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Quand l’infidélité ne se vit pas seulement sur l’oreiller


Quelques pistes pour l’examen de conscience des époux


Avant toute chose, je tiens à préciser que j'ai écrit ces lignes sans aucune légitimité particulière. Je ne suis pas théologienne, encore moins prêtre et donc je ne sais pas à quoi ressemblent les confessions des personnes mariées, si ce n'est les miennes. Cependant, j'ai été interpellée par un ouvrage de feu le père Alphonse d'Heilly, Aimer en actes et en vérité, dans lequel il précise l'importance pour une personne mariée de ne plus se confesser comme une personne célibataire. C'est la réflexion que cette lecture a fait surgir en moi que je voudrais vous partager. Comme je m'inquiète parfois de ce que les lecteurs vont penser (regard des autres, quand tu nous tiens...), j'ai demandé au Seigneur, devant le très saint Sacrement, si ce n’était pas un peu présomptueux de ma part de vouloir écrire un billet sur les infidélités conjugales. Vu ce qui m'est revenu dans le cœur - une multitude d'infidélités que j'ai pu commettre - je crois bien qu'on pourrait dire que j'ai écrit ces lignes non en tant que théologienne, mais en tant que spécialiste.


Dans son ouvrage, le père Alphonse d'Heilly affirme qu'"il s'agit de révéler au chrétien marié que, dans le même acte, il construit l'amour de Dieu et l'amour du conjoint ; et cela dans le même acte, indépendamment de ce qu'il peut ressentir". Ainsi, à chaque fois que je ne suis pas fidèle à l'amour que j'ai promis à mon conjoint, je manque d'amour envers le Seigneur. Aussi ai-je voulu interroger ce qu'était que la fidélité conjugale, et par effet de miroir, l'infidélité.


Un petit avertissement, néanmoins, si vous décidez de poursuivre la lecture. Il est vivement recommandé de prendre un temps de prière en amont, sans quoi vous risquez de lire les lignes qui vont suivre en pensant un peu trop aux infidélités de votre conjoint à votre égard. Oui, c’est un coup classique. Que chacun, donc, examine son for intérieur avec le secours de l’Esprit Saint, avant de transférer l’article à son conjoint.


« Je promets de t'aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie »


Quelle est cette fidélité promise devant Dieu lors du sacrement de mariage ? Bien sûr, elle recouvre la dimension que nous connaissons tous, celle de choisir un unique époux, une unique épouse et de l’aimer exclusivement, parmi tous les hommes de la terre ou toutes les femmes du monde. Exclusivement. Autrement dit, je te le promets, je n’irai pas voir ailleurs. Non, je ne me donnerai pas à quelqu’un d’autre que toi. Cette promesse, qui n’est déliée que par la mort de l’un des époux, est colossale ! Beaucoup pensent qu’elle est même impossible à tenir, au point de préférer le concubinage, et le PACS, à durée limitée, ou d’y renoncer dès maintenant en choisissant le libertinage : je ne choisis personne, je me prête à tout le monde.



Pour les chrétiens, cette promesse est d’autant plus grande que commettre un adultère recouvre un spectre plus large que celui de s’unir physiquement avec un amant ou une maîtresse. Ainsi, dans son discours sur la montagne, Jésus enseigne aux foules, et donc à nous-mêmes, ceci :


« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Et bien, moi, je vous dis :

tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. »

Mt 5, 27-28


Encore une fois, le Seigneur nous montre combien corps et cœur sont liés, et qu’il est important de regarder au fond de nous-mêmes ce qui se cache. La fidélité conjugale engage non seulement le corps, mais aussi le cœur. Elle est grande et exigeante. Elle élève l’âme mais peut aussi en révéler les petitesses et les tourments. Profitons donc de ce temps de désert qu’est le carême pour demander à Dieu de faire la lumière : sommes-nous fidèles à notre époux ou épouse ? Sommes-nous fidèles à la promesse que nous avons prise devant Dieu et avec Lui ? Le Seigneur, Lui, est fidèle ; mettons-nous en sa présence pour qu'Il nous aide à poser son regard sur toutes les pensées, actions, intentions qui répondent à cette promesse de fidélité et pour discerner également nos manquements :


« Oui, j’ai vraiment péché, en pensée, en paroles, par action et par omission. »


Quand ai-je manqué de fidélité à mon époux, à mon épouse, en pensée ?

Il peut y avoir un désir entretenu pour un autre homme ou une autre femme. Or Jésus est très clair : convoiter un homme qui n’est pas le sien, une femme qui n’est pas la sienne, c’est commettre un adultère.



Il y a également toutes les pensées et images qui peuvent jaillirent en moi (ce qui n'est pas un péché) et auxquelles je ne coupe pas cours (ce qui est un péché car j'engage ma liberté). Aujourd’hui, les publicités, les tenues vestimentaires – et encore, vive l’hiver ! disent certains – peuvent s’avérer bien éprouvantes. Sans n’avoir rien demandé à personne, voilà qu’une femme en bikini s’invite en tout petit dans le coin du smartphone pour faire part de la dernière démarque. Quelle est ma réaction face à cela ?


En outre, l'amour est généreux, il ne tolère aucun calcul. Examinons désormais les pensées que nous entretenons à l’égard de notre conjoint : sont-elles lumineuses, ou sont-elles noires ? La comparaison par exemple tue l’amour que nous pouvons nous donner l’un à l’autre. Ai-je des pensées qui commencent par « c’est toujours moi qui… », « il/elle pourrait quand même… » ? L’absence de demandes explicites nous enferme dans des pensées mortifères. Pour être fidèle, je dois être en vérité avec l’autre et exprimer les choses clairement. La fidélité doit se fonder sur la vérité. Elle s'exprime aussi par un cœur capable de voir les trésors que Dieu a placés en mon conjoint. Ai-je de la gratitude à l’égard de mon mari ou de ma femme ? Suis-je capable de recevoir mon conjoint du Père, d'exprimer à mon conjoint que je l'aime avec tout ce qu'il est ?


Enfin, il y a l’absence de pensées pour l’être choisi : parfois l’esprit est trop occupé, préoccupé, et mille et une chose peuvent nous accaparer, au point alors d’en oublier que nous sommes mariés et qu’il est une personne à qui nous devons tous les jours prêter une attention particulière. Par exemple, une mère de famille peut rapidement être débordée par les enfants… n’oublie-t-elle pas alors d’être épouse ? Quant au travail, qui peut être parfois tellement stressant ou prenant, ne nous fait-il pas oublier l’être à qui nous avons promis fidélité ?


Bon, le but n’est bien sûr pas de dresser une liste exhaustive ni encore moins de donner de mauvaises idées. Il est tellement facile de tomber, en pensées.



Quand n’ai-je pas été fidèle à mon mari, à ma femme, en paroles ?

Encore une fois, je ne parlerai pas ici de l’adultère au sens littéral, qui peut joindre aux gestes des paroles réservées à l’époux.


Malheureusement, il est aussi des manières plus subtiles de faillir à la fidélité promise. Par exemple, toutes les fois où je contredis mon conjoint devant les enfants, où je l’empêche d’exercer ainsi son rôle d’éducateur. Ou encore lorsque je contredis mon conjoint en public, ce qui peut être véritablement humiliant. Peut-être avais-je raison, là n’est pas la question, on peut dire vrai et avoir tort sur le moment choisi pour le dire.

On peut également se tromper gravement – et par là-même tromper l’autre – en partageant sous le coup d’une confidence à un ou une ami, des choses vécues ou dites qui relèvent de l’intimité du couple. Ai-je gardé précieusement pour moi ce que mon épouse ou mon époux m’a confié ?


Enfin, la parole peut édifier, mais elle peut également rabaisser. Il est des paroles assassines. En ai-je eu à l’égard de mon conjoint ? Mes paroles l’enferment-il ? Suis-je toujours à vouloir le conseiller, soi-disant le protéger ? N’est-ce pas plutôt que je souhaite tout contrôler, au point parfois d’empêcher que des graines semées par le Seigneur ne puissent germer ? Il est par exemple des attitudes et paroles féminines qui, parfois, sous couvert de serviabilité ou de bienveillance peuvent être véritablement castratrices. Et inversement.



Quand ai-je trahi la fidélité promise à mon conjoint par action ?

Ici encore, il y a bien sûr l’adultère, auquel on peut également joindre tous les actes qui vont clairement à l’encontre de l’union des époux. Citons notamment les images ou films pornographiques, qui agissent sur le cerveau et dans le cœur et déforment l’amour que les conjoints se portent l’un à l’autre, ou encore des pratiques de masturbation solitaire, également sources de souffrance pour l’être (mal) aimé et pour la personne qui s’y adonne.


Il est également des actes qui peuvent sembler de prime abord plus anodins. Même si l’acte en lui-même n'est pas mauvais, le temps que nous lui consacrons peut être démesuré. Suis-je esclave de mon téléphone, des écrans, des réseaux sociaux, des actualités ? Sérieusement, comptons le nombre d’heures perdues. Demandons à notre conjoint de nous faire remarquer quand nous sommes sur un écran alors qu’il est dans la même pièce. Cela peut surprendre, mais ces outils parfois bien utiles nous coupent souvent de nos relations les plus précieuses.


Suis-je addicte à une activité, au point de ne pouvoir une fois y renoncer alors que mon conjoint a besoin de moi ? Y suis-je attaché au point de la faire passer avant le temps que je consacre à Dieu ou à ma famille ? Le sport, la chasse, le bricolage, la couture, le ménage (et oui ! cela peut aussi être une addiction !)... voici quelques exemples d’activités auxquelles nous pouvons donner une place démesurée.


Quand ai-je été infidèle par omission ?

« Je promets t’aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie »


Aimer en acte et en vérité, voilà ce à quoi les époux sont appelés. En actes. Peut-être est-ce l’occasion de nous demander quelles sont les occasions manquées. Toutes ces fois où l’Esprit Saint, source de tout amour, me souffle à l’oreille que je pourrais proposer de l’aide, partager un peu plus de mon temps, encourager, dire une parole valorisante, offrir de la tendresse, avoir une attention particulière pour cet être que j’ai choisi entre tous… et toutes ces fois où je ne l’écoute pas. Par flemme. Par confort personnel. Par orgueil. Bref, par manque d’amour. Par exemple, si je me néglige en ne prenant plus le temps de prendre soin de moi, non seulement je manque d'amour envers moi-même, mais je manque d'amour envers mon conjoint. Quelles sont ces occasions manquées d’aimer l’autre ? Ces occasions manquées de participer à l’œuvre de Dieu ? Il peut s’agir d’absence de paroles, de pensées, d’actions : elle est là l’omission. Je n’ai pas répondu à l’appel du Seigneur dans le fond de mon cœur pour grandir dans l’unité en respectant l’altérité.


Et puisque le sens premier de l'adultère fait référence au don des corps, il est bon aussi de nous demander comment nous vivons nos unions conjugales. Dans ce domaine, en effet, il n'est pas question que d'actions, de paroles ou de pensées, il est aussi question d'omissions : par exemple, je peux vivre une union conjugale sans me donner pleinement à l'autre, soit parce que je suis à d'autres pensées, soit parce que je permets à l'autre de prendre son plaisir sans lui donner la joie de m'en donner. Est-ce que je me donne pleinement, entièrement, ou est-ce que je prête mon corps ? Suis-je en vérité avec l'autre ?



Renouveler la manière de se confesser

Hommes et femmes mariés, nous sommes appelés à revisiter notre manière de nous confesser, comme nous y invite le père Alphonse d’Heilly, dans Aimer en actes et en vérité. En plus de recommander la lecture de son ouvrage, permettez-moi de conclure ces lignes en le citant :


« Quand je découvre les besoins de mon conjoint, c’est Dieu qui m’appelle.

Quand je construis l’amour de mon conjoint, je fais ce à quoi Dieu m’appelle et je construis l’amour de Dieu en moi.

Quand je fais un pas vers mon conjoint, je fais un pas vers Dieu.

Quand je m’éloigne de mon conjoint, je m’éloigne de Dieu.

Si j’ai bien compris qu’à travers mon conjoint, c’est Dieu qui m’appelle, c’est Dieu qui est présent.


Nous résumerons cela avec les nuances voulues :

Consentir à l’autre, c’est consentir à Dieu.

Refuser l’autre, c’est refuser Dieu. »


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En tant qu'engagée sur un chemin devant mener à terme à la consécration religieuse, je retrouve certains échos dans ce post, bien qu'ayant choisi le célibat pour le royaume. Je pense que l'on peut aussi être concerné quand on promet de s'engager dans une exclusivité d'amour pour Dieu : en effet, les tentations ne manquent pas, et les chutes également, malheureusement... Merci pour ces mots éclairants qui amènent à la conversion, paradoxalement sources de consolation - car nous sommes tous faibles, consacrés à notre époux/épouse ou à Dieu, et par conséquent, tous en communion sur le chemin de sainteté, ce qui nous rend plus forts par la grâce de Dieu... Je vous souhaite une très bonne fin de Carême, dans…

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