Le symbolisme végétal dans l'art roman


Le mois de janvier étant une période de dormance pour la plupart des plantes médicinales, laissons les récoltes de côté pour vous inviter à (re) découvrir les belles églises romanes de nos régions, dans lesquelles nos plantes sauvages prolifient.


Si le symbolisme du bestiaire est largement commenté, il n’en va pas de même pour les sculptures végétales, souvent perçues comme purement ornementales ;


Reprenons d’abord la définition du symbole que j’emprunterai à Isidore de Séville (Evêque de Séville à la fin du VIeme siècle) : « Signe donnant accès à une connaissance ».


Passons maintenant à la fonction du symbole en se référant à Suger, Abbé de Saint Denis : « Notre esprit borné ne peut saisir la vérité que par les moyens des représentations matérielles. Ils sont un moyen de communication. L’image doit provoquer un tressaillement de l’âme, elle n’est point une totalité se suffisant à elle-même. »


Les compagnons sculpteurs s’attachent à représenter ce qu’ils connaissent et ce dont ils maitrisent la signification symbolique, souvent issue du paganisme et dont le message a été christianisé.


On trouve donc principalement des plantes locales comme la Chélidoine, la Fougère, l’Aulne, et bien d’autres comme l’Arum ou la Vigne…


La Chélidoine est une plante extrêmement répandue autour de nos églises.


Tirant son nom du grec Khelidon, hirondelle ou du latin Caeli Donum, elle passait pour être utilisée par ces oiseaux pour ouvrir les yeux de leurs petits… Sa symbolique religieuse est donc vite identifiables… Les celtes l’associaient à la chouette avec ce message : « Ouvrez les yeux »



Grande Chélidoine (Chelidonium majus)


Je vous renvoie d’ailleurs à ce magnifique détail de Saulieu représentant une chouette sur des feuilles de Chélidoine.



Chouette à la Chélidoine St Andoche Saulieu



L’Aulne mérite aussi un arrêt sur image :



Aulne glutineux (Alnus glutinosa)


Il était considéré comme étant magique par les Celtes du fait de son imputrescibilité. Selon eux, il avait la faculté de ressusciter les morts.

Il symbolise dans nos églises, l’immortalité de l'âme, la Vie Eternelle à laquelle nous sommes appelés.




Fuite en Egypte - Cathédrale St Lazare Autun




La Fougère, quant à elle, parfois représentée sous sa forme embryonnaire (sa fameuse crosse), passait auprès du catholique du moyen-âge pour protéger des attaques du démon « dans les lieux où elle pousse, le diable exerce rarement ses sortilèges » nous dit Sainte Hildegarde.






Chapiteau Fougère - Prieuré Sainte Marie de Serrabona*





La beauté de la nature apparait donc comme une sorte de miroir dans lequel l’homme médiéval saisit la présence du Créateur.


La terre est transfigurée, elle devient céleste… Contrairement au paganisme antique, le christianisme apporte une vision verticale de la Nature : c’est le beau qui mène à Dieu.




*http://larouteadeux.fr/index.php/2021/04/13/serrabona/