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Noël littéraire 1/4 : avec Agatha Christie

Je démarre une série de quatre extraits de romans évoquant la fête de Noël. Ils m'ont permis, directement ou indirectement, de réfléchir et mieux cerner la spécificité de cette fête si importante à nos cœurs. Les histoires racontées, très différentes, font écho aux textes liturgiques dans une lecture à la fois personnelle et spirituelle.


Les textes de la messe du premier dimanche de l'Avent nous invitent à la paix : paix intérieure bien sûr, mais aussi paix avec les autres, et avec le monde dans lequel nous vivons.


Appelez le bonheur sur Jérusalem :

« Paix à ceux qui t’aiment !

Que la paix règne dans tes murs,

le bonheur dans tes palais ! »

(Psaume 121)


Pour cette première semaine, j'ai choisi un roman qui n'a rien d'un "livre de Noël" même s'il en porte le titre : Le Noël d'Hercule Poirot, publié par la célèbre Agatha Christie en 1938. Associer une histoire de crime à la fête de Noël paraît à première vue absurde et terrifiant. L'insupportable détective moustachu n'est pas un bon chrétien, en apparence du moins. Mais il a l'art de faire réfléchir ses interlocuteurs par ses remarques pleines d'à-propos, même si elles sont parfois cyniques et dérangeantes.



Voici l'histoire : pour la première fois depuis vingt ans, le vieux Simeon Lee a décidé de réunir tous ses enfants pour les fêtes de fin d’année. Coup de théâtre : le 24 décembre, on le retrouve assassiné dans sa chambre ! Le lecteur apprend par la suite qu’il était détesté de tous, et qu’il avait projetait de modifier son testament… Je reproduis ici une discussion entre le détective belge Hercule Poirot et le colonel Johnson, l'un des enquêteurs, qui est clairement un homme "de bonne volonté" mais un peu aveugle au mal.

​- C'est Noël... l'époque bénie où règnent la paix et le pardon des injures. Chacun doit aimer son semblable en ces jours de fête ! Hercule Poirot se renversa dans son fauteuil, joignit les doigts et considéra son hôte pensivement. - Alors, murmura-t-il, vous pensez que Noël est une saison peu favorable au crime ? - C'est bien ce que je viens de dire. - Pourquoi ? - Pourquoi ? répéta Johnson, légèrement décontenancé. Ma foi, parce que c'est un temps béni de réjouissances et de bonne volonté. - Ces Anglais ! Quel peuple sentimental ! s'exclama Poirot. Johnson répliqua avec véhémence : - Qu'y a-t-il de mal à cela ? Pourquoi ne conserverions-nous pas les vieilles traditions et les anciennes coutumes ? Quel mal y voyez-vous ? - Aucun, je trouve même cela très charmant ! Mais examinons plutôt les faits. Vous dites que Noël est une époque de réjouissances et de belle humeur. Cela signifie, n'est-ce-pas, qu'on mange et qu'on boit beaucoup.... même plus que de coutume ! Trop manger entraîne des indigestions ! et l'indigestion rend les gens irritables ! - Les crimes, observa le colonel Johnson, ne proviennent pas de l'irritabilité. - Vous ajoutez encore que la Noël est une époque où règnent la bonne entente et le pardon des injures. Rien de mieux. On oublie les vieilles querelles, on se montre conciliant, ne fût-ce que pour un temps. - C'est tout à fait cela, acquiesça Johnson. On fait la paix. Poirot poursuivit son idée, et ajouta : - A l'occasion de ces fêtes, les familles désunies se réconcilient et se rassemblent une fois de plus. Dans ces conditions, mon ami, il existe une certaine gêne entre ceux qui, la veille, se trouvaient divisés. Les gens les moins aimables s'efforcent de paraître pleins de gentillesse. Donc, pendant les fêtes de Noël, il se déploie une énorme hypocrisie.... pour le bon motif, je veux bien l'admettre.... mais tout de même de l'hypocrisie ! - Je ne l’appellerais pas tout à fait ainsi, murmura le colonel.

Poirot ne veut pas une paix sociale, qui serait une sorte de cohabitation un peu forcée, mais il recherche la vérité. Les histoires policières sont en général l'occasion de regarder de plus près le combat du vice et de la vertu à l'intérieur des âmes : comment des gens "bien sous tous rapports" en viennent à commettre l'irréparable, tandis que le suspect parfait, tant il semble extérieurement détestable, n'a en réalité rien à se reprocher. Même si ces situations de crime ne ressemblent en rien à notre quotidien, cela nous invite à être attentifs et vigilants, comme Jésus nous le rappelle ce dimanche.


"Veillez donc,

car vous ne savez pas quel jour

votre Seigneur vient." (Mt 24)


Les excès en tout genre, comme le mentionne le détective (on mange et on boit beaucoup trop pendant les fêtes), ne révèlent pas les meilleurs côtés des hommes. Parfois, cette fausse gaîté devient si froide et factice que le seul remède est de se réchauffer à la vraie Lumière, celle du Christ vivant pour toujours ! Faire la paix n'est pas une apparence, cela engage tout notre être, radicalement : choisir le bien, et rejeter le mal.


"Rejetons les œuvres des ténèbres,

revêtons-nous des armes de la lumière.

Conduisons-nous honnêtement,

comme on le fait en plein jour,

sans orgies ni beuveries,

sans luxure ni débauches,

sans rivalité ni jalousie,

mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ."

(saint Paul aux Romains, 13)


Cette semaine, prions le Prince de la Paix pour qu'il vienne bénir nos foyers et apaiser nos relations.

 

Vous pouvez lire les textes du premier dimanche de l'Avent sur AELF.

Image trouvée sur Wikipedia.

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