La femme intérieure

Mal en place


Il est facile de constater quand on se force à être. Il est facile de constater une femme qui vit à côté d'elle même. Qui est comme désaxée. Elle surjoue, elle est vulnérable, elle rit trop fort, elle fait preuve d'agressivité, elle peut être triste et mélancolique, elle se néglige, elle séduit avec trop d'insistance. Bref. Elle est mal à l'aise avec elle même. Elle n'est pas « bien dans sa peau ». Elle n'est pas posée. Et on est bien sûr toutes concernées.


La société occidentale pousse les femmes à s'extérioriser. L'affirmation de soi exacerbée dans les programmes de développement personnel, la similitude recherchée aveuglément avec les hommes au plan professionnel comme sociétal, l'autodétermination et l'indépendance comme horizon d'accomplissement de soi. La femme sort d'elle même. La femme en réalité s'arrache à une part d'elle même et cela sonne faux.

La femme se vulgarise, se caricature. Le femme est en détresse.

En effet, une femme qui n'est pas comme posée en elle même, cela saute aux yeux ; cela est paradoxalement touchant bien sûr; dans cette brisure, son être profond criant se laisse malgré tout deviner. « Bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière » disait pertinemment Audiard. On échappe pas à ce que l'on est. On ne peut faire l'économie de tous les constituants de notre être … pour être !


Les femmes sont souvent dans une sorte d'impasse. Tiraillées, écartelées dans leur personne, c'est je pense en fait qu'une partie de notre être passe souvent à la trappe et se rappelle à notre bon souvenir : notre âme. (Expérience valable évidemment chez l'homme également!).

Nous tendons à omettre cette réalité constitutive de notre personne. Nous ne sommes évidemment pas qu'un cerveau, pas uniquement une sensibilité, nous ne disposons pas essentiellement que d'un corps. Nous sommes des êtres spirituels. Et chez la femme, ce manque de spiritualité est ce qui lui fait éminemment défaut. Cet oubli de sa part n'est pas sans conséquence. Ce vide veut se faire entendre.


Cachez cette âme que je ne saurais voir


Chercher à se déployer complètement nécessite de cultiver sa spiritualité. Je pense que chez la femme, cela sera en grande partie lié à la façon dont elle soigne son intériorité. Physiologie et spiritualité étant liées à mon sens. Nous ne sommes pas des purs esprits, et notre spiritualité, notre âme, sont étroitement attachées à notre corporéité.

La femme porte en elle une dimension d'intériorité primordiale. Nos entrailles irriguent notre prière. Nos entrailles modèlent notre rapport au tout Autre, à l'infini, à la transcendance.


Pour entrer dans une authentique manifestation de ce que l'on est, il y a donc un passage obligatoire : l'intériorité. La femme surtout ne peut en faire l'économie si elle veut emprunter la route de l'authenticité, de la générosité, du don. De sa vocation profonde.


Avant d'esquisser ce qui se passe dans la vie intérieure de la femme, observons ce qui peut expliquer que « ça pèche » au niveau de l'intériorité.

La cause peut être une ignorance tout d'abord de cette dimension onthologique. On n'a jamais entendu dire qu'une part de ma personnalité était intérieure, invisible, spirituelle.

Une autre cause peut être la peur ; il peut être redoutable de faire le chemin de lâcher prise et de confrontation avec soi même en vérité. Vivre en dehors de soi caricature notre personnalité et nous devenons étrangère à nous. Cette prise de conscience peut être très éprouvante. Elle constitue à mon sens un départ nécessaire.

Par indifférence aussi. Des habitudes prises, des schémas de vie choisis ont peut-être refusé consciemment ou non cette part plus intime qu'à soi même.

Bref. Plusieurs chemins mènent à l'extériorisation.


Lequel amène à l'intériorité ? Le silence il me semble. Le vrai. Les voix, les soucis, les demandes, mêmes légitimes, les critiques, les plaintes. Stop. Aller là où on ne sait pas. Se taire. Longtemps. Souvent. Inlassablement. Seul. En groupe. S'éloigner du bruit. Et chercher un silence de qualité. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Ap 3, 20). L'expérience peut réellement mener à la rencontre avec Dieu. Et nous pouvons nous ressourcer intérieurement puisque, baptisés, nous avons accès à Lui.

Dans la cultivation de son intériorité, la femme apprend à ne plus se regarder mais à se laisser regarder, pour, à son tour, être orientée justement au monde.


Retrouver sa place


La femme détient je pense comme un naturel à la transcendance. Il est de sa responsabilité de baptisée de cultiver cette intériorité et ce silence ; en effet, « aujourd'hui, qui ne perçoit le besoin d'accorder plus de places aux « raisons du coeur » ? Dans une civilisation comme la nôtre, dominée par la technique, on ressent le besoin de cette complémentarité de la femme, afin que l'être humain puisse y vivre sans se déshumaniser complètement ».Benoit XVI. Discours 22 Mars 2009.

L'enjeux est bien notre humanité. En s'humanisant grâce au chemin qu'ouvre l'intériorité, la femme se réapproprie sa place, se met dans son axe et rayonne authentiquement.

Si la femme se ferme à la spiritualité, si la femme saborde son intériorité, c'est l'humanité qui est en péril. C'est le chemin de toute une vie que de lâcher prise dans son silence intérieur pour y puiser joie, et vertus. Rédemption et constance dans l'amour.


Ainsi, pour être en plénitude, pour advenir complètement, pour ne pas passer à côté de sa vie et de soi, l'intériorité est à soigner.


A l'approche de la Pentecôte, nous pouvons demander à l'Esprit Saint de nous dépouiller et de nous ramener dans notre premier foyer de silence, de présence à Dieu et de joie de se retrouver, ou plus exactement, d'être retrouvée. Enfin à notre place. Vraie.


In Christo,


Julie D

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