Lettre à mon bébé

Merveille que je suis


Mon bébé,


Ces mots, je les écris avec mon coeur de mère. Me voici, parcourant les derniers kilomètres de ma grossesse, les derniers mètres même, qui me séparent de toi dans mes bras. Bientôt, ça n'a jamais été aussi imminent, je vais te rencontrer. Quel paradoxe: tu es en moi depuis neuf mois, et pourtant, j'ignore tout de toi. Je m'apprête à gravir mon sommet, à courir mon marathon préparé avec énergie pendant plus de quarante semaines.


Je suis passée par tous les états. Ces neuf mois m'ont vue me transformer intérieurement, parallèlement aux transformations de mon corps, que j'ai découvert si puissant, si généreux. Aujourd'hui, je ne suis plus la même qu'il y a neuf mois.


Je te vois partout mon enfant. Tu es tellement là, présent dans ma vie ! Je n'attends plus que toi, et je dois dire que tout le reste m'est égal. Je n'ai plus envie de faire grand chose, je dors mal, et je ne parviens pas à rester patiente avec ton grand frère. Je m'en veux beaucoup, tu sais. Il est le premier bébé que j'ai porté, celui qui a tracé et ouvert la route. Vous aurez partagé le même nid. Pourtant, j'ignorais à quel point je pouvais en avoir assez. Alors, quand il arrive un conflit, je pleure. Je me sens nulle et faible. Petite et si imparfaite.


Je croyais que devenir mère me donnerait de l'assurance, un certain orgueil même. J'ai eu tout faux, et je bénis le ciel chaque jour. Plus les heures passent, plus je vois ma faiblesse, plus je sens que Dieu me demande de l'embrasser.


Dans les psaumes, on trouve de nombreuses références à la maternité. L'âme est comparée à un petit enfant contre sa mère. On apprend que Dieu nous connaît depuis que nous sommes dans le ventre de celle-ci, même avant. C'est Lui qui nous a créés. Figure-toi mon bébé qu'en te portant, je me rends compte que je suis, moi aussi, spirituellement, comme un petit enfant contre sa mère. Mes chutes quotidiennes sont adoucies par l'idée que Dieu m'a créée, unique et merveilleuse, et qu'Il m'aime infiniment.

"Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je suis,

étonnantes son tes oeuvres, toute mon âme le sait !"

(Psaume 138, 14).


Tu vois mon bébé, on n'a jamais fini de grandir. Devenir mère ou père nous ramène à notre condition de pécheur... Quelle beauté ! Oh, je me sens pourtant prête. Prête à t'accueillir. J'ai nidifié. Nettoyé. Préparé. Anticipé. Je veille au confort des miens en espérant, chaque matin, que tu seras là le soir venu. Mais je ne sais pas. Heureusement d'ailleurs...


Un dépouillement spirituel


Comme je te le disais, mon tout petit, ces dernières semaines m'ont vue passer par tous les états: anxiété, joie, excitation, peur, stress, déprime...


Il y a eu ces moments d'angoisse: je vais accoucher. Je ne connais ni le jour, ni l'heure de ta naissance. Je vais enfanter. Je vais littéralement m'ouvrir pour te laisser passer. Jamais mon corps n'aura été aussi ouvert de ma vie. Je vais avoir mal. J'en aurais des séquelles. Ton père s'émerveillera devant mon corps maternel. Angoisse parce que je vais être séparée de toi, après ces mois de gestation en fusion totale. Angoisse de dépasser mes limites.

Puis je me suis souvenue: le Christ, aussi, à Gethsémani, a angoissé. Dans sa détresse, il a murmuré ces mots que j'ai fait miens à ce moment-là:

"Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe !

Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne."

(Luc 22, 41-42)


Il y a eu ces quelques jours ou je n'en pouvais plus. Ton frère se réveillait la nuit. Je me suis vue dans le miroir. Le visage boursoufflé, les yeux cernés. Les innombrables petits maux accumulés m'ont fait prendre conscience de mon corps. J'ai alors compris que je t'avais tout donné, jusqu'à la beauté de ce corps qui, de moins en moins harmonieux, m'a semblé déformé, lourd et tendu de t'attendre. Ma peau se craquelait sur mon ventre, laissant apparaître, malgré les soins, de petites traces bleutées. Mes jambes, mes bras, mes pieds, mes mains et mon visages avaient enflé, signe de rétention d'eau. Ma gorge me brûlait, comme si de la lave remontait dedans jusqu'à ma bouche. En me voyant, j'ai eu peur. Puis je me suis dit: "Waouh. Il est dingue ce corps." Comment ne pas penser alors à cette parole dite par Jésus, simplement, qui exprimait la souffrance de son pauvre corps abîmé:

"J'ai soif."

(Jean, 19, 28).


Et il y aura, bientôt, mon petit être, ce dernier cri, cet ultime don de moi-même ou dans un souffle, je te laisserai sortir de moi pour que tu naisses à la vie... Dernier cri qui précèdera ton premier cri... Ce sommet, qui verra s'achever notre chemin de fusion, sera le début de ta vie terrestre, et il ne se fera pas sans Dieu qui sera plus que jamais présent, puisque le miracle de la victoire de la vie sur la mort se jouera, une fois de plus, dans cette mise au monde. Là, je ne serais plus moi-même. Redevenue presque animale, j'aurais tout donné, et toi aussi, pour te sortir. Je ne serais plus moi-même mais le canal de vie que tu auras emprunté pour rejoindre ta destinée d'être enfant de Dieu. Même mon âme ne sera plus à moi.

"Père, entre tes mains, je remets mon esprit."

(Luc 23, 46).


Tu peux venir mon enfant. Je sais que ces quelques mois qui nous ont menés, toi et moi, jusqu'ici, n'ont pas été sans difficulté. J'ai pleuré d'être faible, je ne me suis pas toujours sentie à la hauteur, j'ai eu peur de te transmettre mes inquiétudes. J'ai déjà commis des erreurs envers toi et je t'en demande pardon. Mais le plus important, c'est que tu saches que le monde est beau. Tu peux naître. Tu peux sortir pour voir par toi-même. Ce que tu verras te coupera le souffle, et tu auras toute la vie pour le découvrir. Pardonne mes instincts de mère louve, possessive et protectrice: pense que là, dehors, nous t'attendons. Nous espérons ta venue à chaque heure qui passe. Je te promets un grand bonheur. Je te promets tout mon amour. Je n'ai pas manqué à ma promesse jusqu'ici: me feras-tu confiance pour la suite ?


Merci, mon bébé.


Merci mon bébé. Merci car il m'apparaît clairement, le chemin de foi que Dieu veut pour moi. Merci car, dans l'enfantement, je serais, si je me laisse faire, plus proche de Lui que jamais ailleurs dans ma vie. Avec gravité, je réalise ce que tu vas me faire vivre: un passage par la mort pour donner la vie.



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