La ronde des élus

Bientôt, nous fêterons cette immense solennité qu'est la Toussaint, l'occasion de rejoindre la joyeuse farandole des amis de Dieu. Eclairés par les textes du jour et la vision d'un peintre merveilleux, laissons-nous entraîner avec eux dans cette spirale de béatitude que l'on appelle la Communion des Saints.


En matière de peinture angélique, qui de mieux que le célèbre Fra Angelico, frère dominicain à Florence au temps de la Renaissance ? Surnommé ainsi peu après sa mort (en 1455) car il peignit les anges d'une manière incomparable, il a été béatifié par saint Jean-Paul II en 1982. "Ses œuvres semblent créées au Paradis, et non par main d'homme", s'émeut son biographe Vasari. "Il n'aurait jamais touché ses pinceaux sans avoir récité une prière". C'est par son regard d'artiste que nous pouvons contempler le destin des Bienheureux.


Dans l'image bien connue reproduite ci-dessus, les élus, en alternance avec des anges, se dirigent vers la cité céleste dans une chorégraphie pleine de promesses. On remarque leur diversité : hommes et femmes, religieux et laïcs, tous peuvent être saints. Les anges qui les entraînent sont certainement leurs anges gardiens, qui les connaissent et les guident depuis leur naissance.


Et voici une foule immense,

que nul ne pouvait dénombrer,

une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.

(Apocalypse 7,9)


Au centre, la source d'eau vive symbolise l'Esprit Saint, reçu au baptême, qui anime et vivifie l'âme. Cette renaissance est visible aussi dans la végétation luxuriante et fleurie, un vrai jardin d’Éden ! Tous les éléments matériels sont ainsi transfigurés : la terre renaît, l'eau jaillit, l'air est purifié et le feu intérieur illumine les visages qui rayonnent.


Au Seigneur, le monde et sa richesse,

la terre et tous ses habitants !

(Psaume 23)


Pourtant, ce n'est pas encore le Paradis. On ne le voit pas ; seule une porte est représentée, d'où sortent les rayons dorés d'une lumière surnaturelle : là siège le Père, que les élus verront enfin face à face. Au-delà de toute représentation, c'est le lieu de la Jérusalem céleste, le Royaume de Dieu.


Nous le savons : quand cela sera manifesté,

nous lui serons semblables

car nous le verrons tel qu’il est.

(Première lettre de saint Jean 3,2)


A la porte du Paradis, les élus se préparent à la Rencontre.


Mais qui sont ces élus, les amis de Dieu ? Comment devenir des saints ? Voici ce que répond le pape Benoît XVI : "Il n'est pas nécessaire d'accomplir des actions et des œuvres extraordinaires, ni de posséder des charismes exceptionnels." Le Christ est la Voie qui mène vers le Père : "il est nécessaire avant tout d'écouter Jésus, et de le suivre sans se décourager face aux difficultés."


Heureux les pauvres de cœur, ceux qui pleurent,

les doux, ceux qui ont faim et soif de la justice,

les miséricordieux, les cœurs purs,

les artisans de paix, ceux qui sont persécutés pour la justice [...]

(d'après saint Matthieu 5,1-12)


"En vérité, le bienheureux par excellence est uniquement Lui, Jésus", dit encore Benoît XVI. "C'est donc Dieu qui nous a aimés en premier et qui, en Jésus, a fait de nous ses fils adoptifs." Par le mystère de la Rédemption, la Mort et la Résurrection du Christ, la Béatitude devient accessible et la sainteté est proposée à tous.


Voyez quel grand amour nous a donné le Père

pour que nous soyons appelés enfants de Dieu

– et nous le sommes.

(Première lettre de saint Jean 3,1)


L'image que nous regardons est en réalité une partie d'un tableau plus grand ayant pour thème le Jugement Dernier. Le Christ, en position centrale, trône. Sa toute-puissance n'est pas despotique ou arbitraire mais remplie de sagesse aimante. Son visage est apaisé et sa main ouverte. "Avec Lui, l'impossible devient possible et même un chameau peut passer par le trou d'une aiguille (cf. Mc 10, 25) ; avec son aide, et uniquement avec son aide, il est possible de devenir parfaits comme le Père céleste est parfait."


Qui peut gravir la montagne du Seigneur

et se tenir dans le lieu saint ?

L’homme au cœur pur, aux mains innocentes,

qui ne livre pas son âme aux idoles.

Il obtient, du Seigneur, la bénédiction,

et de Dieu son Sauveur, la justice.

(Psaume 23)


Le Christ, encadré par la Vierge Marie et saint Jean Baptiste, est vénéré par les anges et entouré des patriarches et prophètes.

 

Cet article s'inspire de l'analyse du tableau de Fra Angelico par le père Pascal Ide, et cite des extraits d'une homélie du pape Benoît XVI pour la Toussaint 2006. Vous pouvez regarder le tableau en entier ici et consulter les textes du jour sur AELF.