Dieu n'est pas fleur bleue
- Agnès T

- il y a 2 jours
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Aujourd'hui, le Christ meurt sur la Croix. Supplice infâme réservé aux bandits, la crucifixion a cela de terrible qu'en plus d'être meurtrière, elle est humiliante. Ainsi, Jésus, après avoir agonisé dans le jardin des oliviers pendant une nuit entière, se voit traîné comme un malfaiteur devant de faux juges qui useront de faux témoignages contre lui afin de pouvoir le tuer. S'en suivra alors ce long, cet interminable et douloureux chemin jusqu'au Golgotha.
Pour nous, chrétiens, c'est le jour du silence. Les églises, encore froides de l'hiver, sont dépouillées de leurs statues, les tabernacles ouverts et désespérément vides, plus de fleurs, plus d'ornement, plus de petite lumière rouge pour indiquer qu'il y a Quelqu'un. Car il n'y a plus personne. Jésus est mort, un vide immense se fait ressentir, et nous entrons dans des heures de ténèbres.
Oh, comme je chéris ces jours ! Les larmes me montent aux yeux quand, dans la lecture de la Passion, j'entends ces mots: "Alors Jésus commença à ressentir tristesse et angoisse." Quel réconfort de se dire que même l'angoisse, même la tristesse infinie, il les as ressenties et traversées ! J'ai longtemps eu l'image d'un Dieu souriant, qui envoie son fils souriant lui aussi sur la terre, la fleur au fusil on pourrait dire. Un Christ qui se laisse faire, paisiblement, parce qu'il est Dieu et qu'il n'a pas peur.
Or, je comprends aujourd'hui que cette perception, bien innocente, est fausse. Jésus a TOUT souffert. Il a souffert dans sa chair meurtrie, et ce faisant il a rejoint les malades dans leur douleur. Il a souffert dans son âme, et ce faisant il a rejoint les malheureux. Malades, dépressifs, anxieux, traumatisés, pécheurs, névrotiques... Il y en a pour tout le monde. Non, Jésus n'est pas un Dieu fleur bleue. Ce n'est pas un Dieu qui ne s'occupe que de ceux qui vont bien. C'est un Dieu dont l'amour a été si grand qu'il a pris sur Lui tous nos péchés, toutes nos douleurs et nos souffrances. Pendant cette nuit à Gethsémani, il a supplié son Père que cette coupe s'éloigne. Il a sans doute pensé fuir devant cette horreur qui l'attendait. Il a sué du sang, phénomène physique que les chercheurs appellent "la sueur de l'angoisse". Il était si angoissé qu'il transpirait du sang... Il a probablement pleuré aussi. Il nous a tous rejoint, dans les périodes les plus sombres de notre existence.
La Croix est horrible, violente, et même traumatisante. La Croix est repoussante. C'est une mort atroce. Et c'est pourtant ce qu'il s'est passé. Les clous dans les poignets; les épines dans le crâne, la nudité, la chair qui sort, qui pend, le sang: quelle atrocité, comment ne pas avoir la nausée à l'idée de ce que le Christ a souffert ? Si nous assistions aujourd'hui à cette scène de la Crucifixion, pourrions-nous la supporter ? Combien de personnes, en visionnant le film La Passion du Christ, ont du sortir de la salle à cause de la violence de ces images ?
Le nombre de catéchumènes ne cesse d'augmenter. Les chrétiens se taisent de moins en moins, et assument leur foi. Nous ne pouvons pas faire comme s'il ne s'était rien passé. Nous ne pouvons plus nous taire. Nous avons conscience que ce qui s'est joué à ce moment-là était grand, beaucoup trop grand pour être contenu dans cet espace temps de l'an 33 à Jérusalem. La mort du Christ a été une bombe à retardement. Et aujourd'hui, elle prend tout son sens car elle advient dans un monde ou la guerre est encore trop présente, ou les sociétés sont destructurées, un monde où règnent la peur, l'individualisme, bref: un monde qui ne va pas très bien parce qu'il veut absolument se passer de Dieu, se passer de transcendance.
L'homme est fait pour se poser des questions, c'est inscrit en Lui. On a voulu le gaver de fausses croyances, de médicaments, d'objets de consommation... et on a réussi. Qui ça, "on" ? Le prince de ce monde, Satan. Lui qui doit se terrer en ce moment-même, lui qui ne doit pas supporter que sur terre, les offices, chemins de croix, confessions se multiplient, que samedi, 21000 hommes, femmes et enfants seront baptisés pour l'amour de Dieu. Cela, il ne le supporte pas !
Qu'est-ce que je fais, pour Jésus, aujourd'hui ?
Qu'est-ce que je lui dis, au pied de la Croix ?
Entrons dans ce silence des ténèbres, n'ayons pas peur de le vivre intensément, n'ayons pas peur de pleurer sur notre misère, sur le mal qui habite la terre. Car demain, oui, demain, auprès de ce feu brûlant, nous apercevrons cette étincelle de lumière qui peu à peu prendra toute la place. Demain, nous saurons QUI a réellement vaincu. Demain, nos larmes seront de joie devant cette victoire inaliénable du bien. Demain, nour pourrons crier, haranguer la mort en lui demandant: "Mort, où est ta victoire ?" Puisque demain, nous aurons la certitude, à nouveau, que la Vie a triomphé à travers la Résurrection du Christ.



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