La femme en automne: appel à l'intériorité

Le mois de novembre débute, et avec lui la saison sombre, froide et humide. Des traditions celtes célèbrent l’arrivée de l’hiver, le retour des morts. Nous, chrétiens, nous fêtons nos saints et honorons nos défunts. Pourtant, décorréler les saisons des évènements que nous vivons serait dommage, tant ils nous donnent matière à réfléchir et à agir…


L’automne est bien entamé, les cheminées commencent à fumer, les bois se colorent de rouge, de jaune, d’orangé, les arbres se dénudent peu à peu avant la grande attente de l’hiver.


Comment cela résonne-t-il dans nos vies ? Devons-nous nous dénuder aussi, à l’image des arbres ? Certainement pas.


Cependant, l’arrivée des jours raccourcis et de la fraîcheur vont nous pousser à l’intériorité.


Pas l’introspection. L’intériorité.

La première, c’est "l'observation méthodique par le sujet lui-même, de ses états de conscience et de sa vie intérieure". Après l’observation vient l’analyse.

La seconde, c’est le caractère de ce qui est intérieur, intime, et non exprimé.


Oui, vous avez bien lu : non exprimé. L’introspection appelle le discours : je m’observe, je m’analyse, et je prends des notes, je parle de ce que je vis, je réfléchis tout haut. Je m’objective moi-même, je me regarde comme je regarderais un tableau dans un musée. Je cherche des solutions à mes problèmes en essayant de me comprendre. L’intériorité, en revanche, c’est aller dedans. Aller au dedans de soi pour y trouver ce que l’on cherche.


Quand est-ce la dernière fois que vous avez essayé de vous taire pendant toute une conversation ? Que vous avez essayé d’écouter sans parler, d’observer sans forcément intervenir ? La dernière fois que vous vous êtes senti proche de Dieu ?


Il y a plusieurs pistes pour faire grandir son intériorité et progresser dans la paix. Je souhaite en aborder trois ici.


Tout d’abord, notre rapport à nos écrans. Combien de temps (je n’ose écrire « heures ») passons-nous sur notre téléphone ? Ne sommes-nous pas enchaînés à cet objet à la fois de devoir et de plaisir, ou se mêlent rendez-vous en pagaille, textos, appels, et réseaux sociaux, shopping en ligne et vidéos à gogo ? Avons-nous constaté combien notre intériorité, nos convictions notre estime de soi et même certaines capacités de notre cerveau se sont altérés au contact de cet objet ? Je suis parfois dépitée, lorsque je relis de vieilles lettres d'adolescence, de voir à quel point mon intériorité s’est appauvrie depuis que le téléphone est entré dans mon quotidien. Nous trouvons réponse à tout en tapant quelques mots sur un clavier, donc nous n’avons plus soif de Dieu.


Le téléphone, c’est le fruit de l’arbre, celui que le serpent nous a convaincus de prendre. C’est exactement cela. Eve savait que si elle goûtait le fruit, elle serait toute puissante, elle aurait la connaissance. Comme nous avec nos smartphones...


Explorons donc ce que fait ce ridicule objet dans nos vies, cet objet devenu notre mémoire. Et remettons en question nos pratiques.


La seconde piste, c’est celle du silence. Quelle place occupe le silence dans nos vies ? Sommes-nous capables de nous taire ? De ne pas meubler le silence quoiqu’il arrive (musique, podcast, émission…) ?


« Le silence n’est pas une absence, un vide que ‘on s’empresse de combler, ou une démission devant les événements. Cette vision négative vient certainement du fait qu’il faut se faire violence pour que se taisent en nous toutes ces pensées qui nous agitent, tous ces jugements qui nous encombrent et ne laissent plus de place pour Dieu. »
Jo Croissant, La femme ou le sacerdoce du coeur

Le silence va améliorer notre vie intérieure d'une part parce qu'il y aura plus de place pour l'autre et pour l'Autre, d'autre part parce qu'il nous laissera de la place pour nous nourrir de choses véritablement belles. Belles lectures, beaux paysages, belles personnes.


La dernière piste découle directement de la seconde, c’est la vie de prière. Nourrir sa vie intérieure, c’est prendre le temps de se retrouver en tête à tête avec Lui. De le contempler, simplement. De lui parler, de l’aimer, d’approfondir notre relation. C’est aussi et surtout revenir à la source – se ressourcer. Oui, se ressourcer passe aussi par tout ce qui nous fait du bien et dont nous avons besoin (lire, prendre un bain, dormir, créer, se faire un bon repas, improviser une séance de shopping…), mais l’un et l’autre sont utiles et nécessaires.


Bref… L’automne est là, et avec lui une invitation à retourner au dedans de nous. Ralentissons. Que faisons-nous lorsqu’il fait froid ? On allume un feu, on mange et on boit chaud, on se dorlote. Faisons donc de même avec nos âmes. Plutôt que de chercher partout ailleurs de quoi assouvir nos désirs ou fuir nos craintes, rallumons la flamme intérieure de la présence du Christ en nous, pour pouvoir briller au cœur de la nuit et, pourquoi pas, éclairer d’autres âmes qui ignorent que là-haut, Quelqu’un veut leur bien depuis toute éternité…

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