L’Éveil de Mademoiselle Prim


Ce n’est pas mon livre préféré. Ce n’est pas non plus un livre instructif, intellectuel, tel celui qui nourrirait ma culture personnelle, ou qui m’expliquerait des notions qui me questionnent. Ce n’est pas un livre qui m’a passionnée, par son intrigue, ses personnages plus ou moins attachants, son rythme haletant... Non. L’intrigue est plate, les personnages sont difficiles à cerner, le rythme est très lent. Et pourtant, c’est le livre dont je désire vous parler aujourd’hui !


L’Éveil de Mademoiselle Prim est un livre que j’ai relu la semaine dernière, simplement pour me détendre. Il a été écrit par Natalia Sanmartin Fenollera, Espagnole, mais il ne faut pas y chercher trace de la chaleur ou de la culture andalouses ; l’intrigue n’est pas ancrée dans un paysage géographique précis. Paru en France en 2013, il m’a été conseillé il y a quelques années par un de mes oncles (un lecteur masculin), et offert par une maman d’un de mes élèves, presque au même moment.


J’y entre comme on s’assoit dans le creux douillet d’un canapé affaissé, devant la chaleur et le crépitement d’un feu de cheminée que j’imagine (car j’habite un appartement, dans une région où il fait 16 degrés en plein hiver…), simplement pour me détendre, me laisser envahir par un univers doux et apaisant. Je sors de ma lecture qui s’interrompt au gré des occupations de la maison, j’en sors comme d’un rêve. Les personnages sont étonnants, extravagants dans leur particularité, et on voit Mademoiselle Prim les rencontrer les uns les autres comme elle vivrait des séquences de rêve en plein sommeil. De la bouche des enfants sortent des enseignements profonds ; des esprits scientifiques jaillissent des interrogations, le constat d’une impossible certitude ; des vieilles personnes surgissent des propos qui interpellent. De l’homme du fauteuil, dont on ne connaît pas le nom – est-ce à dire qu’il demeure un mystère, comme chacun d’entre nous le reste pour nos proches et même pour soi-même ? –, naissent des touches de peinture de toutes les couleurs, une soif d’absolu et de retour à l’essentiel, qui rendent le tableau surprenant !


C’est peut-être de cela qu’il s’agit : suivre un personnage qui reçoit des bribes de petites leçons de choses sur la vie, et qui se laisse progressivement surprendre, interroger, interpeller, toucher peut-être. Et qui s’éveille à sa propre vie. Le lecteur qui cherche une intrigue linéaire aboutie ou une équation résolue sera certainement déçu. Mais peut-être se laissera-t-il à son tour surprendre, interroger, interpeller, toucher ! et recevra-t-il quelques perles qui nourriront son existence.


Peut-être ce petit livre qui se lit rapidement est-il un appel à contempler les petites choses de la vie, sans se poser trop de questions, à accueillir les choses comme elles sont, à contempler le réel. Petit cheminement thomiste subtilement mis à portée de nous tous ?


Ce qui fait le bonheur de mademoiselle Prim au début du livre, et ce qui la rend heureuse à quelques pages avant la fin n’est pas du tout la même chose. Alors, que s’est-il passé en elle ? Qu’est-ce que cet éveil dont parle le titre ? Et le mouvement du personnage, qui oscille de manière ininterrompue entre l’ancrage dans le monde et une soif de beauté plus absolue, d’éternité peut-être, ne fait-il pas écho à nos propres aspirations ?


Aujourd’hui où j’écris cet article, il me reste quelques pages à lire. Mais mademoiselle Prim n’a pas encore rencontré un des personnages dont tous les autres ont évoqué l’existence. Alors je retourne à ma lecture, me laisser surprendre par une nouvelle séquence peut-être bizarre !


Bon… J’ai achevé ma lecture, et la quête sous-jacente au cheminement de Prudence Prim s’est poursuivie ! Je ne veux pas tout vous dire… Elle concerne le Tout-Autre et ne peut donc que venir déranger la petite demoiselle d’abord si attachée à ses certitudes ! Quant à moi, au fil de ces dernières pages, je me suis laissée une fois de plus épingler, par les répliques d'une vieille dame !


A côté de ces petites piques succulentes disséminées au fil des pages, je garde en souvenir quelques jolies choses expliquées avec une délicieuse pédagogie. De petits cadeaux prodigués de-ci delà.


Et, avantage supplémentaire, l’essentiel de l’œuvre se situant moins dans l’intrigue que dans les petites perles disséminées, le lecteur peut interrompre sa lecture sans craindre d’oublier des étapes. (Argument utile pour aider celles et ceux d’entre vous qui craignent ne pas avoir le temps de lire !)


Bonne lecture, à celles et ceux qui désireraient ouvrir ces 344 pages ! Le livre est en vente sur les sites de librairies, catholiques ou non, ainsi que sur les sites de revente. Publié dans soixante-dix pays, il a paru en France en 2013 aux éditions Grasset.


Pour la route, quelques lignes !


« Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d’exercer fonction de bibliothécaire. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes s’abstenir.

Mademoiselle Prim, bardée de diplômes et sans expérience d’enfants et de chiens, ne répondait qu’en partie à ce profil… » (Quatrième de couverture)

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