Deux inconnus dans le même lit

Réflexion sur la sage folie d’attendre jusqu’au mariage







Je repense à cette première nuit où, après cette folle journée de notre mariage, nous nous sommes retrouvés tous les deux dans la même chambre. La situation était cocasse. Quelques imprévus de dernière minute expliquaient que nous nous retrouvions avec une pile de draps, à devoir préparer notre lit pour cette première nuit dont le petit matin annonçait déjà la fin.


Ce jour-là, tout avait changé. Devant Dieu, nous nous étions promis fidélité pour toute notre vie. Le sacrement du mariage me transformait et son efficacité était telle que je passais du lit simple au lit double, de seule sous la couette à deux dans de beaux draps.


Je regardais l’homme couché à mes côtés. Je lui avais partagé déjà bien des secrets de mon cœur, et lui de-même, pendant nos fiançailles ; et pourtant, il demeurait pour moi si mystérieux. Nous choisir l’un l’autre pour une union indissoluble devant Dieu et son Eglise nous engageait sur un chemin plein d’imprévus, plein d’inconnus aussi. La plus grande inconnue ? Mon mari lui-même. Cet être que je ne pourrai jamais tout à fait cerner, cet être qui me dépasse complètement, que je pense parfois comprendre, au point de m’y méprendre, et que j’aime et qui m’aime, jamais assez, toujours davantage, dans les rires et les pleurs, dans la joie et la peine.


Je regardais cet homme couché à mes côtés. Devant toute ma famille, la sienne, nos amis et les touristes qui passaient par là, devant le prêtre et devant Dieu, je m’étais engagée le matin-même à le recevoir pour époux tous les jours de ma vie et à être son épouse. Sans retour en arrière possible !



Alors, nombreux aujourd’hui sont ceux qui pensent que le mariage est folie, aux vues du nombre de divorces notamment. Plus nombreux encore sont ceux qui pensent qu’il n’est pas raisonnable de s’engager ainsi sans s’être assurés d’une parfaite compatibilité des « partenaires », compatibilité au quotidien, mais aussi au lit disent-ils. Aussi ne nous dérobons pas, et abordons ce grand et beau sujet de la sexualité dans la vie conjugale.


Ne tournons pas autour du pot plus longtemps. La plupart des personnes qui me faisaient part de leur incompréhension face à un choix aussi radical que le mariage indissoluble sans avoir pris soin de vérifier la compatibilité sexuelle était alors beaucoup plus expérimentées que moi en la matière. Ils savaient donc parfaitement, et à juste titre, que la vie sexuelle n’est pas toujours harmonieuse. Le nombre de leurs partenaires leur avait bien montré qu’il est des personnes avec qui ils avaient vécu des fiascos, d’autres avec qui cela s’était un peu mieux passé, voire beaucoup mieux !


Dès lors, en effet, l’inquiétude pouvait être grande de tomber sur un mauvais numéro… ! On peut comprendre que le choix d’attendre jusqu’au mariage puisse paraître pure folie : pour toute la vie, peut-être, ne (plus) jamais connaître le septième ciel ?!


« Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes »
(1 Corinthiens 1, 25)

Certains diront que la sexualité ne fait pas tout, mais c’est un peu rapide comme réponse… D’autres se scandaliseront peut-être de voir aborder un tel sujet sur ce blog, mais l’Eglise ne s’est-elle pas penchée à fond sur la question, preuve que son enjeu n’est pas mineur ? Saisissons-nous donc de cette inquiétude bien réelle, qu’on ne peut balayer d’un revers de la main, comme s’il était futile et bien superficiel d’aborder la question.


Au cours de notre préparation au mariage, mon mari et moi avons entendu le prêtre qui nous accompagnait nous tenir des propos à ce sujet. « N’oubliez pas ce que je vais vous dire » avait-il insisté avant de nous énumérer les trois cas de figure possibles que son expérience d’accompagnement de couples avait mis au jour. Comme je ne l’ai pas enregistré à l’époque, permettez-moi de vous les énumérer ainsi avec mes mots :


  • Premier cas de figure : ça marche ! Feu d’artifice, bouquet final, etc. Tant mieux.

  • Deuxième cas de figure : ce n’était pas vraiment ce dont on avait pu rêver. Bof. Moyen. C’est donc seulement ça ? Déception.

  • Troisième cas de figure : ça ne marche pas. Les deux pièces du puzzle sont bien là, l’attirance bien présente, mais l’union n’est pas possible. Ça fait mal.


Pas de publicité mensongère, donc, dans cette préparation au mariage : tout était dit. Peut-être que ce ne sera pas le grand « Whaou ! » auquel chacun aspire, mais le prêtre avait ajouté qu’il y avait surtout une chose à retenir dès les fiançailles et à ne pas oublier : quel que soit le cas de figure dans lequel vous serez, dîtes-vous que cela ne remet pas en question l’amour que vous vous portez l’un à l’autre.


Puis il avait précisé un peu les choses, et je pourrai ainsi résumer ce que j’en ai retenu :

  • Premier cas de figure : il y a le risque que ça retombe assez vite. Comme celui qui n’a jamais eu besoin de travailler à l’école pour avoir de bonnes notes ; le jour où il faut s’y mettre, c’est plus dur. Risque de tomber dans un train-train routinier qui à la longue peut ne plus enivrer mais davantage lasser. Parfois des couples qui commencent très bien sur ce plan-là – leurs unions conjugales, j’entends – ne s’unissent plus ou presque plus au bout de quelques années… Attention donc, dans ce cas, à ne pas se reposer sur ses lauriers et à ne pas oublier que l’autre est toujours à conquérir.


  • Deuxième cas de figure : certes il y a déception, pourtant c’est là qu’il peut y avoir la possibilité de travailler à des unions toujours plus belles en entrant dans un dialogue encore plus vrai, en essayant de mieux connaître l’autre et de mieux se connaître soi-même. Guider l’autre, tâtonner à deux ; l’arrivée au sommet n’en est que plus savoureuse quand la randonnée qui la précède a été l’occasion de se dépasser ensemble et d’apprendre à mieux exprimer l’amour.


  • Troisième cas de figure : le plus douloureux sans doute dans un premier temps, puisque l’union n’est pas possible au sens propre du terme. Concrètement, on n’y arrive pas. Il peut y avoir trop de douleurs, une forme de vaginisme primaire ou secondaire, de l’impuissance, des éjaculations trop précoces. Et là, il faut beaucoup de douceur avec soi-même, avec l’autre, et beaucoup de patience et de confiance pour oser partir en randonnée dans l’espérance qu’un jour, le sommet sera en vue. Sur ce chemin, de chacun des paliers, la vue n’en est que plus belle. Peut-être faut-il oser prendre un guide, s’ouvrir à un tiers pour être accompagné dans ce domaine de la sexualité.


Dans tous les cas de figure, « n’oubliez pas que cela ne veut rien dire de votre amour ». Ce n’est pas parce que ça ne marche pas ou que ça ne marche pas dès la première fois que vous ne vous aimez pas ! N'oublions pas non plus que le mariage indissoluble offre toute une vie pour s'aimer !


Finalement, attendre jusqu’au mariage pour se donner à l’autre, voilà une très belle preuve d’amour. Je t’aime pour ce que tu es. Je t’aime et je veux t’aimer. Je ne sais pas si tu es une bête de sexe, ni même si je le suis, mais je veux t’aimer et ensemble nous cheminerons, nous surmonterons les barrages, nous gravirons des montagnes. Peut-être même tomberons-nous dans des ravins mais toujours, parce que je t’en ai fait la promesse, nous chercherons ensemble le sommet, celui de l’union des cœurs aussi imparfaite puisse être l’union des corps.


Accepter d’attendre jusqu’au mariage pour s’unir, c’est peut-être se placer à contre-courant de la mouvance actuelle, mais ce n’est certainement pas relayer la sexualité au second plan. Non, on n’attend pas jusqu’au mariage parce que ça n’a pas d’importance. Au contraire, attendre pour s’unir, c’est redonner à l’union des corps la place qui lui revient, sa grandeur et son pouvoir : ceux d’unir deux êtres au cœur de leur altérité. Si parce que ça ne marche pas, ou parce que ce n’est pas l’apothéose, on prend ses cliques et ses claques et l’on va voir ailleurs, alors peut-être faut-il se demander si l'on est encore capable d’aimer.



Des pistes pour aller plus loin, par La Rédac' :

  • P. et C. Timmel, Pourquoi nous fiancer ?

  • Père Louis, Avant le mariage

  • Alphonse d'Heilly, Aimer en actes et en vérité

  • Père Geoffroy-Marie, Alain et Elodie Legendre, Le couple durable - Oser les fiançailles, construire son couple aujourd'hui

  • Christopher West, Bonne nouvelle sur le sexe et le mariage