SOS mère au foyer tentant de s'assumer dans ce monde de brutes

Non, rien ne justifie mon choix d'être à la maison. Je suis jeune, diplômée, j'ai travaillé plusieurs années, je n'ai qu'un enfant, et j'ai toujours aimé mon métier. Mon fils va à la garderie une ou deux demi-journées par semaine, et ce temps dont je dispose, je ne le passe pas à travailler. Je le prends pour moi. Une amie, épouse d'un jeune chef d'entreprise, maman de quatre enfants en bas âge, me confiait qu'elle voulait travailler car souvent, elle a le sentiment d'être "une godiche" à côté de son mari. Oh comme je peux comprendre cette sensation désagréable, lors d'un dîner, d'être insignifiante, de n'avoir aucun objectif dans la vie, aucun intérêt pour les autres et finalement, aucune crédibilité dans un monde où seul le profit compte ! Je me souviens, quand mon propre mari, après la naissance de notre premier enfant, a repris le travail, il m'envoya une photo de son café du matin, pris, probablement, en compagnie de ses collègues. Moi qui pensais ne plus vouloir quitter le nid familial, je l'enviais tout à coup, rêvant, moi aussi, de siroter un cappuccino noisette en surveillant mes petits élèves à la récréation... Les années qui suivirent furent et sont encore un questionnement permanent sur la question: vais-je reprendre le travail ?


Souvent, ma frustration d'être à la maison est énorme. Les journées semblent parfois longues. Je n'ai pas de plaisir particulier à ranger, nettoyer, lessiver et faire les courses. De plus, nous partageons facilement les taches, ce qui, parfois, donne encore plus le sentiment d'être inutile. La répétition me pèse: préparer un repas signifie trouver une idée, mettre le couvert, puis ranger, nettoyer et de nouveau préparer un autre repas quelques heures plus tard. Bien entendu, j'ai quelques principes concrets qui, au quotidien, m'aident à ne pas me transformer en mégère acariâtre et maniaque de la propreté. Je me fixe, par exemple, de ne faire que quelques taches par jour. Lorsque j'ai rayé chaque item de ma to-do list, je m'arrête, et je fais quelque chose de gratuit, qui me fait plaisir. De plus, l'éducation de mon enfant, son éveil, sont prioritaires pour moi sur l'état de ma maison. Les temps de jeu priment sur les temps de rangement. C'est assez bon pour le moral. Mais au delà de ces astuces qui allègent le quotidien, je ronchonne bien souvent sur l'humilité des taches que j'accomplis. Certains, pendant que je vide le lave-vaisselle avec mon fils, sauvent des vies. D'autres enseignent, étudient, construisent, pensent, agissent, collaborent, donnent, et ne comptent pas. Et me voici, pendant ce temps, pestant contre cette cuisine trop sombre, cette météo trop froide, ce linge qui ne sèche pas, ces chaussures mal rangées, ou ce petit qui me réclame sans cesse.




Pourtant, il est une pensée qui m'effleure rarement: cette impression d'être une godiche à côté de mon mari. Premièrement parce que oui, je travaille. Je ne suis pas rémunérée pour ce que je fais, je n'ai pas de patron, peu de collègues en vérité, mais je travaille. Même la nuit. Ensuite, parce que la satisfaction de voir mon enfant grandir est énorme. Ses progrès, je les constate chaque jour. J'ai assisté à ses premiers pas. Je lui fais découvrir le monde qui l'entoure, la nature. Il est mon petit compagnon du quotidien. Enfin, parce que je ne suis ni une servante, ni une conchita: mon mari, mon fils et moi formons une communauté, une famille, dont chacun est responsable. J'apprends à mon fils, âgé seulement de deux petites années, à mettre la main à la pâte. Plus tard, il saura que tout ne lui est pas dû, et que tout le monde doit participer à l'entretien de la maison. Soigner notre lieu de vie n'est pas le privilège d'une maman. Pour terminer, l'amour que je lis dans les yeux de celui qui est mon compagnon de voyage depuis le début de cette aventure n'a pas de prix. Le soulagement qu'il vit, lorsqu'il rentre parfois harassé du travail, et que nous dégustons un repas qu'il m'a plu de préparer, me fait considérer la journée comme réussie. Être mère au foyer n'est pas rétrograde chez nous: je ne suis pas là, pimpante, à tester mon nouveau robot thermomix pendant que mon fils joue aux cubes et que mon mari regarde son émission préférée ! Je ne suis pas non plus une wonderwoman et il m'arrive tous les jours d'être débordée. Enceinte de mon deuxième enfant, j'ai souvent besoin d'aide.




Il m'arrive d'être inquiète pour les mères au foyer. Inquiète parce que souvent, on pointe du doigt leurs faiblesses pour prouver que leur choix est néfaste. Comme si une mère qui travaille n'avait jamais de petit coup de mou et de frustration. Comme si déprimer ou se plaindre était le propre des mères au foyer. Inquiète parce que beaucoup pensent que leur mission est exclusivement de s'oublier, et omettent la part réalisative de leur vocation: la nécessité de trouver une activité ou un projet qui leur plaît, leur appartient, et leur permet de changer le monde autrement qu'en changeant des couches. Inquiète parce que dès que l'on entend qu'une femme aime "être disponible pour son mari", on crie au scandale, choqués que nous sommes devant ces pensées archaïques et arriérées qui nous font mal aux oreilles. Inquiète, finalement, que la société mette si peu les mères à l'honneur. Que ce que nous propose l'état pour nous aider, ce sont des places en crèche supplémentaires. Inquiète parce qu'on oppose mère au foyer et mère qui travaille, comme si l'une était inactive et l'autre non maternelle. Or, notre point commun à toutes, c'est d'être mères.


Toutes les femmes ne sont pas des femmes d'intérieur. Être à la maison ne signifie pas "être enchaînée". C'est souvent l'arrivée des enfants qui provoque un tel choix chez une mère. Or, il peut être bon de garder à l'esprit que les enfants partiront un jour. Si l'on fait un calcul rapide, un enfant reste, disons, dix-huit ans chez ses parents. Dix-huit ans, dans la vie d'une mère, ce n'est rien. Consacrer quelques années de sa vie à son foyer, sur une vie qui dure en moyenne entre soixante dix et quatre-vingt ans, c'est si peu... et à l'inverse, considérer, en tant que femme, que notre réussite, ce sont nos enfants, sera probablement de courte durée...


"La femme au foyer qui n'est pas obligée d'aller travailler à l'extérieur, peut considérer cette situation comme une grâce. Il est certain que, dans bien des cas, la liberté du choix n'existe pas. Très souvent, les femmes exercent une profession car les évènements de la vie le leur imposent.

Par ailleurs, il y a la pression actuelle très forte d'une mentalité ayant tendance à déconsidérer la femme au foyer et à porter en haute estime celle qui travaille à l'extérieur.

Or, une femme qui renonce à une vie professionnelle, assure auprès de son époux et de ses enfants une présence irremplaçable, facteur d'un bon épanouissement humain, social et spirituel. Elle doit être encouragée dans cette voie qui comporte de vrais sacrifices. Elle réalise en effet la plus belle oeuvre qui soit. Elle pourra épanouir sa vie intérieure dans une vie d'adoration. Elle retrouvera ce pourquoi elle est faite: être l'âme de la maison, de la famille, être celle qui est faite pour recevoir l'amour et le déverser à profusion; être celle qui aime son époux, ses enfants, et qui veille avec un soin particulier à l'éducation et à la formation humaine et spirituelle, à l'épanouissement de chaque membre de la famille."

Marie-Benoîte Angot, Les maisons d'adoration


Ce sujet intarissable du don de soi, cette question éternelle de la maternité au foyer taraudent de nombreuses femmes... Simplement, ici, il n'est plus vraiment question d'épanouissement ou de réalisation, mais d'amour. Je n'ai pas le sentiment d'être une boniche ou une godiche. J'aime penser que mon travail quotidien se rapproche de celui des moines et des moniales qui, chaque jour portent le monde à travers leurs petites tâches quotidiennes, entrecoupées d'offices et de prière. Ouvrières du silences, sentinelles de l'invisible, que de délicieuses manières, si poétiques, de parler des mères au foyer !



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