Tant pis, pardon

Ben Mazué a sorti il y a quelques jours une chanson qui s’intitule Quand je marche. Je vous partage ici le second couplet, que je médite depuis que je l’ai entendu :

Alors y'a l'amour des enfants Avec ça tu manques plus de rien Moi j'les aime tellement justement J'ai tout le temps peur de pas faire bien Faut dire qu'on parle des blessures Faites par le regard d'un père La moitié des gens malheureux sur cette Terre Le sont de cette manière A quoi sert vraiment l'exigence Pourquoi on souhaite être excellents Quand on voit dans quelle déshérence Se retrouvent les génies souvent Moi j'voudrais leur apprendre à être heureux Avant d'être brillants J'voudrais leur apprendre à être heureux souvent Souvent

Mais c'que j'veux pour eux, c'que j'veux C'est bien moins important que c'que j'suis Les gamins, c'est fait d'c'que j'fais, pas fait d'c'que j'veux, encore moins fait d'c'que j'dis Dans c'cas-là, tant mieux pour la musique, tant mieux pour l'énergie Tant mieux pour les envies et pour le reste Tant pis Pardon Tant pis Pardon Tant pis Pardon Tant pis


Tant pis

Très tôt, lorsqu’on devient parent, on doit accepter cette fatalité : on est faillible. On naît faillible. Je vais me planter, je vais faire des erreurs. Mon enfant sera marqué, façonné par mes choix, mes paroles, mes actes… Je suis pécheur. Je suis imparfait. Ça donne le vertige, cette responsabilité, ce don précieux qui nous est confié et que l’on sait d’emblée qu’il sera abîmé, marqué par notre fait…

Ce constat peut être tellement difficile à accepter, à accueillir. Il nous tombe parfois dessus comme une massue, au détour d’une journée « ratée », dans un moment de grande vulnérabilité. Au fond, on le savait depuis toujours... Le réaliser de plein fouet, une fois encore, ça désarme. C'est violent.

Mais ce constat peut aussi être un soulagement. ZE soulagement, même !

Je retrouve régulièrement des amies mamans pour des soirées restau. Evidemment, on passe en général la soirée à parler de notre marmaille, de notre rôle de mère, des difficultés que l’on rencontre. Que voulez-vous… Il s’agit de notre réalité, incarnée, quotidienne. Cela occupe nos pensées et nos journées.

En juin dernier, on était trois copines à la terrasse d’un restaurant, et je me rappelle, non sans sourire, les fous rires que l'on a eus après avoir admis nos récents pétages de câbles respectifs, après les avoir détaillés par le menu... C’en était vraiment comique. On réalisait avec le recul à quel point certaines situations, qui nous faisaient sortir de nos gonds à l’instant T, étaient drôles une fois relatées au calme, dans un contexte de bienveillante détente. Mais surtout, on riait de nous-mêmes, de nos limites si évidentes, de nos réactions parfois absurdes, caricaturales, pas toujours raisonnées.

Le chanteur déclame :

J'ai tout le temps peur de pas faire bien Faut dire qu'on parle des blessures Faites par le regard d'un père La moitié des gens malheureux sur cette Terre Le sont de cette manière


Qu’en penser ?

Fabrice Hadjadj répète souvent : « On a remplacé les pères par des experts ».

A une époque où l'on nous vend la recette du bonheur dans des livres, sur les réseaux ou via des méthodes inratables, où l’on attend souvent des parents qu’ils soient des experts, compétents, mais quasi déshumanisés, qui devraient presque obtenir des diplômes en parentalité pour avoir le droit de procréer, où l’on s’immisce parfois dans leur foyer pour leur imposer la façon d’éduquer leurs enfants, en matière de santé, en matière de mœurs… Dans ce contexte, où l'on veut peut-être trop bien faire, admettre que l'on est des êtres finis, mais libres, n’est pas forcément évident.

Et pourtant! Qu’il est bon et doux de les accueillir, ses propres limites. En particulier lorsque l’on se sent compris et rejoint dans ses défis du quotidien. C’est un soulagement, finalement, d’accepter, profondément, parfois autour d’un café, sur une terrasse, que l’on est faillible. Ça nous décharge de ce fardeau que l’on s’impose, instinctivement, d’être parfait en toute circonstance.

Je suis pécheresse. Mon enfant est pécheur. Tant pis. Je ne serai pas la mère parfaite et irréprochable. Il ne sera pas l’enfant parfait et irréprochable. Tant pis.

Je ne serai pas celle qui comblera tous les désirs et les aspirations de son cœur. Tant pis.

Je l’accepte. Tant pis. J’y consens, même. Oui.

Mais alors, comment être une bonne mère? Quel est alors mon rôle, puisque ce n’est pas de ne jamais décevoir mon enfant (et moi-même)?




Être heureux souvent, souvent

Ben Mazué le dit en ses termes à lui. Ce que l’on souhaite pour nos enfants avant tout, c’est d’être heureux. Ce n’est pas qu’ils soient des génies. Qu’ils soient brillantissimes. Avant tout, ce qu’on leur souhaite, c’est d’être profondément heureux.

Or, avec notre regard de foi, voilà ce que l’on sait : le bonheur est déjà possible dans ce monde. Malgré notre finitude, nous avons un cœur aux dimensions de Dieu. Malgré notre péché, il existe un chemin de rédemption et de pardon. Malgré notre condition terrestre, on peut déjà goûter au Ciel ici-bas. Voilà notre espérance de chrétiens.

Comment donc donner les outils à mon enfant pour qu’il chemine vers ce bonheur ?

Mon père nous tanne régulièrement, ses chers enfants : « Le plus important, votre rôle de parents, c’est d’éduquer à la liberté. »

Ma mère, avec sa douceur que nous lui connaissons bien, complètera par tout ce qu’elle est : « …et de transmettre l’amour. »

Ici je ne vous donnerai pas de solution quant à la façon de mettre en œuvre ces deux grands pans de cet unique objectif : le bonheur. En octobre suivra un article de Marie, comportant des conseils en matière de littérature qui pourraient peut-être vous éclairer en ce sens.

Non, mon propos ici vise à remettre en perspective nos attentes, notre vocation première de parent.

Le parent c’est donc celui qui éduque à la liberté et qui transmet l’amour. D’abord son amour, bien sûr. Mais il est aussi chargé de transmettre l’Amour avec un grand A. Le parent n’est pas éternel. Et il est faillible, nous l’avons vu. Comment donc son amour imparfait pourrait-il suffire à combler le puits sans fond du cœur de son enfant ?

La moitié des gens sur cette terre est blessée par le regard de son père, nous dit en essence Ben Mazué. Est-ce donc inévitable ? Sans doute. Que faut-il faire ?

Le parent aime, aime, aime. Et à travers son amour, il indique la source de tout Amour. L’enfant qui y goûte sait que cela les dépasse tous deux. Le rôle du père est de conduire au Père. Celui auprès duquel l’enfant pourra puiser l’Amour, même lorsque son père de la terre le faillira, le blessera, le décevra, mourra.

Mais pour en être capable, il faut qu’il soit libre. Eduquer à la liberté, c’est donner à son enfant le cadre et les outils nécessaires au développement de sa personnalité, de son humanité, de sa nature. C’est le rendre capable d’aimer à son tour. Jusqu’à l’amour oblatif.

Liberté et amour sont donc indissociables.

Or, « les gamins, c'est fait de ce que je fais, pas fait de ce que je veux, encore moins fait de ce que je dis » chante avec sagesse l’artiste.

Les enfants sont faits de notre pâte. Ce que l’on veut pour eux, qu’ils soient des génies ou simplement heureux, ne suffit pas. Le leur scander, encore moins : « sois brillant, sois bosseur, sois heureux, sois respectueux, sois aimant, sois comme-ci ou comme-ça ».

Non, c’est ce que l’on fait qui les marquera, les façonnera. C’est nous voir être qui s’enracinera en eux.

En somme, c’est par nos vertus, par notre vie en Dieu, en parole et en acte, que nous donnons à nos enfants les outils nécessaires à leur bonheur. Leur montrer le chemin de façon incarnée, voilà la meilleure boite-à-outils pour la vie. Alors, on comprend que nos enfants sont un véritable moteur sur notre chemin de sainteté. Nous voulons leur bonheur? Visons la sainteté ! La vraie, la belle, celle qui assume tout ce que nous sommes, celle qui nous rend si beaux.


Pardon

Mon bébé, je te demande pardon. Parce que même si je suis faillible, même si je l’accepte, quel chagrin de savoir que je peux te décevoir ou te blesser !

Mais la parole est créatrice. On le voit dans la Bible. Elle est source de vie. Elle a une force réparatrice parfois insoupçonnée. Dire, c’est chasser les ténèbres. Nommer, c’est faire entrer la lumière. Et plus il y aura de lumière, moins l’obscurité n’aura d’emprise : ni sur les blessures, ni sur les regrets.

Demander pardon, c’est donc permettre à la lumière de se glisser dans la blessure pour la traverser, la transfigurer, la glorifier. Expliquer à son enfant que malgré nos manquements, on continue de l’aimer, que l’amour n’a jamais cessé, c’est apporter un doux baume à sa plaie. A la Résurrection, toutes ces entailles «éclairées » seront belles et glorieuses. Quelle grâce ce sera de voir le « carnet de bord» de notre corps et de notre cœur, celui de notre enfant! De constater ensemble la puissance de notre parole d’amour, éternelle.




Pardon, mon enfant, je te blesse. Tant pis, je ne suis pas parfaite et je l’accepte. Merci d’exister, mon bébé. Je t’aime, à la folie et pour l’éternité.

A Jésus, par Marie.

Agnès A

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