Saint Bernard et la Vierge Marie

Nous fêtons bientôt saint Bernard, mort le 20 août 1153 en son abbaye de Clairvaux. Héraut de la chrétienté, réformateur de l’ordre bénédictin, il conseilla les princes et prêcha une croisade. Mais il fut aussi un fervent disciple de la Vierge Marie, et l’auteur de pages magnifiques à son propos.


Portrait de Bernard de Clairvaux dans une lettrine ornant un manuscrit de la Légende Dorée (vers 1267-1276).

Par Claude PIARD — Travail personnel, CC BY-SA 4.0


Marie comme exemple de vie


Saint Bernard est avant tout un moine, observateur de la règle de saint Benoît, écrite au VIe siècle mais d'une étonnante actualité. Elle régit encore aujourd'hui la vie de plus de 24 000 moines et moniales à travers le monde (cisterciens et bénédictins), c'est dire la postérité qu'elle a eue à travers les siècles ! Or, celle-ci commence par ces mots :


« Écoute, mon fils, les préceptes du maître et tends l’oreille de ton cœur. »[1]


Le moine est appelé à lire et méditer l’Ecriture par l’exercice quotidien de la Lectio Divina, la lecture divine de la Parole de Dieu, qui entraîne le cœur et l'esprit à la disponibilité totale au message du Salut. Comment ne pas faire le parallèle[2] avec l’attitude de la Vierge Marie, elle qui toute sa vie se mit à la disposition du Seigneur par son "Oui" de l’Annonciation ?


« Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1,18).


Ainsi la douce présence de la Vierge Marie, cœur tout disposé à l’écoute, accompagne la vie spirituelle de saint Bernard et de ses frères. C'est elle qui leur montre le chemin de l’abandon à la volonté divine, comme lors de l'épisode des noces de Cana :


« Tout ce qu’il vous dira, faites-le ! » (Jn 2,5).


Une statue de la Vierge dans le jardin de l'abbaye de Cîteaux (Côte-d’Or).

Par Arnaud 25 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0


Pourquoi prier Marie


Auteur de nombreux sermons sur la Vierge Marie, saint Bernard encourage les chrétiens à la prier sans honte ni crainte. Les plus pécheurs d’entre eux trouveront toujours le réconfort auprès d’elle :


« Pourquoi l’humaine faiblesse craindrait-elle d’approcher Marie ? Il n’y a en elle rien de dur ou d’effrayant ; toute douceur, elle offre à tous le lait et la laine. Repassez dans votre mémoire tout le cours de l’histoire évangélique ; si vous trouvez en Marie le moindre signe d’acrimonie, de dureté ou de colère, vous pourrez vous défier d’elle et redouter son approche. Si au contraire – et c’est ce qui ne peut manquer de se produire – vous ne voyez dans tout ce qu’elle fait que bonté et grâce, douceur et compassion, remerciez la Providence de vous avoir donné, dans sa pitié infinie une médiatrice de qui vous n’avez rien à craindre. (…) Le captif trouvera en son sein sa délivrance, le malade sa guérison, l’affligé sa consolation, le pécheur son pardon. »[3]


Marie est la mère de l’humanité, aucun de ses enfants ne peut la rebuter. Elle présentera leur prière à son Fils Jésus, dans cette merveilleuse médiation qui est son apanage.


Cloître de l’abbaye de Fontfroide (Aude). Jambon, christ Martin, Public domain, via Wikimedia Commons


Dans les épreuves, regarde l’Étoile !


En bon père abbé, saint Bernard ne se contente pas de prodiguer des conseils théoriques : il aide ses frères à grandir dans la foi, en fournissant des outils concrets. Il a en particulier écrit de magnifiques prières mariales. Si vous manquez de mots pour appeler la Vierge Marie, ceux de saint Bernard vous seront d’un grand secours. Vous avez peut-être déjà entendu le chant "Regarde l’Étoile"[4], dont les paroles sont directement inspirées d’une très belle homélie de saint Bernard : lisez-la, et vous serez convaincu que Marie est vraiment le remède à tous nos maux !


« Ô vous qui flottez sur les eaux agitées de la vaste mer, et qui allez à la dérive plutôt que vous n’avancez au milieu des orages et des tempêtes, regardez cette étoile, fixez vos yeux sur elle, et vous ne serez pas engloutis par les flots. Quand les fureurs de la tentation se déchaîneront contre vous, quand vous serez assaillis par les tribulations et poussés vers les écueils, regardez Marie, invoquez Marie. Quand vous gémirez dans la tourmente de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, et de l’envie, levez les yeux vers l’étoile, invoquez Marie. Si la colère ou l’avarice, si les tentations de la chair assaillent votre esquif, regardez Marie. Si, accablé par l’énormité de vos crimes, confus des plaies hideuses de votre cœur, épouvanté par la crainte des jugements de Dieu, vous vous sentez entraîné dans le gouffre de la tristesse et sur le bord de l’abîme du désespoir, un cri à Marie, un regard à Marie. Dans les périls, dans les angoisses, dans les perplexités, invoquez Marie, pensez à Marie. Que ce doux nom ne soit jamais loin de votre bouche, jamais loin de votre cœur ; mais pour obtenir une part à la grâce qu’il renferme, n’oubliez pas les exemples qu’il vous rappelle. En suivant Marie, on ne s’égare pas, en priant Marie, on ne craint pas le désespoir, en pensant à Marie, on ne se trompe pas ; si elle vous tient par la main, vous ne tomberez pas, si elle vous protège, vous n’aurez rien à craindre, si elle vous conduit, vous ne connaîtrez pas la fatigue, et si elle vous est favorable, vous êtes sûr d’arriver. »[5]


On le voit, Marie guide ceux qui crient vers elle, en particulier dans les pires situations de détresse possibles. Son cœur de mère ne reste pas indifférent à la souffrance de ses enfants qui lèvent les yeux vers elle. Regardez la douceur de ce texte : nul besoin de grandes actions pour l’attendrir, un regard, une pensée suffisent à libérer la Grâce. Marie est attentive au moindre signe de notre part.


La belle Vierge de l’abbaye de Fontenay (Côte-d’Or).

Myrabella / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0


Tous les soirs, se confier à Marie


N'attendons pas d’être dans une situation de détresse extrême pour invoquer Marie, bien au contraire ! C'est un réflexe quotidien, comme une respiration spirituelle. Ainsi, la journée monastique s’achève par la prière des Complies, avant le grand silence de la nuit. Saint Bernard a choisi de clore cet office paisible par la prière du Salve Regina, selon une tradition inchangée depuis le XIIe siècle : les moines, réunis autour de la statue de Marie, chantent leur Mère du Ciel et se confient à elle.


« Ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur, notre espérance ! [...] Montre-nous Jésus, le fruit béni de tes entrailles. »

(Texte du Salve Regina)


Si vous avez déjà assisté à des Complies dans une abbaye cistercienne, c’est un moment vraiment touchant. On dirait vraiment des fils auprès de leur Mère bien-aimée. La statue de Marie, parfois appelée « Vierge du Salve »[6], est souvent ancienne et d’une grande beauté. Parfois couronnée, elle porte Jésus qui tient le globe symbolisant le monde. Ces représentations de la Mère de l’Église, parfois âgées de plusieurs centaines d’années, ne sont pas usées par toutes les prières déposées à leurs pieds… au contraire, elles sont toujours présentes pour nous accueillir ! N'oublions pas de nous confier à Marie avant d'aller dormir, par une prière humble, car c'est elle qui nous montre Jésus, notre Sauveur.


Le Salve Regina monastique (différent du ton simple plus connu). Par Veritatis12 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0,


Dans vos pérégrinations estivales, vous aurez peut-être eu la chance de passer non loin d’une abbaye cistercienne - certaines d'entre elles, plus ou moins connues, illustrent en image cet article. C'est l'occasion de prendre le temps de s'arrêter, de goûter la paix qui y règne et de déposer son fardeau aux pieds de la Vierge si aimante !


L’abbaye de Sénanque (Vaucluse) dans son écrin de lavande.

Par EmDee — Travail personnel, CC BY-SA 3.0


 

[1] Traduction : moines de Solesmes. [2] Catéchèse de Père Albéric, moine bénédictin : la dévotion mariale chez les Saints. [3] Les douze prérogatives de la Vierge Marie, saint Bernard. [4] Regarde l’Étoile, communauté de l’Emmanuel, pour écouter. [5] Saint Bernard, Homélies sur les gloires de la Vierge Mère, texte complet ici. [6] Les Vierges du « Salve » dans les abbayes cisterciennes vivantes de France, Chantal Fouché-Husson, 2012.