Dieu nous aime, au masculin et au féminin.


Au terme de l’Octave pascale, l’Église célèbre le dimanche de la divine miséricorde, proposant de se laisser envelopper par l’amour sauveur du Christ, au cœur de la joie pascale. Car la miséricorde est un don pascal. Jean-Paul II l’enseigne : « Le Christ de Pâques est l’incarnation définitive de la miséricorde, son signe vivant. » (Lettre encyclique Dives in misericordia, 1980, n°8)


Chaque année, nous sommes invités à approfondir le mystère. Cette année, j’ai prêté une attention particulière à la racine du mot "miséricorde", qui nous dit tant de l’amour de Dieu!



Les livres de l’Ancien Testament emploient essentiellement deux termes hébreux, qui apportent des nuances sémantiques différentes :


  • le terme hesed indique une profonde attitude de bonté. Jean-Paul II explique (Dives in misericordia, 1980, n°4) que ce terme implique la bienveillance de deux personnes l’une envers l’autre, ainsi que la fidélité, en raison d’un engagement intérieur. Dieu, dans sa miséricorde, se montre bienveillant, et fidèle. Ne vient-Il pas sans cesse chercher la brebis perdue ? Proposer son amour, inlassablement ? La miséricorde est un don d’amour qui précède même le pardon. Elle est au cœur même du mystère de la création.

« Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour » (Ep 1, 4)

Jean-Paul II décrit ainsi l’amour de Dieu comme un amour qui donne, un amour plus puissant que la trahison, une grâce plus forte que le péché.


  • le second terme qui définit la miséricorde, dans l’Ancien Testament, est Rah a mim, littéralement « entrailles maternelles ». Quand le terme hesed rappelle la bienveillance, la fidélité, la responsabilité de l’amour – caractères en un certain sens masculins, nous dit Jean-Paul II – , Rah a mim, dans son sens sémantique, dénote l’amour de la mère. Amour entièrement gratuit, qui n’est pas le fruit d’un mérite quelconque, et qui par là est comme une exigence du cœur, une nécessité intérieure. Le lien qui unit la mère et l’enfant entraîne un amour tout spécial. La maman ne donne pas quelque chose, elle se donne. En acceptant d’être mère, la femme se laisse prendre.



Cette année, je suis devenue maman pour la première fois, d’un petit Louis. Et cette référence aux entrailles de la mère me parle ; que peut nous dire de l’amour de Dieu l’expérience de la maternité ? Qu’est-ce qui parle, dans le corps de la femme-mère, dans ses entrailles de maman ?


D’abord me vient à l’esprit que chaque mois, le corps de la mère se prépare, prépare un berceau, un nid douillet pour que l’ovule fécondé vienne s’y ancrer, s’y blottir. Tendresse ineffable du corps même de la future maman, tendresse gratuite, qui se manifeste en chaque femme, quand bien même elle ne reçoit pas la semence de l’homme.


Ensuite, je ne peux que me rappeler les neuf mois de patience de la future maman, en qui un mystère qui la dépasse s’épanouit. Patience, abandon devant ce sur quoi elle n’a pas de prise, contemplation de l’autre qui grandit, du tout autre qui se développe en elle, du tout autre qui grandira dans la liberté propre à chaque personne.


Enfin m’apparaît une expérience propre à la maternité : quand Louis pleure à côté de moi, le lait jaillit seul de mes seins de maman allaitante. Don gratuit, flot jaillissant indépendamment de ma volonté propre. Le corps de la maman est comme pressé d’aimer, de prendre soin, avant même que l’enfant ne s’accroche à son sein. Sollicitude amoureuse.



Le corps même de la maman parle, illustre ce qui connote le terme employé : Rah a mim. Jean-Paul II explique : « Il y a là une variante presque « féminine » de la fidélité masculine à soi-même, exprimée par la hesed. Sur cet arrière-fond psychologique, rah a mim engendre une échelle de sentiments, parmi lesquels se trouvent la bonté et la tendresse, la patience et la compréhension, c’est-à-dire la promptitude à pardonner. »


Et si, aujourd'hui, nous nous arrêtions sur ces mots qui jaillissent de l'image des entrailles maternelles, et qui parlent tant de l'amour que Dieu éprouve pour chacun d'entre nous ? Tendresse ineffable, toute gratuite ; patience, abandon, contemplation de l'autre, contemplation de Dieu devant sa créature ! devant chacun de nous ! Sollicitude amoureuse. Dieu nous aime tellement !


Dieu nous aime avec des modalités d’amour propres à l’homme, et des modalités d’amour propres à la femme. Sa miséricorde nous englobe tout entiers. Il donne, comme l’homme donne la semence, et Il reçoit, comme la femme reçoit le don de l’homme en son corps. Dieu donne à l’être humain la possibilité de venir se blottir en son cœur ; Dieu reçoit le pardon de l’homme pécheur qui reconnaît sa faute.


Le père Joël Guibert l’écrit, dans son livre Que vienne ta miséricorde : « la miséricorde précède, imprègne et déborde totalement l’histoire humaine. (…) La sagesse et le bonheur serait de nous installer à l’intérieur de cette miséricorde et ne jamais en sortir par la défiance. »



« Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu. En vérité, je vous le dis : quiconque n’accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n’y entrera pas. » (Luc, 18, 15-17)


Avez-vous déjà contemplé un enfant affamé ou assoiffé ? A l’approche de la fête de la divine miséricorde, je nous souhaite à tous de désirer l’amour de Dieu, comme Louis tremble de désir devant le sein maternel !


Laissons-nous envelopper, toucher, par ce Dieu de miséricorde infinie !





"Comme celui que sa mère console, moi aussi, je vous consolerai" Isaïe 66, 13

"Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Mêmes si les femmes oubliaient, moi je ne t'oublierai pas. Voici, je t'ai gravée sur les paumes de mes mains" Isaïe 49, 15-16



Comment ne pas rapprocher ces versets de ceux lus dans les pages d’Évangile de l'Octave pascale ?

"La paix soit avec vous !" (jeudi ; Luc 25, 36)

"Jésus leur dit alors : "Venez manger."" (vendredi ; Jean 21, 12)

Comme Jésus ressuscité prend soin de ses disciples ! Lui qui a gravé chacun dans la paume de ses mains... Christ Sauveur, Christ miséricordieux !




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