"Sainte Marguerite-Marie et moi"




Avez-vous lu Sainte Marguerite-Marie et moi, de Clémentine Beauvais, paru aux éditions Quasar en août 2021 ?



Peut-être en avez-vous parcouru des recensions. De mon côté, j’ai lu des lignes enthousiastes, mais c’est surtout la quatrième de couverture qui m’a interpellée :

« Rien ne prédisposait Clémentine, agnostique non baptisée, féministe 2.0, écolo végétarienne, à enquêter sur sainte Marguerite-Marie Alacoque, mystique du XVIIème siècle, apôtre du Sacré Cœur ».

L’expérience étonnante et décalée est assez attirante !


Dans une interview accordée au journal "L’1visible", Clémentine Beauvais s’interroge : « Je me suis (…) demandé qui cela choquerait le plus : les croyants ou les iconoclastes ? Je ne voulais choquer ni les uns ni les autres, mais dresser un pont entre les deux. » (octobre 2021).



Alors ? Objectif atteint ?


Pour tout vous avouer, malgré les désirs pieux de l’auteur, j’ai été choquée – comme croyante ou iconoclaste, je vous laisse deviner !


« Mais tu vas dire quoi dans ton livre ?

- Je sais pas encore trop. Il faut que le parti pris soit résolument bienveillant. »


C’est la consigne que Clémentine a reçue de son éditrice. Car l’auteur nous expose son travail d’écriture, et suivre cet accouchement est assez intéressant ! Mais le contenu de la consigne l’est tout autant : Clémentine s’attache scrupuleusement à le respecter ; aborder la vie de Marguerite-Marie, ses choix, ses attitudes, avec bienveillance.


Alors ? Par quoi ai-je été choquée ? Eh bien, pour donner une lecture tout à fait personnelle de ce texte au style vivant qui se lit rapidement, j’ai été heurtée par le manque de bienveillance apportée au personnage de Jésus. Si effectivement, chapitre après chapitre, le lecteur est invité à surtout ne pas adopter de grille de lecture moderne pour analyser la mystique du XVIIème siècle, il est difficile de ne pas voir en Jésus un méchant manipulateur – je ne vais pas chercher ici d’autres qualificatifs… ; chacun aura son interprétation.


Contrairement à de nombreuses personnes réelles avec qui discute Clémentine, il se trouve que je connais un peu la vie de sainte Marguerite-Marie, et que je l’apprécie beaucoup. Je peux même affirmer que mon amour pour Jésus s’est très largement nourri de cette rencontre avec Marguerite-Marie, et plus profondément encore, c’est en partie grâce à sainte Marguerite-Marie que je perçois un brin du mystère de l’amour de Jésus pour nous.

Et je ne trouve pas – ou peu – trace de cet amour divin dans ce livre. Loin de m’arrêter dans ma lecture, ce point – qui peut paraître mineur à certains, mais qui pour moi, quand je lis une vie de saint, prend quand même une certaine place – a stimulé mon attention.


Car, ne l’oublions pas, un des objectifs de l’auteur reste de dresser un pont entre croyants et iconoclastes. Et ma lecture trouve là un éclairage inattendu.


Certes, le lecteur rencontre Marguerite-Marie Alacoque : avec les lignes de Clémentine me sont revenues toutes les images illustrant la vie de sainte Marguerite-Marie dans l’album d’Agnès Richomme, de la collection "Belles histoires et belles vies" (1965). Et j’ai revu sous les mots de l’auteur le papa au sourire rayonnant à la naissance de sa fille, le visage craintif de Marguerite-Marie lorsqu’elle vit sous le joug de ses proches parentes, les religieuses du couvent où elle prononce ses vœux… Clémentine Beauvais donne au lecteur le fruit d’un admirable travail de recherche : l’enquête historique est menée avec une rigueur intellectuelle et portée par un humour joyeux, ce qui permet un moment de lecture agréable.


Mais surtout, le lecteur est emmené par l’auteur dans une enquête étonnante : car je ne suis pas la seule à juger qu’il manque un peu d’amour de Dieu dans cet ouvrage. L’éditrice elle-même pousse Clémentine à chercher, chercher encore et chercher toujours à percer un pan du rideau qui cache ce mystère de l’amour.

Et, iconoclastes ou croyants, choqués ou non, nous nous trouvons là devant le cheminement incroyable de cette jeune femme du XXIème siècle qui ose la rencontre avec une sainte. Concrètement ! Car ici, rien ne reste au niveau intellectuel : Clémentine se jette corps et âme dans cette recherche, avec une entièreté qui force l’admiration !


Son style dynamique et enjoué nous donne de rencontrer ses interlocuteurs, réels et bien vivants, dont elle dessine le portrait avec un réalisme tel que j’ai presque revu le visage espiègle de l’éditrice rencontrée il y a déjà vingt ans ! Et que je n’ai pu m’empêcher d’envoyer un message à Marguerite, une cousine de mon mari : « Dis, tu ne roulerais pas en Scénic par hasard… ? » Clémentine ancre son enquête dans des pages de sa vie actuelle, lui donnant par-là d’autant plus de force et d’authenticité.



Jésus reste-t-il un personnage, ou l’auteur en fait-elle la rencontre ? Vous le saurez en lisant ! Laissons à l’auteur un peu de temps… ! Et remercions-la de nous donner de rencontrer des personnes comme elles qui osent ne pas enfermer les gens dans des cases !


Et si, à votre tour, vous osiez vous laisser interpeller par l’auteur agnostique et que vous alliez vous aussi à la rencontre de la sainte ?


« Là où c’est un peu compliqué de raconter une histoire de sainte qui voit quand même très régulièrement Jésus, c’est quand on ne croit pas soi-même à Jésus. »


Oui, mais justement ! Ce regard neuf – ou ‘autre’ – ne peut-il pas, parce qu’il est neuf, nous faire pénétrer plus avant le mystère de Dieu que nous avons peut-être cessé d’interroger, à force d’habitude ?


« … Cette scène fabuleuse, pour autant qu’elle est d’amour, est également une scène de supplice. On a tendance à l’oublier parfois, mais le feu, ça brûle. Si ton cœur est vraiment en feu, ce n’est pas une douce chaleur de bouillotte qu’il répand dans ta poitrine. »


Votre cœur remuera-t-il, à la rencontre du Cœur brûlant de Jésus ? C’est peut-être un autre objectif de ce livre, que de stimuler l’histoire de Marguerite-Marie… et vous !




Pour aller plus loin : osons la rencontre des saints !


Vous trouverez :


- Sur le blog, quelques bribes de vie


ainsi qu'une présentation du livre Et si les Saints nous coachaient sur nos émotions ?




- Ailleurs sur Internet, des mini biographies très bien faites, qui rapportent l’essentiel de la vie d’un saint.



- Pour les jeunes et les moins jeunes, en librairie, neufs ou d'occasion (la liste est loin d'être exhaustive !) :

  • la collection de livres-CD Graines de saints (Éditions Mame) enchante petits et grands (4-10 ans), avec ses récits et chansons. "Une collection pour donner envie d’être saints", est-ce indiqué sur le site.


  • la collection "Petits pâtres", à partir de 5 ans, avec notamment cette année "Vie et miracles de saint Joseph", de Francine Bay (Pierre Téqui Éditeur, 2013). On y médite des pages de sa vie, on y découvre des lieux qui lui sont dédiés, on y savoure des anecdotes amusantes, on y trouve des prières adaptées.


  • la collection "Belles histoires et belles vies", dirigée par l’abbé Jean Pihan (fondée en 1947). Ré-édités chez Mame (1999), on peut lire ces albums au texte soigné à partir de 8-9 ans.


  • les vies de saints récitées par Sœur Laure, enregistrées sur CD aux éditions des Béatitudes.


  • Peut-être moins connus, mais tellement passionnants, les récits du Père Guillaume Hünermann ! La couverture des livres récemment ré-édités chez Salvator n’est pas très attrayante pour des enfants, mais le récit est un bijou, tant pour les adultes que pour les plus jeunes (à partir de 12-13 ans) ! Le père Hünermann allie ici talents de conteur, d’historien et de biographe avec brio !


  • ici une véritable mine d’idées de bandes dessinées parues chez divers éditeurs ;


  • de nombreuses œuvres cinématographiques portant à l’écran des vies de saints. Vous en trouverez ici pour les enfants, et ici pour plus âgés. La liste est loin d’être exhaustive.


Belles rencontres avec les saints !