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  • Marie D

La femme aux lunettes sur le nez

Bientôt Noël.


Dans nos maisons, les cœurs s’apprêtent.


Avez-vous monté votre crèche ?


Chez moi – qui reviens du Sud et qui vis dans l’Ouest, – se côtoient dans un décor provençal la femme aux olives, le meunier devant le moulin de Daudet, la femme à l’aïoli, la femme à la lavande, le couple du pays Bigouden, la bretonne au bébé, le marin et son sac de toile, le joueur de bombarde, le sonneur de cornemuse, le tambourinaire de Provence qui frappe sur le tambourin tout en jouant du galoubet… Entendez-vous ce brouhaha joyeux ?



Chacun chemine vers l’étable avec un petit présent à offrir : une poule, un lapin, une corbeille de fruits, des fleurs, des rubans, une poêlée de châtaignes grillées…


Et moi ? Qu’ai-je à offrir cette année ?


J’ai le cœur tout plein.


De larmes.


L’an dernier, mon petit garçon habillait le sapin dans le salon de sa Grand-maman – ma maman, – qui savait depuis plus d’un mois que plus aucun traitement médical ne pourrait arrêter ou même ralentir sa maladie, et qui souhaitait tout simplement vivre un beau Noël avec ses petits-enfants.



Cette année, je chemine vers la crèche avec ma maman dans mon cœur. Ses souffrances. Ses derniers moments. Son souvenir. Son regard si doux aussi : ne sourit-elle pas en voyant sa fille coudre dans ses tissus oubliés (précieusement gardés…) au fond d’une malle, des jupes de bergères pour la crèche vivante de la paroisse ?


Dans mon cœur, il y a Éric aussi, ami d’enfance de mon mari, mort lui aussi de sa terrible maladie. Sa maman, ses frères et sa sœur. Mon Dieu, pourquoi tant de souffrance en pleine jeunesse ? Alors je regarde mon sonneur de cornemuse dans la crèche. A coup sûr, Éric ne pleure pas la souffrance du passé aujourd’hui. Ne l’entendez-vous pas répéter ses airs bretons pour sonner son premier Noël au Ciel avec les anges ??



Matthieu. Fauché en plein désert. Souvent je confie sa femme si courageuse et leurs trois jeunes enfants, si petits, au Seigneur tout-puissant pour qu’Il les porte et les réconforte dans le geste d’un voisin attentionné, dans un message tout plein d’amitié, dans un moment partagé… Comme il doit être heureux et fier de voir les siens préparer tout excités Noël en famille !


Il y a aussi ce prêtre, si cher à notre foyer, qui vivra cette année le premier Noël sans sa maman. Éliane, et la place laissée vide par son mari emporté par la maladie. Dominique, qui a vu mourir sa maman la veille de ses 100 ans ! Cette jeune amie maman qui a perdu son bébé après trois jours de vie si fragile…


Mon cœur est plein de larmes. Car Dieu ne supprime pas la souffrance. Elle est là, dans le quotidien de nos vies. Mais Il est venu l’habiter, la porter avec nous, Emmanuel, Dieu-avec-nous. Alors pour cheminer vers la crèche, je chausse mes lunettes de fille chrétienne : j’ai choisi de ne pas m’agripper aux lunettes noires qui empêchent le regard de voir la beauté, ni aux lunettes roses qui nieraient la tristesse et la souffrance. Je porte mes lunettes de vue toutes simples sur le nez, et tous ces êtres si chers dans mon cœur, pour les confier au doux Sauveur :


Jésus, Marie, Joseph, vous qui vivez confiants vos épreuves terrestres, accueillez-nous tous dans vos mains si tendres, pour consoler nos cœurs d’enfants et nous faire regarder, vivants, ce mystère de Dieu qui se donne à nous sur terre !


Vienne, Seigneur, ton règne en nos cœurs !

Que la contemplation de ton amour ineffable transforme nos larmes de douleur en perles de douceur !



Santons de Marcel Carbonel, Gonzague, Escoffier, Gilles Parisot ; décors de l'Atelier de Fanny (Aubagne)



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