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Se préparer à la Rencontre

Au soir de sa vie, une vieille dame cuve son existence toute dévouée à ses proches. Sa mère, d’abord, qu’elle a veillée jusqu’à ses derniers jours. Sa nièce, gravement malade, dont elle a pris soin. Ses petits-neveux, délaissés par leurs parents, qu’elle a recueillis et élevés. Une belle vie en somme !

Et pourtant, son cœur n’est pas en repos. Elle songe à toutes les injustices qu’elle a subies, ces accomplissements jamais réalisés, ces choix forcés, ces sacrifices inutiles… Sa carrière de pianiste avortée, elle dont la sensibilité exacerbée court sur le clavier le long de ses doigts nerveux. Les amis qui s’éloignent. Sa famille si décevante, après tout ce qu’elle a fait pour eux !

Elle n’est pas prête. Elle veut vivre encore, encore, profiter, découvrir, savourer ! Dieu, elle ne veut pas en entendre parler. Les anges, c’est bien pour les petits. Enfant, elle a longtemps cru que le petit Jésus venait lui apporter ses joujoux à Noël, et son esprit poétique se complaisait dans ces récits nuageux. Dans le fond, elle aimerait bien redevenir la petite fille qui accompagnait ses parents à la messe, si fière de ses jolis souliers vernis et de son beau béret rouge, et qui croyait si facilement aux choses du Ciel…


Je me suis longtemps demandé pourquoi la fête du Christ-Roi, avec le dur évangile du Jugement Dernier, était suivie de la si douce période de l’Avent. La vieille dame, dans sa souffrance et son déni à l’approche de la mort, me le fait comprendre. La peur de la mort est bien naturelle, et toute la liturgie s’attache à nous réconforter, car nous ne sommes pas seuls. Saint Paul nous l’assure : “C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. Car Dieu est fidèle”. En fait, si Jésus nous exhorte à veiller, c’est pour que nous ne nous perdions pas, car nous ne sommes en paix qu’auprès de Lui. Tout ce qui nous est demandé, c'est d'aimer et surtout se laisser aimer.


Que j’aimerais que le souvenir des heureux Noëls de son enfance rappelle à la vieille dame la présence si aimante de son Dieu ! Si seulement elle pouvait le laisser bercer ses désillusions, panser ses blessures, embrasser sa tristesse... Alors, au soir de sa vie, elle pourra dire avec le prophète : “Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi, en suivant tes chemins [...] Maintenant, Seigneur, c'est toi notre Père”.


Les citations sont issues des textes du premier dimanche de l'Avent (année B).


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