serait prof et rien d’autre !



Vous avez récemment ouvert un compte Instagram professionnel sur lequel vous partagez des fiches de méthodologie. Pouvez-vous nous partager cette aventure ?

Très honnêtement j’ai ouvert ce compte un peu par curiosité. Je réalisais des fiches au départ pour mes élèves et j’ai pu voir qu’elles fonctionnaient vraiment, ça leur parlait, et je le constatais ensuite dans les interros. Alors jusqu’où ça pourrait aller ?

Et puis, on manque tellement de temps durant cette année de 1ère, c’est assez frustrant de ne pas pouvoir prendre vraiment le temps de l’accompagnement méthodologique par exemple. Ce compte, je le vois un peu comme un prolongement de mes cours, pas indispensable pour pouvoir suivre et réussir, mais un vrai plus pour progresser et exceller !



"studylettre"

Pourquoi le choix de ce nom ?

L’histoire va vous paraître sûrement bien décevante. C’est volontairement un peu "racoleur", je ne suis pas une grande adepte des anglicismes normalement. Mais il existe sur instagram, toute une communauté qui partage ses fiches, ses méthodes de travail, ses progrès scolaires etc… Ce sont les "studygram", et pour vous faire repérer dans ce petit monde, le "study" dans le pseudo est de mise. A partir de là, j’ai essayé plein de noms, mais tous étaient déjà pris. "studylettre" était le 1er qu’instagram acceptait !



A quel public vous adressez-vous ?

Essentiellement à des lycéens, j’essaie de m’ouvrir aux 3èmes pour le brevet, mais je manque un peu de temps. J’espère pouvoir leur proposer des fiches plus régulièrement. J’ai aussi beaucoup de parents d’élèves, qui me suivent pour leurs enfants et surtout, pas mal de collègues ! Il y a aussi toute une communauté de profs sur Insta, qui partagent leurs pratiques, leurs idées…



Entretenez-vous des relations via ce moyen de communication ?

Oui, avec quelques élèves dont j’admire le travail et avec qui j’échange régulièrement. Et aussi pas mal de profs.





Pouvez-vous nous raconter de petites anecdotes de votre travail ?

Les petites anecdotes dans notre métier, ce n’est pas ce qui manque ! Une année, j’ai eu une classe qui essayait de me faire une blague. En amont, ils s’étaient attribué des noms de fruits, un des gamins chuchotait par exemple « fraise » et dès que je tournais le dos, les fraises se levaient et devaient se rasseoir avant que je ne me retourne. Le but du jeu étant, qu’une fois face à eux, je ne comprenne pas leur agitation et leurs petits rires. Mais ils jouaient tellement mal ! J’ai dû interrompre le cours pour leur expliquer comment y jouer correctement… Je crois qu’ils ont été un peu surpris !

J’aime bien quand les élèves essaient de me faire rire. Tant que c’est avec moi, et pas contre moi ; encore faut-il que ce soit fin et subtil !



Quelles difficultés rencontrez-vous au quotidien ? Comment y faites-vous face ?

Il y a une multitude de difficultés, ça peut être de l’ordre de la discipline dans certaines classes ou avec certains élèves (plus au collège) ; ça peut être la gestion de la grande hétérogénéité dans un groupe ; une direction qui ne vous soutient pas, des parents d’élèves un peu agressifs… Mais je dirais que cette année, ma grande difficulté, c’est LE TEMPS. Je trouve que le bac de français s’est complexifié avec la réforme, et pour le même volume horaire. Je suis sous pression permanente pour boucler mes séquences, le moindre arrêt est source de stress.



La crise sanitaire a éprouvé durement le monde de l’enseignement. Comment y avez-vous fait face ? Qu’avez-vous développé ?

Je suis plutôt passée à travers les mailles du filet, j’étais en arrêt pour Burn Out lors du confinement, puis l’année suivante, en congé maternité. Je n’ai pas eu à donner des cours à distance du tout ! Ce qui m’a vraiment pesé, c’est le port du masque en cours.



Vous êtes maman aussi. Plusieurs femmes se posent des questions lorsqu’elles deviennent mamans : vais-je reprendre mon travail ? Mon travail est-il conciliable avec une présence disponible auprès de mes enfants ? J’ai besoin de travailler pour m’épanouir ; mes proches n’en seront que plus sereins. Mais les exigences professionnelles créent aussi des tensions. Comment résolvez-vous toutes ces équations ?

Oui, j’ai 3 enfants de 5, 3 et 1 an. Pour ma part, notre situation financière a réglé le dilemme de la reprise du travail : je n’avais pas le choix que de reprendre ! On entend souvent que prof est un métier de Maman, parce qu’il y a les vacances scolaires et des journées qui peuvent se terminer assez tôt. Mais à temps-plein, si vous êtes investie dans votre travail et avec des enfants en bas âge, c’est un vrai défi ! Pendant les confinements, beaucoup de parents ont découvert ce que c’était de travailler avec ses enfants à côté. Je crois que tout le monde a trouvé ça difficile !

Mais en-dehors de ces considérations, ce qui me pesait vraiment quand j’étais à temps plein, c’était de ne pas pouvoir profiter pleinement des moments avec mes enfants, parce que je ne pouvais pas débrancher mon cerveau de la charge mentale professionnelle qui pesait.

Être à mi-temps est une véritable libération pour moi : je ne travaille qu’au lycée ou quand les enfants sont à l’école et chez la nourrice. Mes mercredis, mes soirées, les week-end et les vacances scolaires je suis vraiment disponible, et à 100%.

De plus, je suis bien accompagnée, mon mari fait largement sa part à la maison, le quotidien est vraiment fluide et serein pour tous.



Des projets ?

Qui sait où ce petit compte pourrait me mener ?



Alors, pour vous, comment voyez-vous le lundi arriver ? :

  • Oh non… Lundi… La poisse… Vivement vendredi soir et le week-end !

  • Chouette ! Je vais pouvoir vivre des tas de trucs !

Je suis vraiment heureuse d’attaquer la semaine le lundi matin ! Cette année je suis à mi-temps donc, et j’ai 2 classes vraiment agréables. Comme ce sont mes premiers lycéens depuis la réforme, je ne fais que du neuf, alors même si ça me demande beaucoup de préparation c’est vraiment très exaltant.

Ça n’a pas toujours été le cas, l’année de mon Burn Out en 2020, les lundis matins (et tous les autres) étaient très éprouvants.



Pour aller plus loin :

Retrouvez Madame C. sur Instagram : @studylettre



Merci Clothilde !