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  • Photo du rédacteurMarie D

Des fleurs pour nos morts ?

Il pleut. J’entre dans ce magasin de fleurs que je connais bien maintenant… Il est tout coloré! Du jaune, du blanc, du fuchsia, du rose, du vert! Les sols et les murs sont tapissés de couleurs éclatantes, fraîches, joyeuses. C’est joli. Quand on y regarde de plus près, c’est dur en même temps. Car ces fleurs, ce sont des chrysanthèmes de toutes sortes, des cyclamens aussi, de la bruyère… Ces fleurs aux couleurs vives, ce sont celles qui fleuriront nos tombes dans quelques jours.



La vendeuse appelle sa patronne. Je vois arriver un énorme bouquet aux couleurs pastel. Quand mon mari part en déplacement, j’ai toujours droit à ces brassées de fleurs. Et j’entends une voix derrière le bouquet qui prend toute la place : "Ah madame, ça fait plaisir de préparer quelque chose de joyeux !"


La patronne n’aime pas la Toussaint. Qu’il est beau pourtant son magasin! J’imagine qu’à cette période, elle doit bien faire son chiffre d’affaires! "Nous croulons sous les demandes! Les clients viennent tous nous raconter leurs morts, nous parler de leurs proches… Et les enterrements qui se multiplient ces temps-ci…! C’est normal, on le dit : c’est l’automne, les feuilles tombent…! Mais quand même… Hier, trois enterrements!"


C’est vrai. J’ai entendu les cloches sonner trois fois dans la même journée… "Et pas que des personnes âgées, vous savez! Il y avait le fils de monsieur Jacques, qui tient le magasin à côté, vous voyez ? 41 ans! Et un autre jeune homme, 42 ans aussi! – la patronne doit être plus jeune que moi, alors je souris de l’épithète… – mais il n’est pas mort pareil, lui… Il s’est jeté du grand pont et il ne s’est pas raté!"


J’écoute la patronne raconter les détails… Heureusement, les enfants ne sont pas là… Parce que le grand pont, c’est leur bâtiment fétiche. On le voit chaque jour quand on arrive à mi-chemin de l’école. "Maman, j’ai vu le grand pont, on est à la moitié!"

"Ah madame, ça fait plaisir de préparer quelque chose de joyeux! Attendez, j’ai oublié le mot!" Et vite, car elle est pressée avec toutes ses commandes, elle écrit : "Je t’aime"




Je quitte sa boutique avec mon gros bouquet. Quelque chose de joyeux… Oui mais bon, s’il y a toutes ces jolies fleurs, c’est que je n’ai pas la présence de celui qui m’aime – c’est écrit sur l’emballage alors je peux bien vous l’avouer…



C’est drôle… Moi, j’aime bien fleurir nos tombes! Voir une fois par an le cimetière empli de couleurs vives, ça met du baume au cœur! Et pourtant… ils sont nombreux, mes morts… Il y a la tombe de mes grands-parents maternels, qui reposent là avec ma tante… Celle de mes grands-parents paternels, que j’ai tant aimés! Celle de Papa et Maman…

Il y a celle de mes amis, âgés, plus jeunes, des enfants aussi... ceux qui ont lutté contre la maladie ou qui ont été tués au cours d'un accident, ceux qui se sont endormis tout simplement, ceux qui ne se sont pas ratés aussi… Et puis il y a tous les petits bébés, ceux qui ne sont pas nés et qui n'ont pas de tombe où se recueillir...


Souvent j’entends : "Il est mort bien trop tôt…!" Mais tout ça… En fait, on n’en sait rien.

Trop tôt, c’est quoi? Il a raté sa vie alors??


Et je repense à tous ceux qui sont morts. Oui, c’est dur quand on reste, nous, ici-bas. C’est dur et on aurait aimé que ça ne soit pas ainsi… Pour d’autres, c’est dur de les accompagner, longtemps, longtemps… Ils meurent bien trop tard, ceux-là? On n’est jamais content…


Avec mon gros bouquet de fleurs – vous savez? celui que la fleuriste était heureuse de préparer, et dont moi, j’aurais bien aimé me passer…–, je me dis que moi aussi, je ne suis jamais contente! Alors je regarde mes fleurs : qu’elles sont belles!


Ces fleurs, elles disent l’amour de mon mari. Elles disent l’absence aussi. Finalement, ce sont les mêmes que j’aime mettre sur nos tombes : elles qui disent l’absence. Oui, je reconnais que Papa, Maman, mes amis sont absents pour moi. Elles disent l’amour aussi. Je vous ai aimés quand nous étions ensemble. Je vous aime. Je sais que vous m’aimez. L’amour est éternel. Elles disent aussi tous mes bons souvenirs passés, ceux qui me construisent au présent et qui me disent : "Va! Vis ta vie maintenant! Nos moments partagés, nos journées colorées – de sourires, de joies, de disputes aussi!! – ce sont ces fleurs qui illuminent le cimetière, qui donnent cette lumière, une fois par an!"



Ils sont là, tous mes morts. Mes parents, ma famille, mes amis. Leurs visages s’animent dans mon cœur. Le reste de l’année, c’est parfois dur d’y penser. Leur image revient, et je me dis : "Pourquoi?" Mais aujourd’hui, en ces jours où nos cœurs se préparent à fêter tous nos saints avant de penser à tous nos morts, je ne peux m’empêcher de rendre grâce. Quel bonheur nous avons partagé! Au quotidien avec les très proches, un peu moins souvent avec les amis, quasiment jamais avec certains. Et pourtant, ils ont touché ma vie. Et si aujourd’hui, je suis ce que je suis, c’est grâce à toutes ces rencontres, ces vies croisées, ces chemins partagés.


Ah! Comme j’aimerais que toutes ces fleurs soient des fleurs de joie, des "merci!" Car nous le savons : les déserts fleuriront! Nous nous reverrons!

Que soient pleins d’allégresse désert et terre aride, que la steppe exulte et fleurisse; comme l’asphodèle qu’elle se couvre de fleurs, qu’elle exulte de joie (…). C’est eux qui verront la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu. (...) Dites aux cœurs défaillants : "Soyez forts, ne craignez pas ; voici votre Dieu. (…) C’est lui qui vient vous sauver. " (Isaïe 35, 1- 4)


Vous aussi, vous ignorez ce qu’est l’asphodèle ? Alors j’ai cherché : c’est un lis sauvage qui pousse dans les sols calcaires. Peut-être celui de saint Matthieu :

"Ne vous inquiétez pas pour votre vie (…) Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. (...) Que si Dieu habille de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain sera jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi! Ne vous inquiétez donc pas (…) votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela." (Matthieu 6, 25-32)


Dieu est là. Il voit tout. Il s’occupe de nous. Il voit notre chagrin, notre tristesse. Il voit nos proches déjà auprès de Lui. Il voit cette séparation, cette immensité qui nous semble parfois infinie. Il nous redit :

"Ne crains pas car je suis avec toi, ne te laisse pas émouvoir car je suis ton Dieu ; je t’ai fortifié et je t’ai aidé (…) Car moi le Seigneur ton Dieu, je te saisis la main droite, je te dis : "Ne crains pas, c’est moi qui te viens en aide." (Isaïe 41, 10.13)


Que ce temps de Toussaint et de prière pour nos défunts soit pour nous tous un temps d’union à Dieu, un temps de repos dans ses bras puissants, un temps de recueillement, un temps d’espérance.

Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ, qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. (Philippiens 3, 20-21)


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