8 femmes de France au tempérament de guerrière


Peut-on manifester son opposition aux puissants de ce monde? A quoi cela peut-il servir, seule face à tous? En 1944, Jean Anouilh présente au théâtre de l'Atelier l'histoire d'une toute jeune fille, il y a bien longtemps dans la ville de Thèbes, qui ne craint pas de s'opposer à tous pour faire ce qui lui semble juste. Elle s'appelait Antigone. Nous avons une longue tradition de panache, de courage et de révolte, juste ou non, dans notre Histoire. Chacune, à notre petite place, par nos actions, la trace que nous laissons, pouvons participer à fournir cinq petits pains et deux poissons dont Dieu a besoin pour pouvoir les multiplier à l'infini.

Aujourd'hui je voulais vous évoquer quelques femmes de notre Histoire, dont le caractère et le courage face à des plus puissants ont traversé les siècles. Et bien sur, il s'agit de deviner leurs noms...



* On ne me présente plus, je suis un symbole pour tous les défenseurs de notre patrie attaquée… nombre d’ouvrages m’évoquent, je suis certainement la plus célèbre Française de l’Histoire. Lors de la terrible guerre que je participe à conclure, j’ai par ailleurs conduit les armées du roi à remporter quatre victoires en une semaine : Jargeau, Meung sur Loire, Beaugency, Patay, en juin 1429.


* Née princesse de France, je suis la plus riche héritière du royaume. Dotée d’un fort caractère, indépendante, consciente de mon rang, je m’intéresse de près à mon jeune cousin avant son mariage qui me déçoit fortement dans mes projets. Lorsqu’éclate la Fronde, je pense pouvoir enfin recevoir la reconnaissance et l’affection de mon père en m’engageant pleinement dans le conflit et en prenant partie pour les révoltés. Rien ne m’effraie, j’encourage les soldats, et n’hésite pas à faire tirer les canons de la Bastille sur les armées royales à l’approche de la capitale. Cette impétuosité me vaut d’être exilée de la cour quelques temps après l’échec de la Fronde. J’y reviens finalement, et reste crainte de tous pour ma langue acérée et mon indépendance d’esprit. Mon mariage fera rire tous les courtisans, mais fidèle à moi-même, je n’y renoncerai pas.


* Née en pleine Guerre de Cent Ans à Beauvais, j’y vis encore lorsque ma ville est assiégée par l’ennemi juré du roi de France, le duc de Bourgogne Charles Le Téméraire. Les fortifications déjà fortement endommagées et l’absence de garnison militaire laissaient présager le pire. Alors que le courage des hommes commence à fléchir, je monte sur les remparts, armée d’une petite hache, qui inspirera le surnom que l’Histoire retient pour moi. Accompagnée de plusieurs femmes de Beauvais, je permets à l’assaut d’être repoussé. Louis XI, pour rendre hommage à ce courage, accorde aux femmes de Beauvais, par lettres patentes, le privilège de prendre le pas sur les hommes lors de la fête qui commémore cette victoire. Par ailleurs, pour me remercier, ma famille et mes descendants devaient être exemptés d’impôts. Aujourd’hui encore ma chère ville de Beauvais rend hommage à cet épisode célèbre de l’Histoire du Moyen Age.


* Née d’une ancienne famille poitevine, j’accompagne mes parents toute enfant dans les armées catholiques et royales spontanément fondées en Vendée au printemps 1793. Arrêtée avec eux, je les accompagne à Nantes et ne doit qu’à mon jeune âge d’échapper à la guillotine. En 1795, le célèbre Charrette devient mon tuteur. Lors de la seconde guerre de Vendée, je l’accompagne dans toutes ses batailles, combattant comme une amazone. Gravement blessée en février 1796, les républicains me prennent pour la fille de l’insaisissable chef de guerre vendéen, et me présentent tous les cadavres du combat afin que j’identifie mon tuteur. Je parviens à les tromper, mais arrêtée, je ne dois qu’à l’exécution de Charrette le 29 mars 1796, d’échapper à la guillotine. J’épouse quelques mois plus tard un chevalier contre révolutionnaire et entretiens toute ma vie la légende de mon parrain.


* Née princesse de Naples, j’épouse en 1816 un fils de France, de vingt ans mon ainé, troisième dans l’ordre de succession au trône. Paradoxalement notre mariage demeure assez uni, mais sera brutalement interrompu par l’assassinat de mon époux, alors que je suis enceinte de celui que l’on appellera « l’enfant du miracle ». Dix ans plus tard, mon royal beau-père est chassé du pouvoir et s’exile en Angleterre. Mais je ne peux me résoudre à cet échec et tente, avec toute mon énergie et ma folle jeunesse, de soulever les vendéens en faveur de mon fils. Mais la Vendée avait déjà tellement donné, mes tentatives de soulèvement sont un échec. Tous me conseillent de fuir le pays, mais une princesse ne fuit pas. Après une cavale rocambolesque qui démontre mon courage et mon entêtement, je suis finalement arrêtée et soumise à une détention des plus surveillées. Lorsque je me retrouve enceinte au cœur de ma prison, je ne suis plus une menace pour le régime, qui me permet de retrouver mon second mari en Italie, avec qui je passerai des jours heureux avant de m’éteindre à plus de 70 ans entourée de mes enfants.


* Diplômée infirmière à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, je suis volontaire pour l’Indochine où les forces françaises sont aux prises avec le Viet Minh. A partir de 1954 je participe aux évacuations des blessés d’une bataille qui fait l’honneur de l’armée, avant que la piste d’atterrissage ne soit rendue inutilisable par l’ennemi. Seule femme occidentale présente au milieu du camp, je fais de mon mieux, pour encourager et secourir les forces démoralisées face aux nombreuses pertes humaines. Lorsque la guerre se termine, je suis évacuée contre mon gré et rentre en France, célèbre mais à jamais transformée.


* Fille de paysans, ma famille est décimée lors de la Terreur. Alors je prends un habit d’homme, me procure un fusil, et m’engage aux côtés des « brigands » dans les guerres de Vendée. Aux côtés de Lescure, je participe à toutes les grandes batailles, combattant à cheval comme à pied, au corps à corps ou à l’arme blanche. Après la virée de Galerne, je fais partie des derniers vendéens à garder les armes et à résister à l’occupation républicaine. Après la signature de la paix en 1795, je suis maintes fois arrêtée et échappée, ma tête est mise à prix. Finalement arrêtée en 1809, je tombe dans l’oubli lorsque la chute de Napoléon permet ma libération.


* Fille d’artisans, couturière à Lyon et seulement âgée de 17 ans, je participe activement à la révolte de cette ville contre les abus du gouvernement révolutionnaire en 1793. Inspiration pour tous les révoltés, je suis arrêtée à la chute de la ville. Malgré ma jeunesse, je ne crains pas de défier mes juges lors de mon procès. "Comment as-tu pu braver le feu et tirer le canon contre ta patrie ? – C’était, au contraire pour la défendre et la sauver de l’oppression !" Malgré la sympathie d’une grande partie des juges, je monte sur l’échafaud, le soir de Noël 1793, vaillante jusqu’au bout, et crie à la foule « vive le roi ! ».



Pourquoi chercher ces femmes? Autres temps, autres mœurs, leurs combats ne sont pas les nôtres. Chacune vivait dans une époque avec des limites propres à leur sexe. Et pourtant, à un moment donné, elles n'ont pas eu peur de lever la tête. De dire "non" face à ce qui leur paraissait abusif. Chaque époque est si différente... Mais nous avons toutes en nous ce petit grain de folie, cette soif de justice et cette inclinaison au Bien qui font de nous une amazone en puissance, du plus petit combat à la plus grande cathédrale, une guerrière bien différente de tout ce qu'un homme peut apporter, justement parce que nous sommes femmes.



Réponses :

- Jehanne d’Arc (1412-1431). A lire : pour changer des historiens classiques, je vous recommande vivement deux petits bijoux : la pièce de théâtre L’Alouette, de Jean Anouilh, jouée en 1953, et un ouvrage de 1896, Le roman de Jehanne d’Arc par Marc Twain, ni français, ni catholique, ni historien, mais qui a produit là l’un des plus beaux hommages au courage français et aux miracles de l’Histoire.

- Anne Marie d’Orléans, dite « La Grande Mademoiselle » (1627-1693). À lire : Simone Bertière, Les Femmes du Roi Soleil, Editions de Fallois, Paris, 1998.

- Jeanne « Hachette » Laisné (1454- ???)

- Suzanne Poictevin de la Rochette (1780-1795)

- Marie Caroline de Bourbon Siciles, duchesse de Berry (1798-1870).

- Geneviève de Galard Terraube (1925-2011). A lire : Geneviève de Galard, Béatrice Bazil, Une femme à Dien Bien Phu, Editions des Arènes, Paris, 2003.

- Renée Bordereau, dite « l’Angevin » (1770-1822).

- Marie Adrian (1776-1793).


Source : Edouard de la Barre, Histoire militaire des femmes, 1873. (Accessible gratuitement en ligne sur Gallica.fr).

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