Un nombre d'enfants idéal ?

« Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent » Rm 12,15

« Un deuxième ? Déjà ? Moi je trouve ça trop rapproché ! C’était prévu ? » Parfois, ce ne sont pas les paroles qui blessent, mais simplement une moue incontrôlée, qui rappelle étrangement celle de l’enfant dont le palais inexpérimenté ne parvient pas à dissimuler le dégout de ses papilles pour l’amertume des endives.


Si ce ne sont ni les paroles ni un visage trop expressif qui ternissent un instant la joie de l’annonce, il arrive que l’absence de réjouissance de la part de l’entourage puisse aussi peiner ceux qui avaient patienté avant de partager – enfin ! – l’heureuse nouvelle.

Heureuse pour les parents. Incomprise parfois de l’entourage plus ou moins proche. Que ce soit le premier arrivé bien vite après la noce, le deuxième arrivé trop tôt après le premier, le cinquième ou le neuvième, il y aura toujours quelqu’un pour commenter, en face ou dans le dos, la venue de ce nouvel enfant sans toujours prendre le temps, c’est vrai, de féliciter les parents. On dit qu’ils auraient pu attendre, ou qu’au contraire qu'ils ne devraient pas tarder. On exprime que ce n’est pas raisonnable, ou l’on reproche aux autres d’être trop carriéristes. S’il nous vient à l’esprit que juger les autres ne nous élève pas, nous arrêtons de les critiquer pour simplement les plaindre. « Les pauvres... » Et parfois on se permet même de donner des conseils sur les différentes méthodes de régulation des naissances sans même prendre le temps de comprendre qu’une famille nombreuse peut être une joie pour des couples.


De même, nombre de couples en espérance d’enfants se voient régulièrement assommés de conseils ou de commentaires de la part de personnes dont l’attention aux autres ne mesure pas toujours ce qu’est de rester à sa juste place. Certes, nous avons peut-être entendu que sainte Colette est connue pour son intercession en la matière, mais nous ne sommes pas obligés d’ajouter une énième recommandation à ceux qui en reçoivent déjà bien plus qu’ils n’en demandent.


Je ne crois pas inventer ni même exagérer. Ceci dit, cette question des bavardages concerne peut-être davantage les femmes que les hommes. D’abord parce que nous en sommes souvent les auteurs. Oui, refaire le monde peut être une activité à part entière pour nous. Ensuite parce qu’il nous est plus difficile de passer inaperçues quand notre ventre s’arrondit alors que nous tenons déjà une poussette, et que deux bouts de choux s’y agrippent de part et d’autre. L’expérience montre que les remarques qu’une maman peut récolter de la part d’inconnus sont nombreuses, tandis que le papa peut toujours passer incognito en prétextant, devant la caissière, que la montagne de litres de lait suffira tout juste à remplir la baignoire pour son prochain bain.


« C’est curieux, chez les [femmes], ce besoin de faire des phrases », aurait pu dire Michel Audiard. Essayons de comprendre.


Bien souvent, nos commentaires se fondent sur notre histoire personnelle que nous plaquons sur les autres. Ainsi, il est difficile d’imaginer ce que nous ne connaissons pas. C’est sans doute pour cela qu’en matière de projet de vie, beaucoup envisagent un nombre d’enfants qui se rapproche de celui connu au sein de leur fratrie. Bien sûr il y a des exceptions qui émanent parfois de la connaissance d’une autre famille que nous admirons, ou d’un vécu malheureux au sein de notre propre famille qui nous éloigne au contraire de ce que nous avons pu vivre. Notre vie est faite d’exemples ou de contre-exemples qui nous rassurent ou nous déstabilisent, et d’autres ont pu vivre des expériences différentes qui les invitent à concevoir différemment leur projet de vie.


Nos bavardages peuvent également naître de la jalousie. Nous critiquons pour ne pas reconnaître qu’au fond, nous envions. Toute critique dit quelque chose de bien plus profond au sujet de celui qui la formule. Nous jugeons les autres au regard de nos propres blessures. Regarder ces dernières de plus près, les accueillir et les panser, peut nous aider à poser un regard plus aimant sur les autres. La comparaison est un poison dont le meilleur antidote est l’action de grâce devant le bonheur des autres.


Quant aux conseils que nous pouvons dispenser, gardons-les précieusement pour ceux qui nous en demandent. Ils seront sans aucun doute mieux accueillis. Et si cette demande ne vient pas, c’est sans doute que d’autres sont bien mieux placés pour dispenser des conseils en la matière, auquel cas nous avons d’autant mieux fait de nous taire.


« Une âme qui se maîtrise est un trésor sans prix. »

Ben Sira le Sage 26,15


Quoiqu’il en soit, le nombre d’enfants et la cadence de leur arrivée sont une question éminemment personnelle qui ne devrait faire l’objet d’aucun commentaire. Au contraire, en la matière, la plus grande délicatesse et la plus grande bienveillance sont de mise.


Le don de la vie est un mystère qui nous dépasse infiniment. Ne réduisons pas ce mystère au peu que nous pouvons en percevoir, car si nos réactions peuvent parfois offenser les couples, combien plus peuvent-elles blesser le cœur de Dieu au sein duquel sont inscrits depuis toute éternité les noms de ses enfants bien-aimés.


Nous ne sommes pas maîtres du premier mouvement de notre âme, en revanche nous sommes libres de choisir ce que nous en faisons. Au lieu de l’incompréhension, nous pouvons laisser la surprise faire place à la joie, l’étonnement faire place à la confiance, et ainsi renouveler notre foi en Dieu qui donne ses grâces à chacun selon ses besoins.


S’il nous est difficile de choisir la joie, demandons l’aide de la Vierge Marie pour que nous soyions animés de la même confiance en Dieu que celle qui a été la sienne. Quand l’ange lui annonce que sa cousine Elisabeth a conçu un fils dans sa vieillesse, la réaction de Marie n’est pas de relever qu’une grossesse si tardive peut être dangereuse. Marie accueille cette nouvelle comme un don de Dieu et loin de s’y opposer, elle part en hâte visiter Elisabeth et de son cœur jaillit le Magnificat !

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